Christoph Marthaler est l’un des metteurs en scène les plus
étonnants de la scène européenne. Suisse allemand, hautboïste
et flûtiste de formation, il monte aussi bien des créations
originales mêlant textes et chants dans des dramaturgies qui
interrogent notre époque au regard de l’histoire (parmi celles-ci
citons Papperlapapp en 2010, Letzte Tage, Ein Vorabend en
2013), des œuvres du répertoire (L’Affaire de la rue de Lourcine
de Labiche en 1991 ou Glaube, Liebe und Hoffnung de Horváth
en 2012) ou encore des opéras (Wozzeck de Berg en 2009).
Das Weisse vom Ei (Une île flottante), spectacle créé au théâtre
de Bâle en décembre 2013, marque son retour vers le vaudevilliste
français Labiche et souligne son goût pour une forme
comique qu’il ajuste à sa manière : le geste marthalérien relève
d’un burlesque potache et musical, profondément humain. En
mettant en scène les Malingear et les Ratinois, il oppose deux
familles qui rivalisent d’efforts pour s’impressionner mutuellement,
mais qui ne peuvent communiquer car les Malingear parlent
la langue de Labiche tandis que les Ratinois s’expriment dans
un patois allemand ! Le loufoque côtoie joyeusement l’absurde et
place Labiche en père spirituel de Ionesco. Peut-être fallait-il le
regard d’un Suisse allemand pour redécouvrir les secrets de cuisine
des petits bourgeois d’un Paris de la Belle Époque et de les faire
entendre de manière si contemporaine ?
Ce dossier explore le geste artistique d’un auteur scénique qui
joue avec le texte de Labiche sans hésiter à le truffer d’autres
références, musicales ou textuelles, il questionne bien sûr la
réinvention d’un comique scénique qui repose en grande partie
sur la virtuosité des comédiens et met en perspective la dimension
scénographique dans son rapport à la citation muséale par
l’accumulation des objets et des tableaux qui tapissent les murs
de cet intérieur bourgeois.