En mettant en scène Le Dibbouk ou entre deux mondes, après son adaptation
de Pantagruel, Benjamin Lazar pourrait nous apparaître comme revenu à une
certaine sagesse : voilà en effet, non un texte narratif comme l’était le texte de
Rabelais mais une « vraie » pièce de théâtre, avec une intrigue et des personnages
bien définis, et qui plus est, écrite au début du XXe
siècle, une époque
pour nous plus familière que ne pouvait l’être le XVIe. Pourtant le texte de
An-ski est si singulier que sa mise en scène relève encore de la gageure.
Écrit en 1915, représenté en 1922 dans une mise en scène qui fit date dans l’histoire
du théâtre, Le Dibbouk ou entre deux mondes n’est pas seulement la tragédie
des amours contrariés de Léa et Khânan, c’est aussi une pièce qui fait surgir
le fantastique : si le spectateur plaint ces nouveaux Roméo et Juliette, il doit aussi
accepter cette plongée dans un monde surnaturel où les âmes se cherchent
au-delà de la mort. Cette ambivalence du texte s’ajoute à une autre difficulté :
écrite en yiddish, la pièce évoque la vie de la communauté juive dans un village
rattaché à l’empire tsariste, alors même que son auteur en pressentait la rapide
destruction. Comment dès lors faire revivre ce monde disparu ? Comment en
restituer l’atmosphère sans tomber dans une reconstitution maniaque qui ne
ferait que réduire la pièce à une curiosité du passé ?
Autant de questions qui interrogent les choix scéniques, et que les élèves sont
invités à se poser dans ce dossier, à travers des exercices ou des recherches.
Car il s’agit bien ici de faire surgir cet étrange dibbouk, capable d’obséder le spectateur
en lui inspirant la nostalgie d’un univers magique qu’il n’a jamais connu.