Développer notre autonomie
Enfant, vous fabriquiez sûrement vos propres jouets ou vos propres espaces de jeux ? Mais aujourd’hui, quelle marge de manœuvre nous reste-t-il dans la fabrication de nos objets physiques ou numériques ? De notre environnement ? Lorsque votre radio est cassée, est-elle pensée pour être réparée par vos soins ? Avez-vous la main sur ce à quoi ressemblent les sites Internet que vous consultez ? Comment repenser notre relation aux objets au-delà de la pure consommation ? Et dans ce contexte, quel est l’apport du design ?
1. Qu’est-ce que le design de l’autonomie ?
Envisager que le but d’une entreprise soit de produire des objets ou des services qui permettent à leur utilisateur de s’en passer, in fine, semble incongru dans un monde où l’économie fonctionne à partir de la création de besoins, qui rendent les usagers dépendants d’une consommation sans cesse renouvelée. C’est pourtant ce que vise une certaine forme de design social qui peut s’appliquer dans le domaine des politiques publiques, du droit, de l’éducation ou de la santé, par exemple.
Ce design de l’autonomie prône notamment l’accès libre à des savoirs auxquels la communauté des utilisateurs va contribuer (open source), évite d’imposer un abonnement aux usagers, permet qu’en cas de panne la réparation soit à la portée de tous. L’approche caractéristique de ce design parfois qualifié d’open-design est sous-tendue par les concepts de liberté, de collaboration et d’universalité. L’obsolescence, l’usage unique ou individuel sont aux antipodes de la démarche qui s’articule, d’ailleurs, parfaitement à celle de l’éco-conception.
Des philosophes comme Pierre-Damien Huyghe ou Amartya Sen, prix Nobel d’Économie en 1998, inspirent et structurent le travail des designers de l’autonomie. Car les solutions techniques que ces designers apportent sont ancrées dans une réflexion sur l’intérêt général, la capacité donnée aux individus d’agir et de faire selon leurs propres choix.
De l’espace public à la sphère sociale
Écoutez les conférences de Pierre-Damien Huyghe données en 2020 à Paris dans le cadre d’un séminaire de recherche en partenariat avec le Collectif Bam.
La théorie du choix social et l’économie du bien-être
Sur le site du ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance, lisez une synthèse sur les travaux de recherche de l’économiste et philosophe, Amartya Sen.
Affirmer la citoyenneté de tous
Pour découvrir un exemple de pratique de design social, explorez les préconisations de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) des personnes âgées ou en situation de handicap.
2. Portraits de designers : Collectif Bam
L’activité du Collectif Bam se développe à travers la recherche de formes techniques permettant l’autonomie des personnes. Selon la nature des projets, l’équipe s’associe à des partenaires chercheurs, ingénieurs, développeurs, artisans ou spécialistes de toute nature.
Les projets conçus peuvent aussi bien se concrétiser par des objets, que des espaces ou des interfaces, dont la conception inclut les énergies, les matériaux, les savoirs et les savoir-faire de l’environnement direct. L’idée forte, sous-jacente, étant à la fois de prendre soin et de porter une attention aux personnes et au monde dans sa globalité.
Le Collectif Bam répond à des entreprises qui souhaitent un site web ayant un impact environnemental réduit. Et la solution relève de choix de développement qui offrent, par exemple, la possibilité de ne pas télécharger des images et d’utiliser une police de caractères communément intégrée aux ordinateurs. Dans d’autres cas, c’est une solution de réfrigération passive par évaporation qui est apportée ou encore une proposition de jeux d’extérieur construits par les participants eux-mêmes.
Lisez le manifeste Bam et découvrez les projets réalisés par le collectif
3. Un projet « Développer notre autonomie » dans mon établissement scolaire
Des projets éducatifs autour de la question de l’autonomie peuvent être abordés, du point de vue des programmes de philosophie et en interrelation entre disciplines, pour contribuer au parcours citoyen de l’élève. Ce dernier comprend, en effet, un axe de travail sur l’engagement des élèves dans des actions citoyennes ou morales qui relèvent de choix de société.
Au collège, les enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) et les travaux personnels encadrés (TPE) au lycée donnent un cadre pour mener des projets « développer notre autonomie » qui vont :
- rendre les élèves acteurs de leurs apprentissages ;
- solliciter plusieurs enseignements pour l’accompagnement des élèves ;
- enrichir les connaissances de la communauté éducative ;
- apporter de potentiels sujets de présentation à l’oral du brevet ou du baccalauréat ;
- nourrir la réflexion des élèves sur leur orientation.
Des pistes à explorer
Piste 1 : Contribuer aux connaissances partagées
Comment fonctionne Wikipédia ? Quel est le statut de ressources en open data ? Qu’est-ce qu’une licence Creative Commons ? Qu’est-ce qu’un logiciel open source ? Quels élèves ont déjà, eux-mêmes, apporté une contribution aux contenus en ligne d’un site collaboratif ?
À travers des ateliers d’exploration pratique, la question du bien commun peut être abordée de manière ludique et concrète : compléter la page Patrimoine de sa ville sur Wikipédia, répertorier des sites Creative Commons ou des logiciels open source qui pourront être exploités ensuite pour mener d’autres projets éducatifs dans l’établissement.
Piste 2 : Réfléchir à l’engagement
La découverte des projets et de la posture philosophique du Collectif Bam peut être le point de départ d’une réflexion menée sur les choix, que chacun peut opérer pour apporter un changement dans le fonctionnement de notre société. Cela peut être l’occasion également de lier cette réflexion à une projection dans la vie professionnelle et l’orientation vers un métier qui fera sens pour les élèves, au regard de la société dans laquelle ils aimeraient vivre. Si des rencontres sont organisées annuellement dans l’établissement avec des professionnels de la localité pour faire découvrir des métiers aux élèves, la préparation des questions adressées aux intervenants peut contenir une dimension liée à l’engagement : en quoi vous sentez-vous utile à la société en exerçant votre profession ? Qu’est-ce que vous aimeriez faire évoluer dans votre activité pour qu’elle soit davantage engagée dans les enjeux du XXIe siècle ? (développement durable, accessibilité, égalité femme-homme, etc.).
Ces pistes peuvent être envisagées à l’échelle d’une ou de plusieurs classes, d’un niveau complet ou bien pour tout l’établissement.
Des projets réalisés
Collège économie circulaire
Retrouvez le Collectif Bam à travers un projet de réaménagement de la cour du collège de La-Pierre-Aiguille dans l’Isère en 2017.
4. Pour aller plus loin
Le parcours citoyen
Relisez sur éduscol la présentation du parcours citoyen sous l’angle plus spécifique de l’engagement des élèves.
Les héros du quotidien
Appuyez-vous sur la série photographique de Dulce Pinzon, La véritable histoire des superhéros, pour amorcer une réflexion sur les interactions entre enjeux personnels et enjeux socio-économiques.
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