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Publié le 11/01/2024
Quelle autorité à l’école du XXIe siècle ?
L’autorité éducative n’est pas toujours innée. Elle n’est pas non plus liée à un statut. Alors, comment l’installer dans sa classe ? Cet article propose des ressources afin de vous permettre – en tant qu’enseignant – de mieux appréhender la notion.
La question de l’autorité est au cœur de la classe. Son exercice est une préoccupation majeure et quotidienne, loin d’être évidente. Et cela l’est encore davantage si vous débutez dans le métier. Pourtant, en tant qu’enseignant, c’est bel et bien votre rôle de l’installer. Comment, dans votre classe, faire preuve d’autorité sans pour autant tomber dans l’autoritarisme ? Comment instaurer un climat de confiance avec vos élèves ? Comment asseoir une autorité éducative visant une obéissance librement consentie ? Et pourquoi avez-vous parfois l’impression que certains enseignants réussissent mieux que d’autres à exercer leur autorité ? Une question de charisme ? Un « don » ? Cet article se propose de vous apporter quelques éléments de réponse.
L’autorité éducative, qu’est-ce que c’est ?
L’autorité éducative est une notion polysémique difficile à définir, car chaque personne l’interprète à sa façon, selon son vécu, ses convictions personnelles et son parcours professionnel. Aujourd’hui encore, des confusions de sens persistent et, bien souvent, on associe « autorité » aux mots « force », « violence » ou encore « punition ».
Bruno Robbes, professeur en sciences de l’éducation et spécialiste de la pédagogie institutionnelle, précise que « la relation d’autorité éducative ne désigne pas la relation d’autorité en éducation d’une manière générale, mais une modalité particulière d’exercice de l’autorité, dont les caractéristiques sont l’articulation de l’asymétrie avec la symétrie, l’exercice d’une influence par le détenteur d’une autorité statutaire et la reconnaissance de sa légitimité par ceux sur lesquels elle s’exerce ».
Marie Beretti, ancienne professeure des écoles, s’est inspirée des travaux de Bruno Robbes pour définir la relation d’autorité éducative en classe : « l’autorité éducative est une autorité qui prend en charge deux tendances qui semblent s’opposer : elle s’impose sans contrainte (ni par la peur, ni par la violence, qu’elle soit physique ou psychique) et respecte la dignité de l’élève en tant qu’être humain, mais elle s’attache en même temps à le protéger et à prendre soin de lui ». (Définitions tirées de l’ouvrage L’Autorité par la confiance : un modèle de relation éducative, Éditions Canopé, 2021.)
Bruno Robbes rappelle également dans ses travaux que « l’autorité n’est pas une chose innée chez l’être humain. Un enseignant qui a décelé toutes les facettes de l’autorité n’est pas un être exceptionnel, il a tout simplement beaucoup travaillé afin de la mettre en œuvre. C’est pourquoi il est nécessaire de construire son autorité tout au long de sa carrière. L’autorité doit être apprise, doit se maturer pour ensuite faire partie intégrante de sa salle de classe » (ibid.).
Enfin, les textes officiels décrivent l’autorité comme une compétence professionnelle à acquérir et à maîtriser par l’enseignant. (voir les arrêtés du 12 mai 2010 et du 1er juillet 2013).
C’est pour vous !
Le vendredi 1er mars de 13 h 30 à 14 h 30 ou le mercredi 5 juin de 13 h 30 à 14 h 30, venez participer à notre atelier en ligne « Le pari de la confiance dans la relation d’autorité ». Au programme : clarification de la notion d’autorité éducative (selon les travaux de Bruno Robbes), apport de connaissances sur le processus de la confiance et le lien avec la relation d’autorité (selon les travaux de Marie Beretti), analyse de pratiques et pistes de compréhension et d’action pour installer votre autorité en classe.
Une posture qui s’acquiert, se construit
L’autorité naturelle ne se décrète pas. Vous présenter à vos élèves comme leur enseignant ne suffira sans doute pas à instaurer une autorité ou à vous faire respecter. Asseoir son autorité et la faire reconnaître s’apprend, se développe et s’acquiert au fil du temps. C’est une compétence professionnelle qui se construit dans la classe, par le biais de savoir-faire et de savoir-être expérimentés, appris, imités, pour aboutir, selon Marie Beretti, à « une attitude de fermeté bienveillante ». Mais adopter une attitude bienveillante ne signifie pas être laxiste. Il faut savoir mettre des limites, imposer des règles et installer un cadre bienveillant. Pour conclure, une autorité éducative n’est jamais définitivement acquise, d’où la difficulté pour certains enseignants à l’exercer en classe. Elle demande de l’adaptabilité et de la réactivité face à des situations, des attitudes et des comportements des élèves.
Comment l’exercer en classe ?
Pour construire votre autorité, aucune recette miracle. Il est tout d’abord très difficile de lister à l’avance des réponses et des outils adaptés à chaque situation. Puis, ce qui fonctionne chez un enseignant ne fonctionnera pas forcément dans un autre contexte, avec un autre enseignant. C’est d’ailleurs pour cela que la manière d’exercer l’autorité en classe n’est pas clairement explicitée dans les textes institutionnels, car elle « s’invente, s’expérimente et se construit en situation et en contexte » (Robbes, Sauvons notre école… des professeurs « teneurs de classes », cahiers pédagogiques, 2009).
L’autorité éducative admet une variété de pratiques. C’est par conséquent une pratique individuelle que vous exercez au sein de la classe, avec vos élèves et dans un contexte donné. Elle nécessite alors de la considération mutuelle et une confiance des élèves envers vous et l’institution. Concrètement, comment faire pour installer une autorité éducative ?
Dans la vidéo Autorité à l’école, un levier de bien-être professionnel, Bruno Robbes présente quatre principes d’action qui devrait diriger l’installation de son autorité d’enseignant au sein de la classe : interpréter avec justesse les intentions des élèves, savoir différer (notamment quand on se trouve dans une situation de tension), être capable de reconnaître ses erreurs et respecter les élèves pour eux-mêmes.
Réfléchissez également à vos micro-gestes et à vos postures professionnelles : vos regards, votre voix, vos déplacements, les mots employés, etc. Dans la vidéo La posture d’autorité, Jean Duvillard, docteur en sciences de l’éducation, analyse et commente l’articulation entre la posture d’autorité de l’enseignant et les micro-gestes qui permettent de désamorcer un conflit potentiel.
Et surtout : expérimentez ! L’humour et l’autodérision peuvent par exemple être des alliés.
Au fil de votre expérience professionnelle, vous allez progresser et faire évoluer vos pratiques pour finalement trouver les méthodes qui vous correspondent le mieux et qui fonctionnent. Votre autorité sera alors acceptée et respectée par tous vos élèves, sans jamais être imposée. L’ouvrage des éditions Canopé L’Autorité par la confiance : un modèle de relation éducative donne également des outils et des conseils pour aider les enseignants à comprendre les enjeux et le processus de la confiance interpersonnelle, et surtout à améliorer au quotidien votre relation d’autorité avec vos élèves.
C’est pour vous !
Vous enseignez dans le second degré ? Vous aimeriez asseoir votre autorité dans la classe tout en développant des relations positives avec vos élèves ? Le webinaire participatif et interactif « Des pistes pour établir son autorité par la confiance » – proposé à différentes dates – vous permettra d'interroger vos pratiques de classe et vous proposera des clés pour mieux encadrer les élèves du secondaire et développer une relation de confiance avec eux.
Installer un climat de classe serein et propice aux apprentissages nécessite un cadre à la fois rigoureux et bienveillant de la part de l’enseignant. L’autorité est donc une condition indispensable ; il s’agit d’une compétence professionnelle nécessaire et exigeante pour faire la classe. Le parcours de formation « Climat de classe et sentiment d’efficacité de l’enseignant », destiné à tous les enseignants, encourage chacun à la réflexion et apporte des éléments conceptuels et pratiques pour penser l’organisation de la classe.
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