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ECLA, création d'un espace d'innovation pédagogique à l'ère du numérique
Réseau Canopé- 2016
- vidéo en ligne
Ce témoignage a été réalisé dans le cadre des Journées de l’innovation 2016.
Synthèse
Une conduite du changement s’imposait pour répondre aux besoins de l’évolution sociétale de nos élèves en attente d’une autre Ecole : autres relationnels avec les enseignants, autres espaces, autres postures de l’élève, autres outils… Une séance de brainstorming avec un panel d’élèves et de parents a fait émerger le besoin de travail de groupe, de transdisciplinarité et de mise en situation des élèves. Nous avons pu établir alors des éléments de diagnostic sur le rôle de l’enseignant, la motivation, la concentration, les activités pratiques, la notion de réussite et d’échec scolaires, l’ergonomie et le matériel de demain. Une équipe d’enseignants a été constituée avec un chef de projet. L’équipe a été délocalisée par deux fois dans le Learning Lab de l’Ecole Centrale Lyon pour « brainstormer » à son tour. Des enseignants de l’équipe ont participé à différentes conférences (« Le Design, levier de l’innovation », « Printemps de l’innovation », etc.). Le concept d’un espace pédagogique innovant, équipé de matériels adaptés et numériques, permettant une autre approche des apprentissages par tous les acteurs (élèves et personnels) a émergé.
Les objectifs
Les premiers objectifs devaient répondre aux constats de l’origine de l’action : impulser le changement sur l’établissement et améliorer la performance scolaire et le bien-être à l’école. Par ailleurs, ce projet a aussi pour objectif de réduire les inégalités sociales et scolaires grâce au travail collaboratif. L’enseignant, avec un changement de posture induit, devient plus disponible pour de la différenciation pédagogique. L’élève, lui, peut enfin exercer son autonomie de façon encadrée. Enfin, les élèves à besoins particuliers peuvent vivre leur inclusion scolaire sans stigmatisation aucune. Nous leur apportons une bienveillance exigeante par des stratégies de travail différentes et individualisées.
L’organisation de cet espace a également pour objectif d’accueillir toutes les séquences pédagogiques atypiques et de devenir ainsi un lieu de création et d’expérimentation pédagogiques élargissant le champ des possibles habituels. L’incitation à la création pédagogique que génère cet espace rencontre le besoin d’ouverture de l’établissement, de ses enseignants et ses élèves à d’autres environnements éducatifs (Institut français de l’Education, Centrale Lyon, Espe, Lyon 1…), comblant ainsi le fossé entre le secondaire et le supérieur.
Un autre des objectifs est de faire de cet espace un lieu de partage et de mutualisation des savoirs et des bonnes pratiques, en devenant un accueil de formations internes et externes de tout type et en développant un partenariat avec des entreprises intéressées par notre expérience.
Les aspects techniques
Nous avons imaginé des espaces de travail où l’environnement est repensé pour rompre radicalement avec le schéma traditionnel d’une salle de classe classique et permettre ainsi davantage d’ouvertures pédagogiques. Pour cela, nous avons créé des espaces de travail collaboratif, lieux de rencontres et d’échanges de pratiques originaux, pour optimiser le travail et le bien-être de nos élèves. Nous avons fait des plans de salles, créé du mobilier et utilisé des matériels atypiques en milieu scolaire (cloisons phoniques, murs à écriture type tableau blanc, sièges de réunion mobiles et pivotants, poufs déformables). Nous y avons bien entendu intégré l’utilisation de matériel numérique : grand TBI, tablettes et boîtiers d’évaluation. Les objectifs et les finalités sont multiples mais la visée est unique : améliorer la performance de nos contenus pédagogiques et développer les compétences de chacun dans l’Ecole du XXIe siècle.
La mise en œuvre
Nous avons créé un espace de « pédagogie active » qui développe le travail entre pairs et la dynamique de projet en tant que situation d’apprentissage. L’apprentissage du collaboratif qui prend ses racines dans l’organisation d’un espace physique dédié permet de développer naturellement la complémentarité des compétences entre élèves, la créativité, l’esprit critique, l’autonomie, la solidarité et l’esprit d’initiative recherchés dans le parcours citoyen. L’utilisation du numérique en ce sens s’oppose aux approches fermées de l’Ecole. Il est utilisé comme un levier au plaisir d’apprendre et non comme une solution pédagogique. Dans ECLA, la place de l’enseignant change : il n’a plus de bureau et ses élèves non plus. Par sa disposition mobile spécifique, son matériel et ses ressources numériques (vidéos, podcasts, animations, etc.), l’élève n’est plus dans une salle de classe. Des travaux de classes inversés, le travail en îlots bonifiés sont déjà mis en place. Les salles se prêtent également à la scénarisation pédagogique utilisant des outils collaboratifs (type padlet, Framapad, etc.). La création de ce premier Learning Lab en collège génère donc un changement de posture élèves/enseignants mais également enseignants/direction lorsque le conseil pédagogique (par exemple) est amené à utiliser ces espaces pour produire une réflexion collective.
Les plus-values du dispositif
La mise à disposition de matériels atypiques provoque un réel effet sur la motivation et l’engagement des élèves dans les séquences de travail. Le fait de proposer dans cet espace des formes variées d’outils (tablette, smartphone, tableau blanc) concourt à améliorer, certes la motivation, l’engagement, la concentration mais aussi la compréhension et la mémorisation. Les séances de groupes ont permis de créer une dynamique d’autodidactisme collaboratif où les élèves développent des compétences de recherche et de partage de ressources pour construire une notion au sein d’un groupe.
Le travail en ECLA favorise l’adaptation aux élèves à besoins particuliers porteurs de handicaps variés : il permet de compenser et, dans bien des cas, de contourner le handicap. Des outils vont être mis en place à leur intention pour prendre en compte leurs fragilités lorsqu’il s’agit de compter, écrire, lire… Par exemple, des vidéos remplaçant des textes épinglés sur un padlet qui leur permettront de participer aux débats du groupe, le travail de rédaction étant confié à un autre élève. Une attention particulière est apportée à la constitution des groupes pour qu’ils puissent prendre pleinement leur place, usage non habituel dans une salle de classe classique où ces élèves ont tendance à s’effacer.
L’espace ECLA bouleverse les habitudes et les postures professionnelles. Par le développement de nouvelles formes de pédagogies expérimentées dans cet espace comme la scénarisation pédagogique, la classe inversée, le travail en îlots bonifiés, l’ECLA a généré une dynamique, une prise de conscience des acteurs qu’ils pouvaient devenir à la fois créateurs et réalisateurs. Il a donc développé au sein de l’équipe pédagogique, imagination, autonomie d’action en dehors de ses pratiques habituelles et esprit d’initiative.
Il a également contribué à créer une émulation entre pairs qui a redonné des envies de recherches en sciences de l’éducation et dans les disciplines. Il a aussi impliqué de nouveaux acteurs dans de nouveaux projets (une collègue s’est lancée dans l’utilisation de robots en mathématiques en lien avec l’Institut français de l’Education), d’autres collègues se sont emparés du décrochage scolaire…
Sur un plan pédagogique plus concret, il a vraiment favorisé le partage, la confiance d’analyse de pratique entre pairs et la mutualisation de connaissances et d’outils de toute sorte.
Transcription
Caroline Aellio-Brottet, professeur de SVT.
-Allez !
On s'installe.
Voilà.
Vous pouvez mettre vos manteaux en dessous, vos sacs en dessous.
Vous êtes prêts ?
Les élèves, puis Caroline Aellio-Brottet, professeur de SVT.
-Oui.
-On y va.
Les 6e mènent l'enquête.
Un élève.
-"Hier, à 9 h 30, on a retrouvé la salle ECLA vandalisée.
On suppose que cela s'est passé pendant la nuit."
Une élève.
-"On a retrouvé et analysé au microscope un morceau dont on est sûrs qu'il appartient à l'auteur du vandalisme.
Reste à découvrir qui c'est."
Caroline Aellio-Brottet, professeur de SVT.
-La personne qui a fait le coup y a laissé un morceau de peau.
Morceau de peau vu au microscope.
Vous allez devoir analyser tous les échantillons, pour voir si ce morceau est celui de l'auteur du vandalisme.
Normalement, dans 2 heures, on a le coupable.
Bon travail dans vos labos.
Vous avez vos noms, vous prenez votre trousse, votre règle, vos écouteurs et vous vous déplacez.
On aimerait qu'ECLA devienne un lieu inspirant.
On s'est mobilisés, on a défendu notre projet, ce qui a permis d'obtenir davantage d'argent qu'une salle de classe normale.
Il y a plein de choses qu'on n'a pas obtenues, comme l'acoustique, il y a encore des choses qui devraient évoluer.
On va continuer à essayer de trouver des solutions.
Des solutions de bien-être, d'abord, pour nos élèves.
Une élève puis une deuxième.
-Il faut flasher.
Comme ça.
-Et ensuite, on fait le 1.
La première élève.
-Voilà, comme ça.
Ensuite, il faut faire les instructions de la vidéo 2.
Voix de Caroline Aellio-Brottet, professeur de SVT, sur la tablette.
-Quand vous observez une lame au microscope, l'idée, c'est de rendre compréhensible votre observation.
Donc, vous pouvez le faire soit en réalisant un dessin légendé, soit en légendant juste une photo prise à partir de ce microscope.
Un élève.
-C'est plus amusant qu'une salle normale, parce qu'on a des chaises roulantes, des ordinateurs, des tablettes, et c'est rigolo de faire ça.
Un élève, puis un deuxième.
-Voilà.
-C'est bien, Le deuxième élève, puis le premier.
ça change des classes normales.
-On apprend bien.
On fait des petits jeux, et en même temps, des petites leçons.
Caroline Aellio-Brottet, professeur de SVT.
-Tu vas devoir me dire comment on appelle les petites cases que tu as Caroline Aellio-Brottet, professeur de SVT, puis un élève.
découvertes sur ta peau d'oignon.
-C'est mieux, parce qu'on peut travailler en groupes.
Ça nous permet d'être calmes, parce qu'on a chacun nos activités bien réparties, qui sont assez intéressantes.
Moi, je me suis occupé du microscope, donc j'ai appris comment on faisait les fouilles, et pendant ce temps, la professeur peut circuler dans les îlots pour nous aider L'élève, puis Caroline Aellio-Brottet, professeur de SVT.
si on ne comprend pas.
C'est bien.
-Vous avez encore 5 minutes pour finir votre étape, votre indice, et après, on échange.
Ce que ça m'apporte, c'est de ne pas être coincée derrière mon bureau, mais de pouvoir aller aider les groupes selon leurs besoins.
Il y a des groupes qui fonctionnent très bien, qui n'ont pas forcément besoin de moi, qui arrivent à suivre les étapes.
Et moi, je peux me dégager des fois 10 minutes de temps avec un seul groupe.
Donc, des élèves qui ont des difficultés, je peux les aider davantage.
T'as écrit sur les traits de légende.
On n'écrit pas sur les traits de légende, on écrit à côté.
Ta paramécie, elle a un noyau, une membrane et un cytoplasme.
OK ?
Qui veut venir écrire "membrane", "noyau", "cytoplasme" au tableau ?
Un élève.
-On peut écrire sur les murs aussi.
On est plus libres.
Un autre élève.
-"Cytoplasme", c'est avec un Y.
Caroline Aellio-Brottet, professeur de SVT.
-C'est bien.
Une élève.
-C'est mieux qu'une salle de classe où on est tout seul.
Parce qu'ici, on peut s'aider les uns les autres.
Et généralement, quand je sors de cette salle, je connais déjà ma leçon.
Une deuxième élève.
-Il faudrait que tu regardes la vidéo du diaporama.
Une troisième élève puis la deuxième.
-La vidéo en entier.
-Pour comparer les deux cellules.
Caroline Aellio-Brottet, professeur de SVT.
-L'environnement, le fait qu'ils puissent se déplacer, venir me chercher, demander de l'aide à leurs camarades, cet environnement favorise le travail entre pairs.
Ça, c'est une nouveauté, c'est ce que j'ai découvert en travaillant de cette manière-là.
Une élève.
-L'atmosphère est plus agréable.
Et quand on travaille par îlot, on peut déplacer nos chaises pour aller voir nos amis...
Caroline Aellio-Brottet, professeur de SVT.
-Vous allez pouvoir flasher ce code qui est là et vous allez me dire à qui appartient la cellule du suspect.
Un élève, puis un deuxième.
-Je n'ai pas flashé.
-Le bonus, il est un peu trop...
Caroline Aellio-Brottet, professeur de SVT.
-Alors, qui a saccagé et ravagé notre salle ?
Des élèves, puis Caroline Aellio-Brottet, professeur de SVT.
-C'est le méchant chat.
-Le chat de Mme Dupont.
Vous avez découvert un truc assez important, c'est que ces trois éléments vivants, végétal, animal et paramécie, quand on les regarde au microscope, ils sont faits toujours de la même manière, ils sont faits de cellules.
Fiche détaillée
Durée : 00:04:53
Date de production : 2016
Producteur : Réseau Canopé
Réalisateur : Philippe Perron