Adapter un roman tel que Le Grand Meaulnes au théâtre relève d’une véritable
gageure et ce pour diverses raisons, souvent contradictoires. D’une part, il parle aux plus anciens, et le plus souvent à l’adolescent qu’ils ont été, et beaucoup moins aux adolescents de ce début de XXIe siècle : que peuvent encore avoir à dire ces jeunes solognotes du début du siècle précédent, un peu désuets, à une génération hyperconnectée ?
D’autre part, il s’agit d’une œuvre romanesque dont le matériau de base paraît difficile à incarner. Il y est question de l’adolescence, de ses idéaux et de rêve qui se brise contre le mur de la réalité. Le domaine évanoui et la fête mystérieuse dont on ne sait où ils se situent ne laisseront pour trace que celle d’un désenchantement. Le temps qui passe, les promesses passées et les rêveries révolues concourent à la naissance du tragique : mort d’Yvonne de Galais, fin de l’amitié entre les protagonistes, solitude du narrateur, impossibilité de retrouver le temps perdu.
C’est de cette matière dont s’empare le metteur en scène Nicolas Laurent, par un traitement qui peut-être se révèlera le seul possible : la mise en abîme théâtrale. Aussi, ce dossier propose d’emmener les élèves dans la démarche dramaturgique du metteur en scène et de ses acteurs. En amont du spectacle, nous retournons avec eux sur les traces de Meaulnes : la matière romanesque dont ils s’emparent et qu’ils vont interroger au plateau, la manière dont ils vont la questionner, le jeu et la distance qu’ils vont y mettre. Au retour du spectacle, est abordée la dimension ludique du passage au plateau qui permet de jouer, réécrire, construire, ou déconstruire une aire de jeu sur laquelle s’inscrit le plaisir de rejouer à l’infini les idéaux et illusions de jeunesse. Comme si la fête mystérieuse et le domaine perdu ne pouvaient finalement se retrouver que sur un plateau de théâtre.