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Anne-Sophie, enseignante en Sciences de la vie et de la Terre


L'énergie, ça se stocke ?

Oui, l'énergie, ça se stocke, et heureusement pour le vivant. Les êtres vivants, pour lesquels l'énergie est absolument nécessaire au fonctionnement, sont capables de stocker cette énergie.
C'est même vital, car cela va leur permettre d'affronter certaines situations critiques, comme par exemple un épuisement des ressources alimentaires dans leur milieu, ou bien des conditions climatiques particulières, ou encore un effort physique qui serait très intense.
Ainsi, si on prend l'exemple d'un végétal, on peut observer des organes de réserve, donc des organes spécifiques, comme les tubercules, les rhizomes. Ces organes sont constitués de réserves d'énergie.
On parle d'énergie chimique dans ce cas, puisque ce sont des molécules de matière organique qui ont été, évidemment, produites au niveau des feuilles auparavant en captant l'énergie du soleil au moment où toutes les conditions étaient réunies pour la photosynthèse. Au final, ce qu'on va retrouver dans ces organes, ce sont des concentrés d'énergie. Et donc, au moment où l'énergie sera nécessaire, ce stock pourra être utilisé.
Par exemple, si on prend une graine qui s'apprête à germer, l'énergie qui avait été accumulée, en général sous forme d'amidon, dans ses cotylédons permettra le développement de la jeune plantule qui était contenue dans cette graine.
Ces organes de réserve de végétaux peuvent aussi être intéressants pour d'autres êtres vivants, par exemple les animaux qui vont pouvoir s'en nourrir. Certains d'entre eux vont même plus loin, c'est-à-dire qu'ils vont se constituer eux-mêmes leur stock de graines, par exemple, pour passer des conditions assez rudes, comme l'hiver. On a tous en tête l'exemple des noisettes précautionneusement cachées par le petit écureuil qui pourra retrouver de l'énergie dans ce petit stock qu'il aura constitué.
Pour d'autres, le problème de retrouver sa cachette ne se pose même pas, puisque le stock d'énergie se fait directement dans le corps.
On va se prendre un petit exemple, la marmotte. Tout le monde connaît cette marmotte qui, avant l'hiver, va manger, manger, manger, accumuler une masse graisseuse assez impressionnante, il faut l'avouer, puisqu'elle peut carrément doubler son poids. Et donc, elle aura son stock d'énergie qui va lui permettre de passer tranquillement l'hiver bien au chaud dans son terrier. À la fin de cette période d'hibernation, elle aura éliminé quasiment toute cette masse graisseuse, car même si elle était dans une vie ralentie, elle aura eu besoin d'énergie pour survivre. Du coup, cette quantité d'énergie doit quand même être assez bien gérée, donc on a d'autres stratégies, comme une diminution de la température corporelle, ou encore un ralentissement du cœur ou de la respiration.
Alors, si on change un petit peu d'échelle, cette matière végétale peut aussi être mise à l'abri pendant très longtemps. Si elle se retrouve à l'abri de la décomposition, elle pourra alors se transformer en pétrole, en charbon ou en gaz. Quand on dit "longtemps", on parle ici en dizaines de millions d'années, on se place à l'échelle des temps géologiques, et non plus des temps humains. Ces combustibles, dits fossiles, contiennent de l'énergie solaire mais de l'énergie solaire concentrée.
Enfin, nous aussi, nous stockons de l'énergie, et ce, à plus ou moins long terme. Ainsi, entre nos repas, on puise dans les réserves d'énergie qu'on a constituées grâce à notre alimentation. Alors, ces réserves vont se trouver sous forme de glycogène dans le foie, dans les muscles ou encore sous forme de graisse dans les tissus adipeux. Cela va donc nous permettre d'assurer nos besoins continus en énergie, même si nous ne mangeons pas continuellement. Ça va aussi pouvoir nous permettre de survivre à un effort qui serait particulièrement intense, ou alors à un jeûne prolongé. Par exemple, la veille d'une course, un coureur cycliste mangera des féculents en quantité suffisante afin de se constituer un stock d'énergie qui lui permettra de vivre sa course correctement, et donc ce stock d'énergie va progressivement être utilisé par son organisme tout au long de sa course. Évidemment, il pourra aussi combler un besoin immédiat en énergie en apportant, cette fois-ci, des sucres rapides. Par exemple, il va consommer une boisson ou une barre énergétique riches en glucose.