Des rats… des rats qui tombent « en grappes dans les cheminées », se glissent
« sous les portes », mordent « les gens dans leur lit », des hordes de rats qui
« dégoulinent des gouttières » et « viennent loger jusqu’au creux des cauchemars
» : nos peurs anciennes sont devenues légendes urbaines contemporaines.
La figure du rat stigmatise nos nouveaux comportements. Comme le
chante Souchon, « on mange trop », on produit trop, nos villes débordent, et
selon l’un des protagonistes du Roi des rats, les égouts compteraient « autant
de rats dessous » qu’il y a d’habitants au-dessus.
Dernier volet d’une trilogie de réécritures, après les contes de Blanche Neige et du Petit Poucet , Le Roi des rats s’inspire cette fois de la légende du Joueur
de flûte de Hamelin. Annabelle Sergent revisite ce récit venu du Moyen Âge
germanique qui rapporte l’histoire d’un musicien que suivent par magie des
hordes de rats puis des bandes d’enfants, qui disparaissent, s’effacent à
jamais. Mais ce sont moins les rats qui l’intéressent que les enfants ; si elle
revisite la légende, c’est à leur hauteur, pour mieux pointer son actualité et
nous interroger : quelle place aujourd’hui pour les enfants dans nos villes ?
quelle place plus généralement faisons-nous à l’enfance ?
Encore une fois seule en scène, elle sait faire d’un plateau nu le lieu de tous les
possibles. Sa magie à elle est de nous donner à voir par ses mots, son jeu et le
dispositif scénographique, ce que nous ne savons plus regarder. Finalement, le
joueur de flûte, ce serait bien elle, qui nous prend par la main et nous emmène.
Et ce n’est sûrement pas une question d’âge.
Le spectacle est destiné à « tout public à partir de neuf ans ». Le dossier présente
des pistes d’exploitation qui sont à choisir selon le projet de l’enseignant
et selon l’âge des élèves.