Septembre 2015. À cette question posée à des lycéens : « Quels sont pour vous
les grands criminels d’aujourd’hui ? », ils répondent unanimement : « les terroristes
du 6 janvier ». - Et les serial killers alors ? - Les serial killers, c’est de
la fiction. » Il semble que ces figures qui ont fasciné les années quatre-vingt
au point de fabriquer par la suite des dizaines de créatures fictives aient intégré
notre imaginaire. Aujourd’hui, la haine a un objet, les attentats ont des
mobiles. Les psychopathes ordinaires aux motivations vides peuvent-ils encore
intéresser quand notre actualité est mise en demeure de donner du sens à des
actes absurdes ? Les temps auraient-ils donc changé ?
Pourtant Roberto Zucco fascine. Héros négatif ou total, créature de papier
trempée dans les vieux mythes et façonnée dans le présent désœuvré des
Années Sida, il y a quelque chose chez lui qui se dérobe. Après la mise en
scène des Criminels, de Ferdinand Bruckner, le metteur en scène et directeur
de la Comédie de Valence, Richard Brunel, poursuit son exploration des personnages
monstrueux, s’intéresse chez Roberto Zucco à la question du criminel
sans mobile pour réinterroger la nature du monstre contemporain.
Ce dossier se propose d’accompagner les élèves dans la découverte de ce
grand texte déjà classique. Activités de recherche, propositions d’ateliers,
explorations à travers les arts et les idées, il s’agit de les aider à comprendre
les enjeux dramaturgiques de Roberto Zucco pour mieux accueillir et comprendre
les choix esthétiques de la mise en scène de Richard Brunel.
L’école du spectateur est un jeu d’écluses : la réflexion théorique doit naître
de l’expérience pratique ; chaque enseignant est libre ici de piocher selon ses
préférences dans les activités proposées. Enfin, l’analyse du spectacle est
avant tout pensée comme une démarche sensible. Les pistes sont des ouvertures,
des propositions pour orienter la lecture qui doit toujours rester ouverte
à l’interprétation.