Les Caprices de Marianne est une pièce passionnante à plus d’un titre.
D’abord parce qu’elle est inclassable : comédie ? drame ? tragédie ? Elle
tient du drame par les classes sociales représentées ou sa structure en
trois parties, de la comédie par certains de ses personnages, ses actions
vives et le langage parfois proche de la conversation, de la tragédie enfin
par l’avancée inexorable vers la mort du personnage de Coelio ainsi que
par les thèmes principaux abordés. Ensuite parce que cette pièce n’a pas
été écrite pour la scène. En effet, après l’échec de sa première pièce
La Nuit vénitienne (1830) Musset décide que désormais ses pièces seront
à lire, non à représenter. L’auteur s’est donc libéré des contraintes du
théâtre et des effets de mode liés au romantisme. C’est peut-être pour
cette raison que le théâtre de Musset et Les Caprices de Marianne en
particulier semblent intemporels. « Ayant renoncé à faire du théâtre
pour son temps, Musset a fait du théâtre pour tous les temps » écrit Léon
Lafoscade dans un ouvrage consacré à l’auteur (Le Théâtre d’Alfred de
Musset, 1901). Mais si cette pièce n’a pas été écrite pour la scène, comment
la mettre en scène ? À quelles difficultés un metteur en scène est-il
confronté ? Ces difficultés peuvent-elles expliquer que cette pièce soit
si peu jouée ? Écrite en 1833, elle est représentée pour la première fois à
la Comédie Française en 1851. Ensuite il faut attendre la mise en scène
de François Beaulieu à la Comédie Française en 1980, celle de Lambert
Wilson au Théâtre Des Bouffes du Nord en 1994, puis celle de Jean-Louis
Benoît en 2006 au Théâtre National de La Criée à Marseille.
Les Caprices de Marianne est le récit d’une jeunesse qui se fracasse
sur son siècle, sur son désœuvrement. Bien avant La Fureur de vivre
(Nicholas Ray, 1955), Musset prend le pouls mystérieux de cette fièvre
étrange qui s’empare d’une génération orpheline de tout combat, de
tout engagement, qui cherche dans le cynisme, la sensualité, le plaisir
facile, ou le fanatisme mélancolique, son salut, c’est-à-dire un
arrangement avec la vie.
En suivant, hors d’haleine et le cœur à nu, les dédales du désir amoureux,
les protagonistes perdent leurs convictions par timidité, pulsion,
envie, convoitise, jalousie.
« Tout change mais rien n’arrive! » Écrite au lendemain d’une insurrection
avortée, Les Caprices de Marianne est une grande œuvre incandescente
du romantisme français. Et les héros de cette fable, partis pour une
comédie, ripent dans le drame. Cette pièce est, aujourd’hui comme toujours,
le cri, le baroud éclatant d’une jeunesse contre son mal de vivre.
Aujourd’hui c’est au tour de Frédéric Bélier-Garcia de nous donner
une lecture contemporaine de cette œuvre.