Gustave Caillebotte, Canotiers ramant sur l’Yerres
Allégorie de l’ère industrielle en marche
- 2015
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Quand il peint ce tableau en 1877, Caillebotte s’inscrit clairement dans un style, l’impressionnisme, qui va bientôt révolutionner la peinture. Comme dans son tableau « Les raboteurs de parquet », peint deux ans plus tôt, il utilise le procédé de la vue subjective qui place le spectateur au premier rang de l’action. Effort, compétition, rationalisation, voici poindre une société nouvelle dont le peintre capte ici les signaux.
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Piste pédagogique
Niveaux cinquième, troisième, première L. Les notions abordées avec cette œuvre sont l’impressionnisme, la pré-industrialisation, la pratique de masse du sport qui l’éloigne des loisirs pour entrer en compétition.
Transcription
Narratrice.
-Reflets sur l'eau, chapeaux de paille, vêtements ordinaires.
Quand il peint, en 1877, ces canotiers ramant sur l'Hyères, Gustave Caillebotte s'inscrit clairement dans un style, l'impressionnisme.
L'artiste est sorti de son atelier pour aller à la rencontre de la vie de tous les jours.
Son attention se porte sur la lumière et les corps.
Le sport, une pratique qui se démocratise alors, devient naturellement un sujet de prédilection.
Dans ce tableau, Caillebotte développe les procédés qui feront son style.
En premier lieu, la plongée.
La scène est vue d'en haut.
Le peintre domine les rameurs.
Il utilise même un effet qu'on appelle en cinéma la caméra subjective.
Le spectateur, c'est-à-dire le peintre, est assis en face des rameurs.
Il est là, à les regarder s'exténuer.
L'absence de recul impose les limites de la scène.
Tout ce qui ne tient pas dans le champ de vision disparaît.
Les rames sont coupées, l'arrière du bateau aussi.
Et il s'en faut de peu qu'un rameur ne soit décapité.
Mais le cadrage serré, la plongée, l'absence d'horizon lointain provoquent un sentiment étrange.
Nous avons quitté la scène bucolique de la promenade en bateau pour être avec deux hommes que l'effort absorbe, isole.
C'est autre chose que le simple plaisir d'une partie de canotage qui se joue ici.
Les rameurs sont deux machines en action.
Ils sont habillés de la même manière.
On peut les permuter sans que la scène ne diffère.
Leurs yeux, cachés, ne permettent même pas de les différencier.
Les hommes sont interchangeables.
Ce sont des anonymes produisant un travail comme des ouvriers à l'usine.
Là, les hommes s'échinent et modèlent leur corps, le renforcent, pour accomplir la tâche imposée.
Il s'agit de l'adapter à la machine.
Au même moment,
- mais est-ce une coïncidence ? - apparaît le sport moderne.
Qu'exige-t-il, lui ?
De même que dans l'usine, le dressage de son corps a une action répétitive.
Avant le sport moderne, l'activité physique n'est pratiquée que par les élites.
Pas d'idée de performance, presque pas de compétition.
On ne veut que s'amuser et se détendre.
C'est un passe-temps heureux pour gens de bonne compagnie.
Quand le sport bascule dans la pratique de masse, à la fin du XIXe siècle, le loisir devient compétition, record, à l'image de la société industrielle, où le gain et la compétitivité sont valorisés.
Le rameur qui regarde sur le côté ne surveille-t-il d'ailleurs pas la progression d'un concurrent ?
Dans son tableau, Caillebotte préfigure une société nouvelle, la société industrielle.
La compétition et la rationalisation des gestes sont désormais les maîtres-mots du monde qui s'annonce.
Fiche détaillée
Durée : 00:03:20
Date de production : 2015