Publié le 17/12/2021

    La forme scolaire : de quoi parle-t-on ?

    Savez-vous ce qu'est la forme scolaire ? Découvrez la genèse et les grands mouvements qui l'accompagne, ainsi que de nouvelles pratiques innovantes pour un enseignement moderne !

    Cet article comprend deux parties : 

    PARTIE 1 :  La forme scolaire, une histoire dans l'histoire.
    PARTIE  2 : Quelques pratiques pédagogiques innovantes pour une approche plurielle de la forme scolaire.

    Ou continuez votre lecture pour lire l'article en intégralité.

    En tant qu’enseignants, vous vous réinventez chaque jour… La société évolue, la « forme scolaire » aussi et aujourd’hui, on peut dire qu’elle se diversifie !

    Clarifier ce concept de « forme scolaire », en découvrir la genèse pour prendre un temps réflexif sur vos façons d’enseigner, sur la façon dont vos élèves apprennent, s’inspirer d’autres pratiques, les expérimenter et trouver celles qui vous correspondent, voilà ce qui vous est proposé à travers cet article !

     

    PARTIE 1 : LA FORME SCOLAIRE, UNE HISTOIRE DANS L’HISTOIRE

    1. REMONTONS À SES ORIGINES

    La notion de « forme scolaire » a été proposée dans les années quatre-vingt par le sociologue et philosophe Guy Vincent dans sa thèse d’État : L’École primaire française (Lyon, PUL, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1980). Guy Vincent la définit comme une relation pédagogique combinant :

    • Un temps dédié (un temps dédié aux heures de classe, à la récréation ou à l’étude).
    • Un espace spécifique (l’école, la salle de classe et son organisation avec des rangées de tables, une estrade, un tableau).
    • Des règles (comme l’immobilité, le silence, l’écoute et le travail).

    Lorsque Guy Vincent rédige sa thèse d’État, la forme scolaire la plus répandue – celle rassemblant des élèves de classe d’âge identique dans une même salle de classe – repose notamment sur les principes édictés au XVIIe siècle par Jean-Baptiste de La Salle dans son ouvrage Conduite des écoles chrétiennes. Pourtant, au XIXe siècle, trois formes scolaires cohabitent dans le paysage éducatif français :

    • La méthode individuelle.
    • La méthode simultanée.
    • La méthode mutuelle.

    2. L’ENSEIGNEMENT INDIVIDUEL

    L’enseignement individuel – fondé sur les principes du préceptorat – suppose que le maître enseigne à un seul élève à la fois. Cette méthode est très répandue au XIXe siècle dans les écoles de campagne : alors que les communes doivent prendre en charge l’enseignement primaire, celles-ci ne disposent pas d’un vivier suffisant et qualifié d’enseignants.

    Chaque élève est alors appelé à tour de rôle « à la chaire magistrale » pour y recevoir individuellement sa leçon. Filles et garçons, d’âges et de niveaux très différents, sont dans la même classe. Pendant ce temps, les autres élèves sont le plus souvent inactifs dans leurs apprentissages.

    3. L’ENSEIGNEMENT SIMULTANÉ

    La méthode simultanée s’est développée dans les congrégations enseignantes, notamment chez les Frères lassalliens qui reçoivent une formation chrétienne et pédagogique. Ceux-ci répartissent les enfants en trois groupes selon leur degré d’avancement, ce qui donnera naissance au découpage que l’on connaît entre le CP, le CE et le CM. Dans chacune de ces classes de niveaux relativement homogènes, les élèves sont assis face au maître. Cette disposition leur permet de travailler en même temps, selon la méthode dite « simultanée ».

    La liberté d'expression est mise de côté au profit du silence et de la rigueur mais les Frères lassalliens adaptent leur attitude éducative au caractère de l'enfant, font participer les élèves à leur enseignement (effort personnel, travaux pratiques, etc.) et à la vie de l’école (l’élève sonneur sonne le début et la fin de la classe…). Le maître parle peu et ne dispense pas de cours magistraux.

    4. L’ENSEIGNEMENT MUTUEL

    Au XIXe siècle, alors que les maîtres manquent, la méthode mutuelle est importée d’Angleterre et est promue par les libéraux qui veulent contrer l’expansion des écoles chrétiennes, ainsi que leur méthode simultanée. Les élèves travaillent entre eux, organisés en configurations variables autour de tableaux muraux ou de pupitres mobiles ; ils s’entraident. La méthode permet à un seul maître d’instruire plusieurs centaines d’élèves, en ayant recours à des moniteurs.

    Les moniteurs, chargés de relayer la parole du maître, sont des élèves pour la plupart choisis parmi les plus avancés dans les apprentissages. Ce système peut fonctionner à plusieurs étages, avec des moniteurs généraux, des moniteurs intermédiaires, etc., tout le monde apprenant à son niveau et enseignant au niveau inférieur.

    L’organisation sociale de cette méthode anglaise est novatrice. La méthode prévoit que les rythmes d’apprentissage et de progression soient individualisés suivant les disciplines : les élèves sont ainsi répartis dans 8 groupes de niveaux par discipline, chaque enfant pouvant changer de groupe en fonction de ses résultats (évalués grâce à un examen) tous les quinze jours.

    Plus de 2000 écoles mutuelles existent en France en 1830, principalement dans les villes. Ce système de répartition des élèves par niveau et non par âge est encore d’actualité dans les pays anglo-saxons.

    5. ET JUSQU’À AUJOURD’HUI ?

    À mettre en lien avec le poids de l’Église catholique en France, le coût et la complexité, la méthode mutuelle, associée au protestant Joseph Lancaster, est définitivement abandonnée vers 1850, au profit de la méthode simultanée. Celle-ci va progressivement se séculariser et évoluer vers un strict regroupement des élèves dans des classes distinctes, suivant leur âge.

    La nouvelle organisation de la scolarité primaire se fait en trois cycles : élémentaire, moyen et supérieur. Cette organisation devient la norme, le moule toujours actuel dans lequel se cristallise la forme scolaire.

    Cet article est largement inspiré de conférences de Sylvain Connac et de l'ouvrage de Vincent Faillet Remodeler sa salle de classe et sa pédagogie. Des idées pour faire évoluer la forme scolaire.

     

    PARTIE  2 : QUELQUES PRATIQUES PÉDAGOGIQUES INNOVANTES POUR UNE APPROCHE PLURIELLE DE LA FORME SCOLAIRE

    La forme scolaire est une forme sociale. À ce titre, elle constitue, comme l’explique Vincent Faillet1, un savoir et un savoir-faire, issus de la culture d'une société, comme réponse à une situation-problème ou à une démarche possible pour réaliser un projet.

    La méthode simultanée a peut-être, entre autres, été la réponse politico-économique du XXe siècle… Mais aujourd’hui, à la lumière des sciences cognitives de l’apprentissage et à l’ère du numérique, le paysage éducatif français se transforme et commence à remettre le curseur sur le champ social, notion fondamentale pour Guy Vincent, prenant ainsi davantage en compte l’individu, l’élève dans sa diversité, au lieu d’exiger de lui qu’il s’adapte à un enseignement trop standardisé.

    Aujourd’hui, pour l’Éducation nationale, la prise en compte du bien-être de l’élève et de ses différences constitue un levier incontournable pour aboutir à une réelle efficacité pédagogique. À partir de ces constats, quelques pratiques pédagogiques reconnues par l’Institution bousculent la forme scolaire traditionnelle. Toutes mettent en avant le rôle de l’élève en tant qu’acteur de ses apprentissages :

    1. LA CLASSE INVERSÉE 

    La classe inversée est un dispositif hybride, à distance et en présence, recomposant les lieux et les temps d’apprentissage. Les élèves découvrent à distance une notion, à travers différentes ressources mises à disposition par l’enseignant, (exposé théorique, consignes, protocoles, activité introductive…).

    Le temps en classe est dédié à la mise en situation concrète des apprentissages lors d'activités réclamant interaction et collaboration,  que ce soit entre les élèves ou bien entre les élèves et l'enseignant.

    La classe inversée a pour objectif de favoriser le développement de l'autonomie de l'élève par l'utilisation d'un plan de travail individualisé donné par l'enseignant, et grâce à des activités variées, individuelles ou collectives. Elle permet un changement de posture de l'enseignant qui transmet et accompagne au plus près l'élève, et un changement de posture de l'élève qui s'engage à être acteur de son apprentissage.

    2. LA CLASSE MUTUELLE

    Une classe mutuelle peut articuler enseignement simultané au sein du groupe-classe (souvent en introduction du cours, pour en expliciter le déroulement, les objectifs, les concepts et échanger avec les élèves), enseignement mutuel (échanges entre élèves, réalisations en groupes sur des tables ou autour de tableaux) et enseignement individuel. Chaque cours peut s’achever par un bilan pendant lequel les travaux sont corrigés et commentés.

    Le principe fondateur de la classe mutuelle est de créer les conditions favorables à l’enseignement par les pairs. Pour cela, Vincent Faillet propose en SVT différents espaces de collaborationd’interactions et, notamment, différents tableaux blancs répartis dans la classe. Il n’y a plus de polarisation de l’espace et de modalité « frontale », y compris lorsque l’enseignant introduit le cours.

    Les élèves ont des règles bien fixées (exercices d’application impératifs, rendu de l’exercice réalisé exploitable, etc.) mais disposent d’une liberté de mouvement, de parole, d’organisation, de choix de l’activité et ont une grande responsabilité.

    Les principes de la classe mutuelle © Anne-Cécile Calléjon

    3. LA CLASSE ACCOMPAGNÉE

    Comment concevoir des cours qui permettent à l’enseignant de se rendre disponible et aux élèves d’avancer à leurs rythmes sans subir celui du groupe ? « Le dispositif de classe accompagnée tente de modifier le rapport au temps pour permettre un autre rapport aux savoirs et aux autres. » (A. Coughlin, Let Learn, 2018).

    La classe accompagnée est fondée sur l’autonomie de l’élève et sur son parcours individuel. L’élève chemine à son rythme à travers des activités choisies pour résoudre une tâche complexe, réaliser une démarche d’investigation ou mener à bien un projet.

    L’enseignant encourage les élèves à se déplacer dans la classe pour chercher l’information, s’entraider et coopérer. Il met à disposition des ressources, supports variés et accompagne les élèves qui en ont le besoin. Évaluation, autoévaluation et coévaluation permettent aux élèves de mesurer leur progrès et leur marge de progression.

    4. LA CLASSE FLEXIBLE

    Le fonctionnement d’une classe flexible repose essentiellement sur :

    • Un « enseignement flexible » qui prend en compte le fait que l'élève est davantage acteur de ses apprentissages. La pédagogie est différenciée.
    • Une « organisation de l’espace flexible » : des espaces dédiés et mouvants comprenant des centres d’autonomie, des espaces d’échanges, des espaces de repos pour les temps calmes, etc., du mobilier qui peut être déplacé, qui peut s’adapter à de nombreuses situations pédagogiques et permettre à chaque élève de choisir, en fonction de l’activité qu’il doit mener, l’espace de travail qui lui convient le mieux. L’élève pourra ainsi prendre des postures différentes tout au long de la journée.

    Il s’agit de faire correspondre l’espace classe aux besoins des élèves. L’aménagement de l’espace doit permettre de favoriser la concentration nécessaire aux apprentissages, ainsi que l’interaction entre les apprenants.

    • Sur l’aménagement des espaces, découvrez de nombreuses propositions et retours d’expériences d’établissements sur la plateforme Archiclasse. Par ailleurs, les deux kits ludiques Archistart et Archilab sont disponibles en Atelier Canopé : ils permettent d’échanger sur les formes scolaires et de penser collectivement l’aménagement des espaces.
    • Les pistes de réflexion et les conseils d'Aurélia Onyszko, enseignante, d’Olivier Rothan, directeur d’école, de Manon Mc Rae, ergonome, et de Séverine Walker, formatrice, dans une émission extraclasse à réécouter.
    • Canoprof enseignante classe flexible
    • L’exemple de l’aménagement des espaces dans un collège normand.

    5. LA CLASSE COOPÉRATIVE

    Une classe coopérative est une classe où l’élève est considéré comme citoyen et acteur de son apprentissage et où l’enseignant n’est pas considéré comme étant la seule source du savoir. Avec une classe coopérative, les élèves apprennent en s’exprimant et en confrontant leurs points de vue, en s’entraidant, en allant chercher des informations par eux-mêmes et en menant des projets. Les temps personnels et collectifs alternent. Lors de ces derniers, différentes missions sont transmises à chaque élève (porte-parole, secrétaire, gestionnaire du temps, etc.). Celles-ci se complètent et facilitent la coopération.

    Une classe coopérative ne peut fonctionner sans une structure initiale bâtie par l’enseignant, en concertation avec les élèves :

    • cadre sécurisant,
    • règles construites lors de conseils coopératifs,
    • tutorat,
    • instauration d’espaces et de temps de parole, d’écoute et d’expressions (l'exemple de l'outil coopératif "Le Quoi de neuf ?"),
    • mise en place de plans de travail…

    D’autres outils organisationnels peuvent compléter ces premiers éléments :

    • les sociogrammes pour les mises en groupe,
    • les codes sonores, passeports ou tétra'aides pour préciser le cadre de travail et permettre la manifestation des besoins,
    • les boîtes aux lettres pour soumettre des productions
    • les ceintures de compétences pour représenter les progressions et s'entraider
    • le marché des connaissances pour partager.

    La classe coopérative rend autonome, responsabilise et renforce les solidarités.

    La coopération ne va pas de soi. Elle se prépare. N’hésitez pas à prolonger par d’autres ressources d'auteurs tels que Sylvain Connac et des formations !

    6. LA PÉDAGOGIE DE PROJET

    La pédagogie de projet correspond à une pratique d’enseignement dans laquelle les apprenants acquièrent des connaissances et des compétences en travaillant durant une période prolongée autour d’une question, d’un problème ou d’un défi authentique, engageant et complexe.

    Une méthodologie est mise en place permettant de faire émerger l'idée du projet (pour plus d’impact, celle-ci vient des élèves), d’analyser la situation, d’effectuer des choix stratégiques et organisationnels. Les techniques de créativité sont utiles à ces phases où l’on doit faire émaner le projet des élèves. Il s’agit ensuite de monter le projet en le planifiant, de le mettre en œuvre, puis de l’évaluer.

    Pour allier pédagogie de projet et aménagements des espaces, nous vous recommandons le superbe ouvrage collectif Innover dans l’école par le design (Réseau Canopé, 2017) qui vous permettra de placer les élèves en position réflexive et créatrice sur l’aménagement des espaces, les temps de cours et la création de projets au sein de votre établissement, tout en impliquant les différents acteurs que sont les personnels de l’établissement, les élèves, les familles et partenaires ou visiteurs.

    7. LA CLASSE DEHORS

    « Faire classe dehors » est une pratique d'enseignement régulière dans un espace naturel ou culturel, à proximité de la classe (dans l’enceinte de l’établissement ou en dehors), tout au long de l'année. Son approche est interdisciplinaire ; elle peut concerner tous les domaines d'apprentissage de l'école : compter, chanter, écrire, parler, observer, etc.

    CONCLUSION

    Le XXIe siècle s’inscrit dans une période en pleine mutation, décloisonnant les espaces-temps, favorisant la continuité des apprentissages et proposant une diversification de la forme scolaire, ou plutôt des formes scolaires !

    Des apports de la recherche aux pratiques pédagogiques, nous remarquons que réconcilier le corps et l’esprit paraît un enjeu essentiel : le corps a également un rôle dans les apprentissages. D'autre part, la coopération est une forme pédagogique à expérimenter afin de faciliter un meilleur vivre ensemble.

    Les similarités entre les formes scolaires sont nombreuses : autonomie, collaboration, coopération, personnalisation, espaces flexibles, etc. La posture de l’enseignant a changé : il est aux côtés des élèves, les accompagnant dans leurs apprentissages.

    Pour conclure, nous vous suggérons de réfléchir à cette démarche très concrète pour bâtir vos cours :

    la démarche Think Pair Share « Penser Partager Présenter » (52 méthodes. Pratiques pour enseigner, Rémy Danquin, Réseau Canopé, 2015) qui permet la construction, la progressivité et la consolidation des apprentissages. Trois étapes à respecter lors de la préparation de la plupart de vos activités :

    • Think : mettre l’élève en posture de réflexion individuelle sur le sujet.
    • Pair : demander à l’élève de rejoindre un binôme ou petit groupe de travail pour échanger sur ce sujet.
    • Share : proposer à chaque groupe de travail de partager le fruit de sa réflexion avec d’autres groupes ou la classe entière.                      

    Ce type de démarche, ou celles plus généralement présentées ici, permet notamment de créer de la motivation, d’instaurer l’autonomie, de faire naître de la responsabilité, ainsi que de l’engagement. Il sert finalement à ce qui fait l’essence de toute forme scolaire : créer les conditions favorables à l’éclosion du citoyen de demain !

    1Vincent Faillet est un enseignant du 2nd degré qui a récemment modernisé la méthode mutuelle en 2015 au lycée Dorain à Paris. Son ouvrage Remodeler sa salle de classe et sa pédagogie témoigne ainsi de cette pratique innovante et offre également une analyse éclairante sur le panorama de la forme scolaire.

    ANNONCE POUR COLLÈGES

    Un projet à la pédagogie innovante dans votre établissement : participer à l’appel à projets de la Fondation de France !

    Pour contribuer à faire évoluer l’école, la Fondation de France structure son appel à projets 2022 autour des trois objectifs suivants :

    -Prendre en compte les singularités (potentiels et fragilités) de chacun dans des approches individualisées.

    -Faire que le collège soit un lieu d’apprentissage et d’exercice de la citoyenneté, et de connexion à l’environnement.

    -Donner à l’élève un rôle actif dans des apprentissages qui font sens.

    La Fondation de France apportera son soutien aux équipes éducatives qui développent des projets expérimentaux au service de projets d’établissement ou de classe porteurs d’innovation pédagogique ou d’aménagement de parcours personnalisés, dans lesquels les jeunes apprennent à devenir des citoyens.

    Pour en savoir plus : https://www.fondationdefrance.org/fr/aidons-tous-les-collegiens-reussir