Difficile d’assigner à Alessandro Baricco une place fixe, tant la
diversité de sa formation et de ses activités en font une figure
singulière et unique : journaliste, auteur d’essais sur la
musique, fondateur d’une école d’écriture à Turin, la Scuola
Holden, cinéaste, mais surtout écrivain, bien que là encore il
ne soit guère possible de lui assigner un genre particulier.
À preuve, ce texte étrange, écrit en 1994, Novecento. Un monologuo
et traduit en français en 1997 sous le titre Novecento : pianiste.
Si l’on retrouve dans cette œuvre des thématiques amorcées
dans ses deux premiers romans, Châteaux de la colère (prix
Médicis étranger en 1995 mais publié en Italie dès 1991) et
Océan Mer (1993) comme la toute-puissance de la musique
ou la fascination des grands voyages transatlantiques,
Alessandro Baricco semble abandonner la forme romanesque
pour le théâtre, en conviant son public à entendre l’histoire de
Novecento, le plus grand pianiste de tous les temps, racontée
par son meilleur ami, le trompettiste Tim Tooney. Pourtant le
texte n’est pas une pièce de théâtre à proprement parler et
sans doute est-ce ce caractère hybride (et les problèmes qu’il
suscite) qui a attiré André Dussollier, lui-même acteur de
cinéma et de théâtre, auteur et metteur en scène.
Obsession de la mer, pouvoirs de la musique, nostalgie d’un
monde désormais disparu, image de l’artiste, telles sont les
facettes d’un texte dont il avoue avoir été ébloui dès sa parution,
mais qu’il n’ose aborder qu’aujourd’hui, seul sur scène avec quatre
musiciens, dans une mise en scène qu’il signe avec PierreFrançois
Limbosch, qui assure également la scénographie.
Le présent dossier propose des pistes de recherche et des exercices,
afin de faire découvrir aux élèves l’univers d’Alessandro
Baricco, le monde disparu des paquebots de ligne, ce mélange
surprenant de misère et de luxe extrême, à l’image de cette
nouvelle musique qui se répand à travers le monde, le jazz.
Plus largement, il interroge le passage du texte à la scène, en
questionnant la théâtralité de ce monologue dont la figure
première reste l’artiste errant sur les mers et voué à la solitude.