Que suis-je, ou plutôt qui suis-je ? J’ai des désirs, des projets, un travail, mais sont-ils des
expressions profondes de mon être ? Je suis en tout cas ce corps, ce que me rappelle à l’occasion
ma carte d’identité. Elle associe à ce corps un prénom, le mien, et un nom, celui d’une
famille, et toute une histoire plus ou moins difficile, qui n’est pas seulement la mienne et
dont le choix du prénom lui-même porte parfois lui aussi le témoignage. Mon identité me fait
donc dépositaire d’une mémoire, mais peut-être aussi de secrets…
C’est à cette question de l’identité et de la transmission entre générations que s’intéresse
Sirènes, la nouvelle création de Pauline Bureau et de la compagnie La Part des anges. Dans
Modèles, son spectacle précédent, elle mettait en scène les évolutions problématiques de la
condition des femmes; ici, c’est l’histoire familiale qui est interrogée, sur plusieurs époques
et en différents lieux, autour de la question des secrets de famille.
Pauline Bureau, Benoîte Bureau et toute l’équipe des comédiens et techniciens se sont attachés
à créer le spectacle dans une écriture de plateau : la matière première de la réflexion est
constituée de textes, de photos d’art, d’illustrations, de vidéos, de chansons, d’objets personnels
aussi. Les comédiens sont invités à s’approprier ces éléments dans un espace d’expression
personnelle une véritable « carte blanche » qui va permettre l’apparition du sens, en interprétant
et réinventant ce qui a été apporté. Le travail sur la pièce met aussi particulièrement
en évidence le rôle essentiel joué par la costumière, la scénographe et les techniciens dans la
construction de ce qui devient un objet théâtral grâce à une écriture collective et interactive.
Si le projet propose un théâtre documentaire, proche du réel, il met aussi en lumière la
nécessité d’une parole adaptée, qui reste individuelle, mais évite l’indignation ou la démonstration;
c’est une occasion de sensibiliser les élèves à la nécessité de trouver un ton juste,
aux difficultés particulières d’un travail de plateau, mais aussi de leur montrer un théâtre qui
se fait, dans une démarche exigeante qui questionne la limite entre ce qui est directement
perçu comme théâtral et ce qui semble devoir y résister. Dans le vacillement de cette limite,
ce sont des possibilités de création, d’écriture et de mise en scène qui surgissent.