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Le projet Miniflip

Réseau Canopé- 2017

L’origine du projet

J’ai toujours été intriguée, et parfois interloquée, par le rapport très négatif qu’entretenaient mes élèves avec l’évaluation, et en particulier avec l’erreur. Ce constat est d’ailleurs confirmé par la dernière enquête PISA, qui révèle que les élèves français sont ceux qui enregistrent le plus grand nombre de non-réponses. Préférant ne pas répondre que de se tromper, ils n’envisagent l’erreur que comme une démonstration de leur incapacité, plutôt que comme un élément de leur apprentissage. Mais dénier aux élèves le droit de se tromper, c’est leur dénier le droit d’apprendre. En exigeant d’eux qu’ils ne commettent pas d’erreurs et en leur faisant croire implicitement que celui qui réussit est celui qui n’en commet pas, on leur apprend… à ne pas apprendre ! J’ai donc souhaité transmettre explicitement cette information aux élèves : l’erreur (puis son auto-régulation) est une étape indispensable dans le processus d’apprentissage. Pour que les élèves comprennent l’intérêt et l’utilité de leurs erreurs dans leur processus d’apprentissage, il fallait qu’ils les utilisent. L’idée m’est donc venue de leur faire concevoir des parcours d’apprentissage basés sur l’identification, l’analyse et la catégorisation des erreurs, pour décoder et assimiler des stratégies efficaces pour apprendre. Mais les leur faire concevoir sans but (c’est-à-dire seulement pour eux ou pour moi) n’était pas motivant et ne leur aurait pas vraiment permis de s’impliquer dans cette démarche. Ensemble, nous avons eu l’idée de créer un blog destiné aux élèves n’ayant pas accès à l’école. Via ce blog, ils ont la responsabilité de concevoir entièrement des parcours d’apprentissage pour leurs pairs incluant une capsule vidéo, une carte mentale de synthèse et des QCM d’entraînement.



Le déroulement de l’activité

Si le but pour les élèves est de partager avec d’autres ce qu’ils ont appris en devenant des professeurs, le mien est d’utiliser la métacognition pour entendre et comprendre leurs processus de pensée, et ainsi, mettre au point une remédiation, une adaptation ou une différenciation plus efficace. Ce projet, baptisé MiniFlip, repose entièrement sur le traitement de l’erreur et l’utilisation de la métacognition. Plutôt que de montrer aux élèves ce qui est juste, je leur demande de pointer ce qui est faux et d’expliquer (et donc comprendre) pourquoi c’est faux. Je pars du postulat que tous mes élèves sont des experts de leur apprentissage. Les élèves qui commettent des erreurs sont des experts des obstacles car ils savent bien à quelles incompréhensions ils se heurtent. Les élèves qui ne commettent plus (ou très peu) d’erreurs sont des experts des stratégies, puisqu’ils savent laquelle ils doivent utiliser en fonction de la situation rencontrée. La compétence est, pour eux, acquise. Les rendre experts des obstacles, pour devenir ensuite des experts des stratégies, pourrait être une clé vers un apprentissage efficace et durable. Et ils ne peuvent y parvenir qu’en équipe. Après une séquence traitée en classe lors d’un dispositif alliant classe inversée, classe mutuelle et classe renversée, je propose aux élèves une évaluation sommative qui a pour but de permettre à chacun de se situer dans le parcours d’apprentissage (elle n’est utilisée que pour ce projet et n’a pas vocation à être vue par qui que ce soit d’autre que les élèves car c’est un outil de travail). C’est moi qui élabore cette évaluation et en décide les critères (pas d’auto-évaluation à ce stade). A l’issue de cette évaluation, les élèves sont soit experts des obstacles s’ils commettent encore les erreurs inhérentes au parcours d’apprentissage, soit experts des stratégies s’ils ne commettent plus d’erreurs parce qu’ils les autorégulent pendant leur processus de réflexion. Ces experts des obstacles et des stratégies doivent s’associer pour créer un parcours d’apprentissage. Un expert des obstacles ne peut le concevoir seul car il ne sait pas adopter la bonne stratégie ou moduler la sienne en fonction du problème rencontré. Un expert des stratégies ne peut pas non plus le concevoir seul, car il n’a aucune idée des processus de raisonnement erronés qui peuvent être élaborés par un expert des obstacles. Comment concevoir un parcours d’apprentissage basé sur les erreurs attendues lors de ce parcours, lorsque soi-même on n’en commet plus et qu’on les régule instantanément pendant son raisonnement et la résolution du problème ? Un expert des stratégies ne pourrait concevoir qu’une évaluation sommative, ce qui ne permet pas d’apprendre. En fonction des résultats de l’évaluation, je répartis ces experts en groupes de 3 à 5 élèves (dans lesquels il faut tenir compte également des aspects émotionnels qui ne peuvent pas être dissociés des aspects cognitifs). Ils sont donc associés et leurs rôles bien définis indiqués sur le badge qu’ils portent, afin que chacun repère rapidement et en permanence les missions de chaque membre du groupe. L’expert des obstacles :

  • partage ses erreurs (d’où la nécessité de créer un climat de confiance dans la classe pour assurer aux élèves une sécurité affective propice à ce genre d’échanges) et explique pourquoi il a donné cette réponse ;
  • verbalise ses procédures et ses stratégies ;
  • comprend, à l’aide de l’expert des stratégies, pourquoi elles sont erronées ; les remplace.

L’expert des stratégies :

  • répertorie et catégorise les types d’erreurs des experts des obstacles ;
  • explique pourquoi elles sont erronées ;
  • verbalise les procédures correctes ;
  • en invente de nouvelles si nécessaire pour contourner les obstacles rencontrés par l’expert des obstacles ;
  • propose des exemples correspondants.

Ensemble, ces experts se basent sur les erreurs répertoriées et catégorisées pour orienter l’apprentissage faisant l’objet de leur parcours. Si je détermine les groupes, ils choisissent le support qu’ils souhaitent : capsule, carte mentale ou QCM (travail déjà effectué dans ma démarche de classe inversée ; ainsi, la conception et l’utilisation ce type d’outil devient naturel). La capsule fait alors l’objet d’un scénario écrit rigoureux. Dans le QCM, chaque question doit être inventée en fonction des erreurs répertoriées dans l’évaluation des experts des obstacles, et chaque réponse, correcte ou erronée, doit être justifiée pour permettre à l’utilisateur de comprendre ses erreurs et donc d’apprendre. Chaque groupe dispose d’une feuille de route retraçant les étapes à franchir pour élaborer les parcours, et de cartes de rôles destinées à l’autogestion des interactions. De plus, à la demande des élèves (comme pour les deux outils précédents), un tableau récapitulatif et interactif sur lequel les élèves vont valider les étapes de l’élaboration du parcours est affiché au TBI pour être visible de tous. Cet apprentissage par projet leur permet également d’apprendre à coopérer, collaborer, argumenter, et développe de nombreuses compétences psycho-sociales. Chaque parcours élaboré, après avoir été corrigé par mes soins, est soumis à la critique constructive de la classe. Soit il est validé et diffusé sur le site MiniFlip, soit il est renvoyé à l’étape précédente pour amélioration. Le projet complet ici : http://madameflip.com/?p=1147



Les aspects techniques

La classe dispose d’un TBI et de 12 netbooks alloués par le Plan numérique rural (PNR), de 3 PC en fond de classe et de 8 tablettes financées par la Communauté d’agglomération (mais il est possible d’envisager ce projet avec un matériel moindre puisque lors de la première année de mise en place du projet, seuls les PC, ma tablette et mon smartphone personnels étaient à la disposition des élèves). Pour mener à bien ce projet, les élèves utilisent le site LearningApps sur les PC pour créer les QCM, une application de conception de cartes mentales, et l’appareil photo, ainsi qu’un logiciel de montage vidéo pour les capsules.



Les compétences mises en œuvre

Les langages pour penser et communiquer :

  • Comprendre, s’exprimer en utilisant la langue française à l’oral et à l’écrit. Les élèves doivent apprendre à utiliser un vocabulaire précis pour décrire et expliquer les stratégies qu’ils ont utilisées ou qui doivent être utilisées. Ils doivent verbaliser oralement leurs procédures, argumenter et justifier leurs propos. Il leur faut ensuite les rédiger à l’écrit avec la même rigueur. Ils développent ainsi des capacités langagières transférables dans toutes les disciplines et activités de la classe ou hors de la classe.
  • Comprendre, s’exprimer dans les langages mathématiques, scientifiques et informatiques. Chaque compétence des parcours d’apprentissage conçus, qu’elle soit mathématique ou relève de la maîtrise de la langue, fait l’objet de cette concision et de cette précision de vocabulaire. Les stratégies sont explicitées au maximum pour pouvoir être recontextualisées dans le parcours proposé par les élèves.

Les méthodes et outils pour apprendre :

  • Mettre en place des stratégies pour comprendre et apprendre. C’est la base du projet. Il faut à la fois verbaliser et expliciter les stratégies erronées, les raisons de ces choix inadéquats, et en quoi telle autre stratégie est la plus adaptée.
  • Coopérer et réaliser des projets. Ce travail ne peut se faire qu’en groupe et les élèves apprennent à développer les aptitudes qui permettent d’être efficace à plusieurs. Cela n’est pas un prérequis mais se développe grâce à ce projet.
  • Mobiliser des outils numériques pour apprendre, échanger, communiquer. Les élèves utilisent des applications pour expliquer, concevoir, diffuser, gèrent le blog mais aussi la chaîne d’hébergement vidéo de la classe, et utilisent également un réseau social pour annoncer les nouvelles diffusions sur le blog et échanger avec des utilisateurs ou d’autres concepteurs.

La formation de la personne et du citoyen :

  • Maîtriser l’expression de sa sensibilité et de ses opinions, respecter celles des autres. Le travail en équipe nécessite la prise en compte de chaque point de vue, et son expression et son analyse dans le respect de chacun. Il s’agit de ne pas imposer ses opinions ou réflexions en parlant plus fort, en criant ou en s’énervant, et cela fait l’objet d’un travail de longue haleine sur toute l’année. Les cartes de rôles ont été conçues dans ce but.
  • Exercer son esprit critique. Chaque production est analysée et critiquée par la classe, mais dans l’unique but d’améliorer la production avec la rigueur nécessaire pour qu’elle réponde à l’objectif fixé.
  • Contribuer à développer la confiance en soi et le respect des autres. Le climat de classe entretenu par cette activité, le partage des erreurs et les discussions constructives auxquelles sont entraînés les élèves, leur permettent de faire suffisamment confiance à la classe pour se faire confiance à eux-mêmes. Le respect mutuel se construit pas à pas.



Les apports du numérique : une utilisation raisonnée au service des programmes

L’utilisation du numérique dans ce projet, si elle a évidemment un aspect technique et pratique, a permis aux élèves de développer la culture numérique qui fait partie des compétences du Socle. Ils ont appris à utiliser des applications, intégrant sons et images. Mais ils ont surtout été amenés à s’interroger sur ce que l’on peut partager ou non sur internet, sur la rigueur nécessaire à une publication de masse via les réseaux sociaux (chaque nouveau parcours était mentionné sur le compte de la classe et les capsules sont hébergées sur le compte du site d’hébergement de vidéo de la classe avant d’être intégrées au blog) et sur leur identité numérique. Ils ont également été sensibilisés à la protection de leur propriété intellectuelle (et au respect de celle des autres) et ajoutent désormais à la fin de leurs capsules la licence Creative Commons choisie par la classe.



Les perspectives

Afin d’ouvrir le projet aux autres degrés, j’ai proposé aux collègues qui le souhaitaient, du primaire au lycée, de s’associer à notre travail et d’enrichir le blog Miniflip par leurs propres productions. Néanmoins, seules les productions seront partagées, et les classes concernées ne mettront peut-être pas en œuvre le dispositif qui était au départ le cœur du projet. Deux classes de primaire nous ont rejoints, et à la rentrée prochaine, des classes de collège et lycée devraient également participer.




Documents liés

  • Classe mutuelle : Faillet V. (2017), La Métamorphose de l’école quand les élèves font la classe, Paris, Descartes & Cie.
  • Classe renversée : Cailliez J.-C. (2017), La Classe renversée. L’innovation pédagogique par le changement de posture, Paris, Ellipses Marketing.


"Le projet MiniFlip" Soledad Garnier, professeur des écoles à Burie (17). -Cette moitié-là, vous allez chercher votre boîte de livres. Récupérez vos badges. Je m'appelle Soledad Garnier, je suis enseignante en CM1-CM2 depuis 15 ans. MiniFlip, c'est une création de parcours d'apprentissage complet par des élèves pour des élèves. Quand ils terminent un parcours et en commencent un autre, je fais une évaluation qui ne sert que pour ce projet. Et les élèves qui ont réussi l'évaluation sont "experts des stratégies", puisqu'ils ont su mettre en place les stratégies nécessaires pour réussir ce qu'on leur demandait. Ceux qui n'ont pas réussi restent en parcours d'apprentissage. Ils sont "experts des obstacles". L'"expert des obstacles" apporte ses erreurs et son raisonnement erroné. Et l'"expert des stratégies" apporte l'explication : À quel endroit du raisonnement son camarade s'est trompé. Car, seul, un "expert des obstacles" ne peut pas créer un exercice, puisqu'il ne saura pas expliquer pourquoi c'est faux, où est l'erreur. L'"expert des stratégies" non plus, car il n'a aucune idée de l'erreur qui peut être produite, du raisonnement erroné qu'il peut y avoir dans la tête de son camarade. Il ne peut pas l'inventer. Donc, si je demande à un "expert des stratégies" d'inventer un QCM, il inventera des erreurs qui ne correspondront pas à des erreurs commises par des élèves. C'est pour ça que je les associe. Dans leur imaginaire scolaire, l'erreur, ce n'est pas bien. Et c'est parfois compliqué de leur expliquer que l'erreur, c'est normal dans un parcours d'apprentissage. Certains les surpasseront rapidement, et d'autres buteront dessus pendant un certain temps. Mais c'est en me montrant leurs erreurs que je vais pouvoir les aider. Sans erreurs, pas d'aide ni de progression possibles. Je les fais très souvent travailler en groupe. D'abord, trois cerveaux, c'est plus intelligent qu'un seul. Et il y a une confrontation. Ce n'est pas quelque chose d'inné. La gestion des conflits s'apprend. Argumenter au lieu de crier, aussi. Ce n'est pas un prérequis. Ce projet me permet aussi de leur apprendre l'autonomie, qui n'est pas un prérequis non plus, de leur apprendre à coopérer et à collaborer, leur apprendre la différence entre les deux, et de leur apprendre à gérer leurs émotions, à travailler ensemble. Une élève m'a dit : "Qu'on s'aime ou pas, il y a un travail à faire. Il faut le faire." Effectivement, à la fin de l'heure, le job doit être fait. La classe inversée, ce n'est pas une inversion, comme on le croit, le cours à la maison et les devoirs en classe. C'est une inversion de la posture de l'enseignant et de celle de l'élève. Je ne me mets plus entre l'élève et le savoir, mais plutôt derrière l'élève. Je ne suis pas à mon bureau, je suis au milieu des élèves. Ils travaillent ensemble. Parfois en autonomie, parfois avec moi. C'est une manière de différencier le travail pour les élèves, en fonction de leurs besoins. Un élève. -C'est bon. Choisis. Soledad Garnier, professeur des écoles à Burie (17). -Avez-vous terminé l'analyse des erreurs ? Quels types d'erreur avez-vous relevés, les "experts de stratégies" ? Mathéo. Mathéo, un élève. -Il y en a qui confondent... Ils ne regardent pas la partie entière. Quand il y avait le plus grand nombre dans la partie décimale, ils le mettaient en premier. Soledad Garnier, professeur des écoles à Burie (17). -Oui. David, tu comptais le nombre de chiffres de la partie décimale au lieu de la partie entière. Il va falloir penser à le signaler. Vous vous remettez par groupe, avec une ardoise, et choisissez le type de création que vous voulez faire. Une fois fait, l'étape d'après, c'est le story-board. Donc, le scénario de la capsule, ou si c'est une carte mentale, ils la commencent directement. Si c'est un QCM, il faut trouver les questions et les réponses. Cela se fait sur feuille. David, élève de CM2. -Le prédicat. "Hier, j'ai été chez mes grands-parents." "Parents", mauvaise réponse. Le QCM, ça consiste... C'est comme un petit questionnaire. Il y a des élèves qui vont consulter notre projet MiniFlip. Ce sont des exercices pour eux, qui ne peuvent pas aller à l'école. Là, on fait un projet sur les compléments de verbe, de phrase, les sujets et le prédicat. Soledad Garnier, professeur des écoles à Burie (17). -Ils doivent être capables de verbaliser leur raisonnement, d'expliquer une stratégie ou pourquoi c'est juste, de contourner des obstacles. C'est la métacognition qui est la base de ce travail-là. Et j'estime que c'est plus efficace de travailler de cette manière-là.

Durée : 00:05:25

Date de production : 2017

Réalisateur : Mugur Enea

Producteur : Réseau Canopé