Choisissez votre Atelier Canopé préféré

Vous pourrez ainsi :


  • Visualiser rapidement les horaires et coordonnées de votre Atelier Canopé
  • Découvrir les événements et services proposés près de chez vous
  • Bénéficier de la livraison gratuite dans votre Atelier Canopé

Pour choisir votre Atelier Canopé, sélectionnez votre académie ou saisissez votre code postal

OU

Valider
list
Ajouter à une liste

Créez et partagez vos listes de ressources avec d'autres utilisateurs

Se connecter

Les parcours différenciés et les choix d'orientation à l'école

Entretien avec Marie Duru Bellat

AcadémiedePoitiers Canopé- 2014

  • vidéo en ligne
Comment faire partager à l’ensemble de la communauté éducative l’impératif d’une école qui garantisse l’égalité des filles et des garçons ? La construction de l’égalité entre les filles et les garçons : un enjeu important expliqué par la sociologue Marie Duru-Bellat dans notre vidéo.  

Marie Duru-Bellat Chercheuse en sociologie de l'éducation

-On peut commencer par l'égalité que l'école se donne pour objectif.

Une égalité dans l'instruction, ce que sait un enfant qui sort de l'école, et, ce dont on parle moins, sauf quand on s'intéresse aux inégalités sexuées, une égalité d'éducation.

L'enfant doit sortir de l'école avec une certaine confiance en lui, égale chez les garçons et les filles, et un certain nombre d'attitudes.

Au départ, l'institution scolaire est faite pour ça, pour que les enfants partagent des valeurs, des attitudes, pour être bien dans la vie.

Si l'égalité est un objectif, les enseignants peuvent traiter différemment les élèves pour atteindre cet objectif.

C'est la notion d'équité, traiter différemment les enfants selon leur sexe, leur milieu social pour qu'à la fin, ils atteignent le même niveau.

Il peut y avoir un jeu.

On peut accepter de prendre en compte des différences avec, en ligne de mire, l'objectif d'égalité.

Dans notre pays, pour réaliser l'égalité, on compte sur la mixité des classes.

On met ensemble garçons et filles.

Sans doute parce qu'on sait que les pays où il n'y a pas de mixité, où il y a des écoles séparées, ne sont pas des modèles en matière d'égalité.

On s'appuie sur ces contextes pour apprendre des choses différentes aux garçons et aux filles et les préparer à des rôles sociaux différents.

On a décidé de les mettre ensemble pour atteindre l'égalité.

Or, les travaux de recherche montrent que ce n'est pas si évident.

Quand vous regroupez des enfants qui sont empreints de certains modèles, face à des enseignants, nichés dans une société qui a certains modèles auxquels ils adhèrent plus ou moins consciemment, ça produit un ensemble pas toujours favorable à l'égalité parce que les représentations du masculin, du féminin, vont contrarier ces objectifs d'égalité.

Beaucoup de travaux éclairent cela de manière qualitative.

Ce n'est pas évident.

En observant ce qui se passe en classe, on voit que l'égalité n'est pas si facile dans un contexte mixte.

Ça ne veut pas dire qu'il faut abandonner la mixité.

Il faut peut-être la penser plus, ce n'est pas évident, automatique, pour atteindre l'égalité.

Sur la mixité, les enseignants doivent connaître les travaux qui montrent comment la mixité produit de l'inégalité.

Ils n'imaginent pas d'autre solution puisqu'on prépare les élèves à une vie mixte.

Ces travaux montrent que les élèves, entre eux, arrivent à l'école empreints de modèles stéréotypés, selon lesquels certaines choses sont réservées aux filles, d'autres aux garçons.

Ceci interfère avec leur réussite.

Des travaux de psychologie sociale ont démontré que, dans un contexte mixte, les filles s'estiment moins compétentes, notamment dans les matières qu'elles estiment, à tort, n'être pas faites pour elles.

Les filles vont davantage réussir un exercice de mathématiques dans des classes non mixtes.

Elles sous-estiment leur réussite.

On a moins de travaux sur les garçons.

Mais on peut penser que, vu le modèle masculin du garçon qui ne montre pas ses émotions, qui est rationnel, froid, quand le professeur de français demande d'exprimer ce qu'on ressent par rapport à un texte, le garçon, qui veut toujours se montrer viril, surtout dans les classes mixtes, va hésiter à manifester son émotion davantage dans ce type de contexte.

Là-dessus, on a moins de travaux.

Pour les filles, on en a beaucoup.

Il suffit même de modifier le ratio filles-garçons dans la classe pour que ça affecte la réussite des filles.

C'est un point à ne pas sous-estimer et ce phénomène renvoie à quelque chose que les psychologues étudient en détail, qu'on appelle "la menace du stéréotype".

Les élèves ont intériorisé les stéréotypes et se disent qu'une fille ne peut pas réussir dans certains domaines.

Personne n'aime voir ses stéréotypes contrariés.

Je peux prendre un exemple tiré d'un autre domaine.

Je suis une femme, je fais du vélo.

Si je crève lors d'une sortie et qu'il y a des hommes à côté, je vais me dire : "Ils vont le réparer." Etant une fille, je suis censée ne pas en être capable.

Si on est entre femmes, je le ferai et j'y arriverai.

C'est la menace du stéréotype.

Ce sont les images qui vous pèsent sur la tête.

C'est la notion de stéréotype, qui flotte dans l'air et joue sur ce qu'on est capable de faire.

On peut ajouter que, parfois, on semble suspecter les enseignants, surtout les enseignantes, concernant leur neutralité.

On va dire que des femmes enseignantes vont peut-être gérer les classes mixtes avec certains a priori, d'une certaine manière.

Par contre, on n'a jamais ce genre de suspicions, plus ou moins ouvertes, envers les enseignants, neutres et sans attaches, c'est l'universel.

Les femmes voudraient pousser les filles. La recherche montre que c'est faux.

Les enseignants doivent être, de manière équilibrée, hommes ou femmes, parce que ça donne des modèles de rôles aux élèves.

C'est d'ailleurs un des avantages des classes non mixtes.

Dans les pays où elles existent, même le prof de maths est une femme, même le prof de physique.

De même, dans les écoles de garçons les profs de français, de langues, de biologie, sont des hommes.

C'est quelque chose qui joue.

La présentation de soi-même comme un modèle de rôle est importante.

Les parcours des garçons et des filles restent différents.

Je n'irais pas jusqu'à dire "très différents".

Ces dernières années, si on regarde l'enseignement supérieur, un certain nombre de filières, pas méprisables du tout, se sont féminisées, la médecine, le droit international, certaines professions juridiques.

Ce qui résiste, c'est l'ingénierie ou certaines très grandes écoles.

Globalement, ça a beaucoup évolué.

Là où ça évolue peu, c'est au niveau moins qualifié, pour les orientations de type BEP ou bac professionnel, où on a, d'un côté, des métiers dits masculins, le bâtiment, l'industrie, et des métiers dits féminins.

Ce type de constat...

est-ce que c'est mal ?

Si on regarde l'insertion des jeunes, le fait que les filles se soient cantonnées, consciemment ou non, à cause de leurs parents ou des enseignants, à des métiers tertiaires, les a protégées de la crise de l'emploi.

En ce qui concerne l'insertion professionnelle, c'est plutôt malin.

Elles ont choisi les secteurs ayant des débouchés.

Quand on dit : "Les filles font des BTS tertiaires, secrétaire de direction, quelle infamie." Peut-être mais le taux de chômage est très faible à l'issue de ces filières.

Il faut avoir un jugement nuancé.

À mon avis, le plus contrariant, c'est au niveau ouvrier, employé, parce qu'on a des jeunes des 2 sexes qui pourraient choisir autre chose mais ne le font pas.

Les raisons échappent parfois à leur choix, les gens ne choisissent pas toujours.

On pense que les stéréotypes dictent les choix des jeunes.

Ils ne choisissent pas toujours.

Par manque de place dans une filière, ils doivent aller dans une autre.

Des jeunes et leurs parents peuvent aussi anticiper les difficultés.

Les filles qui vont vers des métiers dits masculins ont du mal non seulement à trouver un premier emploi, mais à y rester, pour des raisons relevant de la culture du monde du travail.

Dans l'enseignement supérieur, les problèmes sont différents.

On observe que les filles restent aux portes des très grandes écoles, notamment celles qui font rêver tous les parents, soi-disant.

Il peut y avoir d'autres raisons qu'une auto-sélection particulièrement forte.

On choisit un peu ce qu'on fait.

Si vous êtes polytechnicienne, après quelques années, si vous avez l'idée d'avoir des enfants, vous allez chercher un poste dans le public, pas dans le privé, vous allez travailler moins.

Vous allez ajuster votre carrière.

C'est une chose qu'elles n'entrent pas à Polytechnique, mais le plus préoccupant pour le politique, c'est comment faire en sorte que les jeunes, hommes ou femmes, puissent faire des choix, en particulier d'avoir une famille et d'avoir une carrière.

Il y a d'autres choses, des difficultés dans le monde du travail ou à concilier la vie de famille, qui pèsent autant et avec raison.

Les jeunes des deux sexes sont souvent raisonnables et pas seulement écrasés par des préjugés sexistes d'un autre âge.

Les stéréotypes qu'on vient d'évoquer jouent surtout en matière de réussite scolaire, c'est encore plus important.

En matière de réussite scolaire, les jeunes estiment, encore aujourd'hui, qu'il est normal de mieux réussir dans tel ou tel domaine selon son sexe.

Un exemple m'a beaucoup frappée dans un article de psychologie sociale.

On nous dit : "Elisabeth n'a pas été surprise en regardant sa note en mathématiques." Tout le monde comprend qu'Elisabeth a eu une mauvaise note parce qu'on a les mots "Elisabeth" et "mathématiques".

Ça paraît évident que sa note soit mauvaise.

Essayez avec des jeunes.

Ils vont tout de suite tomber dans ce panneau, peut-être des adultes aussi.

Cette idée qu'il y a des matières masculines, féminines, est très ancrée.

Si on regarde des sondages récents, sur le site de Mediaprism, par exemple, à peu près 20 % des personnes disent : "Les garçons sont meilleurs en maths, plus doués pour l'abstraction." On a un noyau dur, qui évolue avec le temps mais pas beaucoup, qui considère que sont inscrites dans la nature des cerveaux des deux sexes ces différences par rapport aux matières.

Dès lors qu'on est plus ou moins bon dans telle ou telle discipline, une part des inégalités d'orientation va en découler, évidemment.

Viennent s'ajouter ces stéréotypes par rapport à l'orientation à réussite égale.

Là, je pense que parler de stéréotypes est un peu réducteur.

Les jeunes anticipent ce qu'est le monde du travail.

Vous allez faire des séances à des jeunes en disant aux filles d'aller dans toutes les filières.

Dehors, sur les chantiers, elles voient qu'il n'y a que des hommes.

En plus, ce sont des métiers difficiles, c'est un autre problème.

Elles voient le monde tel qu'il est, les parents aussi.

Ce n'est pas que du stéréotype.

Si on veut changer ce qui apparaît comme des inégalités d'orientation parce que ça limite les choix, il faut aussi changer la réalité.

Ce n'est pas juste en parlant des stéréotypes que ça va s'atténuer.

Les stéréotypes ne sont pas qu'une image à effacer au tableau.

Ils sont ancrés dans les personnalités, celles des enfants ou des adultes, et structurés autour de cette idée d'identité sexuée.

Récemment, des travaux ont montré que c'était plutôt la période moderne qui mettait en avant cette idée d'identité personnelle.

Avant, on pensait qu'on était membre d'un groupe et l'idée de s'isoler, en quelque sorte, de se construire soi-même, était plus incongrue.

Pour un sociologue, l'identité est fondamentalement psychosociale.

C'est l'autre qui voit l'enfant comme un garçon ou une fille.

Le jeune enfant est bombardé de messages venant de ses parents et des éducateurs en général sur comment agit un garçon ou une fille.

L'enfant se structure comme ça.

Il se structure avec ces stéréotypes.

Il essaie d'être conforme à cette image parce que c'est plus confortable de s'y conformer.

En tout cas, les jeunes enfants vont essayer de se construire cette image et s'y accrocher.

Les jeunes enfants sont conservateurs par rapport aux stéréotypes jusqu'à 5, 6 ans.

Des expériences très intéressantes en crèche montrent que, quand on donne aux enfants des jeux adaptés à leur sexe, si les adultes les regardent, ils sont très dociles.

Chaque sexe joue avec des jeux différents.

Entre eux, c'est plus libre.

Les enfants cherchent à être conformes à ce modèle.

Pour les enseignants de maternelle, il ne faut pas s'étonner si les enfants sont rigides par rapport aux stéréotypes.

À partir de 7 ans, l'âge de l'école élémentaire, les enfants peuvent être un peu ouverts à d'autres perspectives.

Après, il y aura une nouvelle phase de conformisme, à l'adolescence, parce que les enfants deviennent des adultes.

Là aussi, il faut qu'ils se structurent en agissant différemment selon leur sexe.

J'avais fait une étude où on soumettait les jeunes à des tests dits de féminité et de masculinité, pour voir si les jeunes adhéraient aux modèles de sexe.

Or, dans les classes mixtes ou dans des environnements mixtes, on s'affirme plus comme sexué, masculin ou féminin.

Le rôle des enseignants est passionnant parce que c'est un rôle d'instruction, on suit le programme, mais il est plus subtil.

Les enseignants vont éduquer à travers des interactions, pas forcément conscientes, des intonations, des contacts très informels avec les élèves.

Il faut voir aussi que l'élève vit autre chose que ce qui se passe avec l'enseignant.

Les élèves entre eux ont un rôle très important de socialisateurs.

On agit face à ses camarades et ça peut être très important.

On appelle ça le curriculum caché.

Il y a le curriculum, le programme officiel, que l'enseignant suit, mais il y a aussi ce que l'élève apprend.

Il apprend que, dans la classe, l'enseignant s'attend à ce que les garçons se mélangent avec les filles, on valorise la mixité.

Il est surpris si les filles se mettent au fond de la classe, ce qui est plus une technique de garçons.

Ça ne fait pas partie des programmes.

Mais les élèves le vivent au quotidien.

Ceci va participer de leur éducation.

Il n'y a pas que de l'instruction explicite, mais aussi des messages.

Des observations montrent que souvent, un enseignant va faire des remarques à propos de l'actualité sportive, "on a gagné tel match", etc.

Pour les filles qui, de fait, s'intéressent moins au sujet, on leur signifie qu'il y a des choses dont les hommes peuvent rire entre eux mais pas elles.

Des messages de ce type sont sans arrêt envoyés aux élèves.

Ça passe par les manuels.

Les manuels, officiellement, ne sont jamais sexistes.

Je dis ça, c'est ironique parce qu'il peut y avoir des traces.

Il y a un certain nombre de politiques sur les manuels.

Les manuels contiennent des allusions, parfois subtiles.

Un ouvrage de physique ne vous expliquera pas que c'est un sujet d'hommes.

Mais parmi les illustrations, la seule qui montre une femme, c'est une femme qui se fait prendre en photo.

Un exemple de curriculum caché.

Ce n'est pas inscrit mais les élèves le perçoivent.

Il se passe beaucoup de choses dans les classes, au quotidien.

C'est difficile de faire attention parce que les enseignants pensent à plein de choses et il faut aussi penser à ça.

Eux-mêmes sont marqués par ces choses-là et ça paraît insignifiant.

Ce n'est pas parce que l'enseignant complimente la tenue d'une élève, ce qui arrive dans les petites classes, que c'est sexiste, etc.

Ce sont des petites choses mais qui se passent tout le temps.

On complimente rarement un garçon sur sa tenue.

Une fille, c'est souvent.

Donc elle apprend que pour une fille, c'est important d'être bien habillée.

Il y a beaucoup de petites choses qui vont s'accumuler.

Après, c'est là que la vigilance des enseignants doit s'exercer.

Dire qu'on va essayer de s'adapter à chaque personnalité des élèves, ok, c'est un bon principe.

Mais il vaut autant par rapport aux inégalités sociales qu'aux inégalités sexuées.

Ce que je trouve intéressant dans la perspective filles-garçons, c'est que ce serait très bénéfique si elle sensibilisait les enseignants au fait que chaque contact avec un élève est empreint d'attentes.

Il y a des attentes.

On s'attend à ce que l'élève soit comme ça.

C'est une règle de la vie sociale.

On aborde tous les contacts sociaux avec des attentes pour nous mettre à l'aise.

Prendre conscience de ces attentes avec les élèves, c'est très important.

À priori, quand l'école met en avant l'objectif d'égalité garçons-filles, ça ne peut que susciter l'accord des familles.

Les familles souhaitent que leur enfant ait toutes ses chances, qu'il puisse faire ce dont il a envie, développer ses talents, ses qualités.

Pourtant, on a l'impression qu'il y a des résistances dans certains milieux sociaux pour plusieurs raisons.

D'abord, les familles ont l'impression que l'école marche sur leurs brisées, qu'elle va se mêler d'éducation, alors que c'est la famille qui est maîtresse en matière d'éducation.

Il faut prendre au sérieux cet argument.

En réfléchissant un peu, on voit bien que les familles comptent sur l'école pour faire ce travail, ça les soulage.

La famille et l'école se sont toujours partagé ce travail.

Si les parents ont des réticences sur des dimensions de l'éducation, il faut en parler.

On ne peut pas dire aux familles de s'incliner face à la décision de l'école.

Ça demande un surplus de dialogue sur ce qu'elles veulent pour leur enfant.

Il y a une autre raison qui fait que certaines familles sont réticentes à ce message.

Elles définissent l'égalité différemment.

Pour elles, l'égalité filles-garçons, c'est que chaque sexe s'épanouisse dans une direction, toutes ayant la même valeur.

On dira : "Ma fille sera mère de famille, elle développera des qualités de douceur, de charme, d'altruisme, alors que mon garçon, etc." C'est une conception. Il est possible que les enseignants ne la partagent pas, que l'école de la République ne la partage pas mais là encore, il faut en parler.

Il ne faut pas plaquer, dire : "On a raison et vous avez tort." Toutes ces réticences doivent être travaillées.

Ce n'est pas une affaire d'inculcation, "on a les vérités" et c'est tout.

Pour les enseignants, la résistance des familles est une vraie question.

Il faut la prendre au sérieux.

Les familles pensent différemment.

Elles diront qu'elles respectent le travail des mères de famille, une femme qui ne travaille pas, pas de problèmes.

Il y a deux conceptions de l'égalité, l'égalité identité et l'égalité complémentarité.

Les familles diront que c'est de la complémentarité, c'est égal.

Il faut discuter sur deux plans, face à ce type de réactions.

Il faut écouter leur point de vue et amener les familles à expliquer ce que veut dire "complémentarité".

Ça peut lancer une discussion intéressante.

Le deuxième aspect...

Il faut expliciter la complémentarité et voir si c'est autre chose que de vieux stéréotypes.

Et puis, il faut réfléchir avec elles pour se demander si c'est le rôle de l'école.

Cette objection est recevable.

Il faut alors leur demander : "Si vous donnez de l'argent public, vous payez des impôts pour que l'école fonctionne avec cet argent et soit une institution, c'est parce que vous acceptez qu'il y ait une mission publique.

L'école est une institution qui doit diffuser des valeurs.

Comment on aura une société dans notre pays si les hommes et les femmes ont des valeurs si différentes ?" Donc si on a une institution scolaire commune à tous, c'est qu'on estime légitime qu'il y ait des valeurs partagées.

Il ne faut surtout pas mépriser les gens qui font d'autres choix.

C'est important parce que certaines familles se sont senties méprisées.

C'est un vrai sujet, cette histoire de réticence des familles.

Il faut le traiter avec respect et avec sérieux, c'est une vraie question.

On peut penser que le rôle de l'école est d'ouvrir les portes.

Donc le seul message qu'on peut donner aux jeunes garçons et filles, c'est qu'être un garçon ou une fille ne les limite pas.

Le problème est de faire passer ce message dans une société qui fonctionne différemment.

Les jeunes ne sont pas tout le temps à l'école, ils sortent, puis ils deviendront adultes et verront que la vie n'est pas comme ça.

Comment les armer au mieux par rapport à ça ?

C'est pour ça que je pense que des moments non mixtes pourraient être très efficaces dans la classe pour discuter entre filles ou entre garçons.

Les filles détestent les sorties à la piscine parce qu'on va les juger sur leur look.

On peut faire réaliser aux filles qu'elles ne sont pas que ça, les faire travailler dessus.

Si l'enseignant est assez costaud, on peut ensuite en discuter en classe mixte.

C'est important, ce genre de choses.

Il faut armer les jeunes pour décrypter tout ça.

Les enseignants ne se sentent peut-être pas habilités à faire ce travail parce qu'il débouche sur une critique des relations hommes-femmes.

Je comprends cette résistance.

Ce problème existe aussi pour les parents.

Ils peuvent être tentés de développer une éducation toutes directions pour leur enfant.

Mais ils ont peur que l'enfant soit mal adapté, isolé, marginalisé.

Est-ce qu'on éduque pour adapter, pour insérer au mieux, adapter au mieux ou pour contester ?

Il peut y avoir un choix des enseignants et je comprends qu'ils puissent hésiter.

Par contre, celui qui n'hésite pas, de fait, les recherches montrent qu'il avantage les garçons.

Une réflexion importante est nécessaire de la part des enseignants.

En tout cas, c'est leur rôle, ce n'est pas être partisan que de dire : "Dans une école qui, théoriquement, distribue les chances, les gens ne doivent pas être bornés." C'est tout et ce n'est déjà pas mal.


Durée : 00:24:21

Date de production : 2014

Réalisateur : Sylvie Deligeon

Intervenant : Marie Duru-Bellat

Producteur : AcadémiedePoitiers Canopé