Avec Les Damnés, Ivo van Hove signe un spectacle très attendu, annoncé dès
la fin du 69e
Festival d’Avignon et qui marque le retour de la Comédie-Française
dans la Cour d’honneur du Palais des papes après vingt-trois ans. Le metteur
en scène et directeur du Toneelgroep Amsterdam, à qui Éric Ruf a fait appel,
est également très présent sur les scènes européennes et américaines. C’est
un homme de troupe lié à une équipe au long cours, qui rencontre une autre
troupe, celle de la Comédie-Française.
C’est sur le scénario du film de Visconti et non sur ses images que repose le
spectacle. Plusieurs créations d’Ivo van Hove sont des adaptations de films ;
comme lorsqu’il monte des classiques du théâtre, ce qui l’intéresse est de
dégager du texte un sens pour notre époque.
Le scénario des Damnés suit une riche famille d’industriels allemands lors de
l’installation au pouvoir d’Hitler. Au-delà des éléments historiques, il présente
une humanité qui cherche à conserver son pouvoir et ses privilèges au prix de
la trahison de soi, de ses idéaux, de ses proches ; une humanité qui se perd
dans la violence politique et la perversion pour survivre. L’histoire des Damnés
résonne aujourd’hui ; elle permet de nous questionner sur nos côtés sombres
et dissimulés, sur notre courage pour affronter nos peurs, nos difficultés, notre
survie dans une société en crise.
Le dossier qui suit vise à donner aux élèves, avant la représentation, des
repères pour identifier les nombreux personnages et les événements historiques
des années 1930 en Allemagne, tout en les invitant à réfléchir au présent
et aux enjeux du monde actuel que le spectacle met en lumière.
On envisagera le défi scénographique que constitue cette création, qui passe
du découpage filmique au plateau de théâtre et sera jouée dans deux lieux
très différents, la Cour d’honneur et la Salle Richelieu. Enfin, on proposera aux
jeunes spectateurs de se familiariser avec les trois univers qui se rencontrent
dans ce projet: le Festival, un metteur en scène, une Troupe.
Après la représentation, on suggérera parmi d’autres pistes une analyse de
l’espace, dont le traitement par Ivo van Hove est toujours particulier. On fera
aussi le point sur le personnage de Martin, homme enfant prêt à toutes les perversions
et toutes les trahisons pour finalement devenir le chef du clan.