Le compositeur italien Giuseppe Verdi (1813-1901) admirait
profondément Shakespeare. Il adaptera pour l’opéra trois
des pièces les plus connues du dramaturge : Macbeth (tiré
de The Tragedy of Macbeth), Otello puis Falstaff (d’après Les
Joyeuses Commères de Windsor).
Dans une démarche tout à fait singulière, le metteur en scène
sud-africain Brett Bailey choisit de s’emparer de Macbeth pour
en tirer une adaptation raccourcie, dense, engagée : « J’ai
situé l’histoire au nord-est du Congo, dans une zone de conflit
qui a compté près de cinq millions et demi de morts ces vingt
dernières années ».
L’aventure débute avec une troupe de comédiens qui trouve
refuge à Goma et s’empare des vestiges de l’opéra de Verdi
laissés dans une malle par les colons : avec l’enregistrement
de ce chef-d’œuvre de la musique, un livret jauni par le temps
et les vieux costumes qu’ils trouvent, ils rejouent la tragédie
de leur propre peuple soumis aux dictatures les plus sanguinaires,
brisé par de violents conflits, envahi par les intérêts
commerciaux des multinationales dont la seule préoccupation
réside dans la récolte des minerais. Cette réinterprétation
de l’éternelle tragédie du pouvoir se joue avec dix chanteurs
d’opéra.
Si la collection Pièce (dé)montée s’est intéressée à ce spectacle,
c’est qu’il ne se présente pas comme une nouvelle version
de l’œuvre opératique de Verdi. Il est au contraire une
relecture théâtralisée éminemment politique de l’œuvre qui
interroge les frontières entre les différents arts. À travers cet
opéra, Brett Bailey braconne sur les terres du théâtre, de l’installation
plastique ou de la sculpture pour mieux faire resurgir
les faux-semblants d’un pouvoir illégitime qui se plaît à usurper
une place qui ne lui appartient pas.
Les enseignants pourront faire découvrir à leurs élèves un
opéra dont la forme et le contenu dialoguent, s’hybrident avec
une longue tradition littéraire et musicale. Ils pourront également
mettre en regard cette approche de l’opéra de Verdi
avec les deux autres dossiers de la collection abordant le
Macbeth de Shakespeare, dans les mises en scène d’AnneLaure
Liégois et d’Ariane Mnouchkine.