Ecole rurale et réussite scolaire

L’objectif de ce dossier est de mieux comprendre en quoi les territoires ruraux ont des spécificités lorsqu’il s’agit de questions éducatives. S’ils sont souvent décrits et perçus comme isolés, faiblement équipés (routes, services publics, réseaux, ressources culturelles…), si on peut constater une faible demande de la part des familles et un certain manque d’ambition des élèves, l’école en milieu rural recèle d’atouts que ce dossier a pour ambition de mettre au jour.
  • Contributeurs : Yves Alpe, Pierre Champollion, Angela Barthes

  • Intervenants : Sylviane Maximin, Béatrice Perelade, Thierry May-Carle, Sylvain Joly, Michèle Bizot-Gastaldi, Marcel Clément, Catherine Rothenburger, Serge Da Silva, Alain Robidou

Publié en juin 2016

Introduction

L’objectif de ce dossier est de mieux comprendre en quoi les territoires ruraux ont des spécificités lorsqu’il s’agit de questions éducatives. S’ils sont souvent décrits et perçus comme isolés, faiblement équipés (routes, services publics, réseaux, ressources culturelles…), si on peut constater une faible demande de la part des familles et un certain manque d’ambition des élèves, l’école en milieu rural recèle d’atouts que ce dossier a pour ambition de mettre au jour.

Pour cela, il propose des éléments de réflexion, mais aussi des exemples concrets et des témoignages d’acteurs impliqués sur le terrain. Il constitue un complément à l’ouvrage École rurale et réussite scolaire (éditions Canopé 2016) qui présente un état plus détaillé des connaissances sur l’éducation en milieu rural, en France et ailleurs.

Quelles questions ont structuré les débats autour du système éducatif en milieu rural ?
La première concerne la caractérisation du rural lui-même. Dans la mesure où il ne peut plus être défini simplement par l’importance de l’activité agricole (seuls 2,5 % des emplois sont classés comme agricoles par l’INSEE aujourd’hui), la définition du rural repose sur des découpages territoriaux (historiques comme les départements, communes, puis ceux de l’INSEE) qui ont fait l’objet de nombreux débats, car ils sont tous fondés sur des hypothèses a priori discutables. Ces classifications ont par ailleurs une certaine importance, dans la mesure où elles donnent par exemple accès à des dotations spécifiques (par l’intermédiaire de l’Union européenne par exemple). Elles ne sont pas neutres politiquement d’où la nécessité de comprendre comment s’élaborent ces partitions du territoire national pour en saisir les enjeux.

La deuxième question est celle qui est le plus fortement ressentie par les concitoyens : c’est celle de l’inégalité des chances scolaires. Tout le monde sait, depuis les travaux fondateurs des sociologues (P. Bourdieu, J.-C. Passeron, R. Establet…) que l’origine sociale joue un rôle essentiel en la matière. Mais les facteurs géographiques ont été aussi suspectés de générer des situations inégalitaires : isolement, faiblesse des infrastructures (routes, services publics, réseaux, ressources culturelles…) ont été évoqués pour expliquer chez les ruraux une certaine faiblesse de la demande d’éducation et chez les élèves du rural un certain manque d’ambition scolaire et professionnelle. D’où les interrogations sur l’efficacité des structures scolaires propres au rural (l’école à classe unique par exemple) et sur l’éventuelle spécificité des pédagogies à mettre en œuvre.

La troisième question en découle : quelle est l’importance des liens entre l’école et son territoire, comment agissent-ils, comment évoluent-ils ? Dans un monde atteint par la globalisation (des échanges, des réseaux, des modèles culturels…), quel peut être le sens d’une relation forte au territoire de proximité, et quels peuvent être ses avantages, face aux interrogations sur de nouvelles et urgentes offres éducatives, concernant l’environnement, la citoyenneté, le vivre ensemble… ?

Nous remercions les auteurs ayant contribué à ce dossier, ainsi qu’à l’ouvrage École rurale et réussite scolaire, Canopé éditions, 2016, pour leur investissement et leur disponibilité. 

Yves Alpe
Sociologue, professeur émérite en sciences de l’éducation à l’Université d’Aix-Marseille, Yves Alpe est cofondateur et coresponsable de l’observatoire Éducation et territoires.
Angela Barthes
Titulaire d'un doctorat de sciences physiques et d'une habilitation à diriger des recherches en sciences de l'éducation, Angela Barthes est professeure à l'université d'Aix-Marseille. Membre du laboratoire ADEF, elle est spécialisée dans le domaine de l’éducation dans les territoires comprenant les problématiques de l’éducation au développement durable et au patrimoine, et la transmission des savoirs en milieu rural.
Pierre Champollion
Docteur en sciences de l'éducation, habilité à diriger des recherches, chercheur au laboratoire Éducation, Cultures, Politiques, Pierre Champollion préside l’observatoire Éducation et territoires. Ses recherches, publiées dans de nombreux articles et ouvrages, portent sur la triple thématique « éducation, territorialités et territoires ».

Nous remercions chaleureusement les intervenants qui ont témoigné de leur expérience sur l’éducation en milieu rural.

Michèle Bizot-Gastaldi, maire de la Palud-sur-Verdon (04)
Marcel Clément, ancien chargé des affaires scolaires pour le département du 04, ancien maire de la Motte-du-Caire
Serge Da Silva, directeur d’école à Barrême (04)
Sylvain Joly, inspecteur de l’Éducation nationale, chargé de mission pour l’éducation prioritaire et la formation des enseignants auprès du Recteur de l’académie de Grenoble
Sylvianne Maximin, formatrice en master MEEF à l’ESPE d’Aix-Marseille, maître de conférences en sciences de l’éducation
Thierry May-Carle, enseignant-chercheur à l’université d’Aix-Marseille, chercheur associé au laboratoire ADEF
Béatrice Perelade, équipe mobile académique de liaison et d’animation (EMALA), zone de Digne
Alain Robidou, équipe mobile académique de liaison et d’animation (EMALA), zone de Sisteron
Catherine Rothenburger, professeure des écoles à Bédouès (48)