Quoi de plus universel que le mythe du déluge ? Les cultures
de l’Inde, de l’Iran, des îles Marquises, ou encore de l’Amazonie
rapportent ainsi des histoires de mondes submergés, en
punition ou non de fautes humaines. Le récit biblique est luimême
la compilation de textes antérieurs découverts sur de
précieuses tablettes bien des siècles avant notre ère du côté
de la Mésopotamie. Et quel rapport avec des pingouins ? L’eau,
bien sûr, mais surtout l’imagination pétillante de l’auteur de
L’Arche part à 8 heures, Ulrich Hub, très féru de ces oiseaux.
Sous le couvert d’une histoire sans âge, grâce à ces délicieux
pingouins et à une colombe, il ose des questions on ne peut
plus actuelles et graves : l’amitié, la responsabilité, la culpabilité,
et même : qui est Dieu ? Et ces enjeux ont été au cœur
du choix de Betty Heurtebise, metteure en scène, pour ce
texte, son écriture. Ses spectacles précédents, tous destinés
à un jeune public, proposaient déjà « un théâtre philosophique
qui élève le spectateur ».
Toutefois elle revendique aussi dans cette création un désir
de « choses beaucoup plus légères ». Et c’est ce qui frappe
le spectateur, qu’il soit jeune (dès 7 ans) ou moins jeune, à ce
spectacle : du rythme, de la fantaisie, de l’humour, beaucoup
d’humour, de la musique, des chansons endiablées, des
images… L’on est au théâtre et comme Molière le faisait dire à
Dorante : « Je voudrais bien savoir si la grande règle de toutes
les règles n’est pas de plaire ».
Puisque le déluge s’inscrit dans l’interculturalité, remontons
même jusqu’à Aristote et aux missions qu’il assigne au théâtre
dans sa Poétique : instruire, plaire, émouvoir. Dans L’Arche
part à 8 heures pingouins et colombe ont bien compris
Aristote, et au service d’un texte drôle et profond, dans une
mise en scène pleine d’invention, tout à la fois ils font réfléchir,
ils amusent, ils touchent.
Ce dossier présente des pistes d’exploitation qui sont à choisir
selon le projet de l’enseignant et selon l’âge des élèves.