Plurilinguisme à l'école : un levier d'alliances éducatives

Face à une école de plus en plus plurilingue, reconnaître et valoriser les langues maternelles des élèves devient essentiel. Comment construire des alliances éducatives pour faire de cette diversité une richesse collective ?

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Plurilinguisme à l'école : un levier d'alliances éducatives

Omniprésent aujourd’hui dans les foyers, l’espace public et les interactions sociales, le plurilinguisme s’invite naturellement à l’école et interroge les pratiques éducatives. Quelle place lui accorder au sein de la classe ? Quels sont les enjeux d’une approche éducative qui reconnaît et mobilise la diversité linguistique comme une richesse pour tous les élèves ? Et en quoi les alliances éducatives jouent-elles un rôle clé dans sa valorisation et sa reconnaissance ?

Faire du plurilinguisme un levier d'alliances éducatives

Chaque année, le 21 février, la Journée internationale de la langue maternelle, portée par l'UNESCO, nous rappelle une conviction essentielle : la diversité linguistique et culturelle est une richesse collective à reconnaître, à préserver et à transmettre.

Cette journée trouve son prolongement dans la Semaine des langues vivantes (23 au 28 mars 2026), organisée par le ministère de l'Éducation nationale. Ce temps fort annuel célèbre les langues et la diversité linguistique, à l’école comme en dehors du cadre scolaire. 

Ces deux événements amènent à repenser la place du plurilinguisme à l’école, et en dehors, et à explorer une question centrale : comment construire des alliances éducatives efficaces pour accompagner chaque élève – et en particulier ceux dont le français n’est pas la langue première – dans un parcours cohérent entre temps scolaire et périscolaire ?

Reconnaitre les réalités langagières des élèves

Dans le monde, plus d'un enfant sur deux parle à l'école une langue différente de celle(s) parlée(s) au sein de son foyer. En France, cette réalité concerne un nombre croissant d'élèves : selon le ministère de l'Éducation nationale, en 2022-2023, 89 500 élèves allophones nouvellement arrivés ont été scolarisés, soit 12 000 de plus que l'année précédente. Parmi eux, neuf sur dix bénéficient d'un accompagnement en français langue seconde (Onisep, 2024). Ces données révèlent une école résolument plurilingue, riche d'une diversité de langues, de cultures et de parcours, et invitent à repenser les pratiques pédagogiques pour répondre aux besoins de tous les élèves.

Pourtant, si des dispositifs spécifiques existent, comme les UPE2A (unité pédagogique pour élèves allophones arrivants), ils restent temporaires, transitoires et inégalement répartis sur l’ensemble du territoire. Par ailleurs, plusieurs travaux de recherche soulignent que l’allophonie – entendue comme le fait de parler une autre langue que la langue principalement utilisée dans le pays d’accueil – constitue un état temporaire qui tend à catégoriser l’élève sans rendre compte de ses besoins réels. 

En effet, les besoins des élèves allophones sont multiples, évolutifs et étroitement liés aux contextes linguistiques, sociaux et éducatifs dans lesquels ils évoluent. Ils peuvent d’ailleurs être partagés avec d’autres élèves, qu’ils soient allophones ou non. À ce titre, Châteaureynaud & Piot (2022) montrent que l’usage administratif du terme « allophone » enferme les élèves dans une logique déficitaire. Considérer l’allophonie comme un état ou une spécificité individuelle peut ainsi renforcer la stigmatisation et la catégorisation, au détriment d’une école du commun fondée sur la diversité. À l’inverse, une approche plurilingue permet une prise en compte plus fine et plus juste des besoins des élèves. 

Les recherches le confirment : apprendre dans sa langue maternelle joue un rôle essentiel dans la réussite scolaire. Cela contribue à renforcer l'estime de soi, à stimuler la motivation et à favoriser le développement des compétences cognitives. Mais l'enjeu dépasse le seul apprentissage linguistique : il s'agit aussi de reconnaître les cultures, les parcours et les références des élèves afin de créer un environnement scolaire dans lequel chacun peut se sentir accueilli, compris et valorisé.

🌍 Et si l’accueil était un moment clé de l’inclusion d’un élève allophone ? 
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Pour qui ? Enseignants (1er et 2nd degré), ATSEM, assistants d'éducation, directeurs, CPE…
Pourquoi participer ? Identifier des actions concrètes pour faciliter l'accueil et l'inclusion des élèves plurilingues et développer le lien avec leur famille.
Au programme : échanges animés par Rémy Viau (formateur de Réseau Canopé) pour partager vos outils, faire évoluer vos postures et repartir avec des pistes d'action et des ressources pratiques.
Modalités :
Format : classe virtuelle bienveillante et confidentielle
Durée : 1h15
Prérequis : avoir validé les étapes 1 à 4 du parcours « Accueillir des élèves allophones »
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Le plurilinguisme : un levier pour les apprentissages et le climat scolaire 

Face à cette réalité plurilingue, une question se pose : comment rendre les supports et les pratiques pédagogiques accessibles à tous les élèves – qu’ils maîtrisent une ou plusieurs langues, que la langue de scolarisation ne soit pas leur langue maternelle, ou qu’ils appartiennent au reste de la classe ? La mise en œuvre de pratiques plurilingues au sein des classes ordinaires apparaît comme l’un des leviers majeurs pour construire un environnement d’apprentissage, dans lequel chaque langue est reconnue et valorisée.

Intégrer le plurilinguisme dans les pratiques de classe permet notamment de :

  • rendre les supports et les situations d’apprentissage accessibles à l’ensemble des élèves ;

  • favoriser les transferts de compétences entre les langues ;

  • renforcer le sentiment d’appartenance, l’estime de soi et l’engagement scolaire.

Au-delà des bénéfices individuels pour les élèves, la valorisation des langues d’origine contribue à l’instauration d’un climat scolaire plus apaisé, fondé sur la reconnaissance mutuelle, la coopération et le respect des identités linguistiques et culturelles de chacun.

Renforcer les alliances éducatives autour des langues

Un levier essentiel pour favoriser le bien-être et la réussite des élèves à besoins linguistiques spécifiques réside dans l'implication des familles et des partenaires éducatifs. La reconnaissance du plurilinguisme ne peut se limiter à la salle de classe. Elle suppose une mobilisation collective et la construction de véritables alliances éducatives entre les équipes pédagogiques, les familles, les collectivités territoriales et les acteurs culturels, associatifs et médico-sociaux.

L’enjeu majeur est de créer une dynamique plurilingue partagée par l’ensemble de la communauté éducative. Il ne s’agit pas uniquement d’accompagner les élèves allophones, mais de faire du plurilinguisme une ressource pour tous les élèves, quel que soit leur parcours linguistique. Cette approche bénéficie à chacun et contribue à construire une école véritablement accueillante.

Pour vous accompagner dans cette démarche, Réseau Canopé propose plusieurs actions de formation : 

Des parcours en autoformation sur la plateforme e-INSPÉ
Comment soutenir les apprentissages des élèves allophones ? Ces trois parcours, conçus dans le cadre du projet « ALlophone Teacher Academy » (ALTA) et co-financés par l'Union européenne, vous proposent des leviers pour créer un environnement rassurant, dépasser la barrière de la langue et porter un nouveau regard sur la langue de scolarisation et votre discipline : 
- « Accueillir des élèves allophones dans sa classe » ;
- « Accompagner les élèves allophones dans les apprentissages en élémentaire » ;
- « Accompagner les élèves allophones dans les apprentissages au collège et au lycée ».