Dans la préface du Mariage de Figaro, Beaumarchais rappelle
que la « loi première » de l’art théâtral n’est autre que d’« amuser
en instruisant ». Et c’est bel et bien ce qu’il tente de mettre
en œuvre dans sa pièce. Sous le prétexte d’une intrigue apparemment
et simplement badine, bon nombre de questions
sociales complexes apparaissent.
Mettre en scène Le Mariage de Figaro, c’est se demander
comment, aujourd’hui encore, allier le placere et le docere,
comment susciter le plaisir des spectateurs tout en faisant
entendre les résonances de cette pièce universelle qui traite
de sujets d’une actualité brûlante comme la liberté d’expression,
la place de la femme ou encore la question du genre. Tel
est l’objectif fixé par Rémy Barché, metteur en scène associé
à La Comédie de Reims. Comment, à travers une scénographie
qui met en évidence l’atmosphère de fête, amener le
public à découvrir ce qui se joue derrière la façade, le musellement
d’une partie de la société au profit d’une autre ?
Comment prolonger l’émancipation des personnages par celle
du spectateur ?
Plusieurs pistes de travail sont proposées dans ce dossier,
pour prendre conscience de cet enjeu. Le spectateur peut
concevoir la présence d’une société d’ordres en déclin, prête
à s’effondrer, comme le propose le travail mené sur les costumes
et l’inversion des rôles. Cependant, chacun peut transposer
cette réflexion au monde contemporain grâce à l’étude
de la scénographie du lieu principal de la pièce, une salle des
fêtes, univers familier pour tous…