Depuis l'arrivée de Jean Bellorini à la direction du théâtre Gérard Philipe à
Saint-Denis, en 2014, on aurait pu croire le metteur en scène et sa troupe assagis
: déjà en 2013, Liliom de Ferenc Molnár ou La Bonne Âme du Se-Tchouan
de Bertolt Brecht revenaient à un théâtre de répertoire, comme il faut, avec
une intrigue, de l’action et des personnages. Bien sûr, l’atmosphère surnaturelle
permettait le surgissement de la poésie et du mystère, mais dans le
cadre d’une composition théâtrale traditionnelle. Cadre sans doute un peu
étroit pour qui avait éprouvé la grandeur des barricades dans Les Misérables
de Victor Hugo ou la joyeuse traversée des Pantagruélistes dans Le Quart Livre
de Rabelais, et ainsi proposé les 3 h 40 de Tempête sous un crâne ou la grande
pataugeoire de Paroles gelées.
En 2016, plus de sagesse, mais bien le retour aux grandes œuvres romanesques,
au pari de l’adaptation scénique, à la puissance des mots… Et là
encore, Jean Bellorini et sa troupe vont directement à l’œuvre phare, puisqu’il
s’agit des Frères Karamazov de Dostoïevski, la dernière œuvre de l’écrivain
russe, qui sera ainsi représentée lors du Festival d’Avignon, dans un autre
grand lieu, la carrière de Boulbon.
Œuvre vertigineuse, comme le reconnaît Jean Bellorini, Les Frères Karamazov
met en scène des personnages qui selon le mot de Zweig « veulent tout, le bien
et le mal, ce qui brûle et ce qui est glacé, ce qui est loin et ce qui est près ;
ils sont sans mesure, ils dépassent les bornes » et nous questionnent sur la
souffrance, la culpabilité et la quête de la vérité. Comment représenter sur une
scène, dans un délai raisonnable (cinq heures !) cette œuvre « monstre » ? De
quelle manière Jean Bellorini fait-il résonner aujourd’hui ces interrogations sur
la foi et la liberté ?
Par le biais de différents travaux et exercices, ce dossier se propose de préparer
la venue des élèves au spectacle. Le passage du roman à la scène, le
foisonnement de l’œuvre, les points d’ancrage pour aborder la représentation
: telles seront les pistes abordées ici.