Jeanne enseigne les mathématiques pures. Son frère, Simon, fait des combats de boxe. Leur mère, Nawal Marwan, vient de mourir.
À la lecture du testament, les jumeaux apprennent l’existence de leur père et celle d’un frère dissimulé jusque-là. Aidés par le notaire Hermile Lebel, les deux jeunes gens partent à leur recherche pour leur remettre à chacun une enveloppe.
Commencent alors deux enquêtes menées séparément dans un pays qu’ils ne connaissent pas.
L’action combine deux territoires distincts : le premier, urbain (zone commerciale, université, théâtre, tribunal pénal international, hôpital) ; le second, plus proche de la nature (un village, une forêt, un désert), même si l’on y trouve aussi une imprimerie. Nous sommes tentés de reconnaître ici le Québec et le Liban alors même que l’auteur a gommé toute référence géographique précise, hormis Ville-Émard, quartier ouvrier de Montréal, ou le village libanais Nabatieh (orthographié « Nabatiyé » dans la pièce).
Si le contexte en lien avec la guerre civile participe aux échos possibles avec le Liban et que Nawal est liée au récit de l’incarcération véritable d’une jeune Libanaise dans une prison de Khiam (cf. Le Sang des promesses. Puzzle, racines, et rhizomes, Actes Sud/Leméac, 2009, p. 37-38), la visée de Wajdi Mouawad n’est en rien documentaire. Concernant les repères historiques, la dramaturge Charlotte Farcet explique en effet que la chronologie d’Incendies se libère de la guerre du Liban qui commence officiellement en 1975, suite à l’incendie d’un bus de Palestiniens par des Phalangistes – événement dont Wajdi Mouawad est témoin depuis le balcon de son appartement. Nawal quant à elle assiste à l’embrasement du bus aux alentours de 1958 (Incendies. Le sang des promesses 2, Actes Sud/Leméac, 2011, postface, p. 155-156).
Pour cibler certains échos éventuels entre la pièce et l’histoire libanaise, voir le dossier Pièce (dé)montée n° 55, p. 18-19.
Si l’on découvre la ville occidentale dont Hermile Lebel ou Simon portent la langue, au début des années 2000, l’autre terre, celle du sud, apparaît sur plusieurs décennies, des années 1950 à nos jours.
Quatre sections structurent le texte, quatre foyers centrés autour des personnages principaux : Nawal, Jeanne et Simon. Alors que la structure globale mêle passé et présent, le spectateur suit l’évolution de Nawal, à 14 et 15 ans, puis à 40 et 65 ans. Certaines actions, paroles ou personnages (tel Chamseddine, scène 34) permettent de transiter d’une époque à l’autre. Différentes trajectoires sont tracées dans un même territoire à des dizaines d’années d’intervalle par les membres de la famille Marwan. Les personnages principaux mènent une quête, enquêtent, ce qui permet de sous-tendre l’action autour de l’attente d’une révélation.
Les promesses, la consolation, la question de l’origine, la famille, le langage, les conséquences de la guerre sur l’individu (quels choix face à la barbarie ? quelles responsabilités ? quels renoncements ?).
La complexité de la pièce réside dans la modulation des personnages découverts à des âges différents (Marwan, Sawda, Nihad), portant deux noms (Jeanne/Jannaane, Simon/Sarwane, Nihad Harmanni/Abou Tarek) ou exerçant des métiers divers (Antoine Ducharme, par exemple, est infirmier puis technicien dans un théâtre). Le notaire Hermile Lebel met en lien les membres de la famille.
D’autres personnages plus secondaires mais nécessaires à la construction dramatique apparaissent : Wahab, qui semble appartenir à la légende de l’amour perdu ; un médecin ; des soldats anonymes numérotés ; un photographe de guerre, Fahim ; l’ancien concierge de la prison de Kfar Rayat ; Mansour, guide de la prison ; Malak, paysan ayant élevé Jeanne et Simon ; ou encore Chamseddine, chef de la résistance.
Plusieurs éléments scéniques sont caractéristiques, tels la multiplicité et le croisement des lieux, des époques, ou la démultiplication d’un même personnage en fonction de son âge. Des éléments visuels sont par ailleurs projetés lorsque Nihad photographie ses victimes (scène 33).
Incendies, second volet de la tétralogie « Le Sang des promesses », est à mettre en relation avec Littoral, Forêts et Ciels. Un obus dans le cœur, monologue écrit par l’auteur, peut également entrer en dialogue avec la pièce.
Les thèmes de la dernière création de Wajdi Mouawad, Tous des oiseaux, font écho à ceux d’Incendies : réflexion sur la violence, héritages imposés à la jeunesse. On présente le personnage de Wahida qui s’inscrit de manière consciente dans la lignée de Nawal et de Nazira.
De manière moins directe, on peut aussi faire le lien avec la pièce Timon/Titus du collectif OS’O, lauréate du prix du jury et du prix du public du festival Impatience 2015, qui met en rapport la question de la dette et la notion d’héritage. On y assiste par ailleurs à la lecture d’un testament.