Créez et partagez vos listes de ressources avec d'autres utilisateurs
Se connecter
BYOD et Haiku
Réseau Canopé- 2016
- vidéo en ligne
Synhèse
Professeure des écoles, je suis, depuis septembre 2014, détachée au sein de l’établissement régional d’enseignement adapté (EREA) Stendhal de Bonneuil-sur-Marne (94).
Au-delà de difficultés scolaires parfois très importantes, mes élèves, en provenance de toute l’Ile-de-France présentent des difficultés d’ordre social et une grande hétérogénéité définit la classe dont je suis professeure principale depuis l’année passée. Ainsi, dès mon arrivée, il m’a semblé très important de souder les élèves de ma classe autour de projets au sein desquels ils pouvaient tous se retrouver dans le but de donner davantage de sens à leurs apprentissages et d’intéger le « BYOD ». Il me paraissait également important de prendre en compte les intelligences multiples et de travailler avec l’ensemble de la classe « l’apprendre à apprendre ».
Le déroulement de l'activité
En fonction des activités proposées en classe, chaque enseignant, en concertation avec les élèves, peut poster une photo ou une vidéo sur le réseau social de photographies Instagram avec un commentaire rédigé par les élèves et accompagné de mots clés (hashtags).
En plus de l’éducation à l’utilisation d’Instagram et des réseaux sociaux en général, l’objectif premier est ainsi de créer un espace collectif facile d’accès pour garder en mémoire les travaux des élèves et pouvoir les consulter à tout moment. Les publications sont sélectionnées en concertation avec les élèves et choisies par les enseignants en fonction de leur intérêt pédagogique. Au-delà de l’aspect pédagogique de l’illustration ou de la vidéo comme trace des apprentissages, l’intérêt est à voir dans les commentaires placés sous chaque illustration.
En effet, chaque publication donne lieu à un ajout de mots clés destinés à contextualiser l’activité pédagogique liée à la photo ou à la vidéo. Dans notre cas, il s’agit de la discipline concernée et des notions principales de la leçon liée à l’activité. Cette utilisation doit se comprendre à travers la volonté des enseignants de travailler ensemble autour des concepts de mémorisation et de catégorisation. Ainsi, les élèves choisissent eux-mêmes quels concepts ou quels mots placer en mots clés.
En conséquence, ils font inconsciemment un travail de restitution et de mémorisation lorsque par exemple, afin de légender la vidéo de la lecture d’un haïku, ils vont préciser « poème », « japonais », « court », « trois vers », « 5 pieds 7 pieds », « 5 pieds », « pasderime », « trèspeudeponctuation », « brièveté », « temps », « saison ».
Lorsqu’ils auront à créer individuellement leurs haïkus en participant au défi lancé sur Twitter par @SenseiTwithaiku tout au long du printemps, ils respecteront ainsi beaucoup plus facilement les règles concernant la forme et le fond.
Les aspects techniques
Ce projet se base sur un compte Instagram privé, créé avec l’ensemble des élèves en septembre 2014 et dont seuls les enseignants ont le mot de passe de connexion. Le groupe-classe s’y connecte régulièrement avec les différents enseignants en cours, pour poster des photos ou de courtes vidéos, à chaque fois légendées. Ces dernières ne sont ainsi accessibles qu’aux élèves de la classe et aux parents, acceptés en tant qu’abonnés. Chaque élève/parent utilise son propre compte pour « Suivre » celui de la classe. De la même manière, les enseignants utilisent leur propre compte pour « Aimer » ou « Commenter » les photos publiées sur le compte classe. Evidemment, une attention toute particulière est apportée au respect des règles d’orthographe et de syntaxe dans les commentaires publiés. Par la suite, les élèves peuvent commenter et échanger autour de chaque publication avec les enseignants qui suivent le compte de la classe. En procédant de cette façon, les contraintes liées au droit à l’image sont respectées et aucun contenu n’est public.
Les apports des TICE
Dans le contexte d’enseignement qui est le mien, l’intégration d’un réseau social comme Instagram, ici, et, plus largement, du numérique s’est imposée dans le sens où les élèves en avaient déjà une utilisation sur laquelle il me semblait important de prendre appui, tout en les éduquant à de bons usages de ces outils. C’est ainsi l’un des objectifs de ce projet : s’approprier un espace que les élèves pensent connaître pour leur apprendre à s’en servir consciemment et de façon responsable.
A un autre niveau, le fait d’avoir recours à un réseau social dont ils avaient l’usage a servi de « facilitateur », en termes d’entrée dans les apprentissages et de motivation face à une tâche donnée, mais aussi de « centrifugeuse » afin de lier les divers apprentissages et de leur donner davantage de sens.
Les compétences mises en œuvre
Mon objectif premier concernant le vivre ensemble, il est indéniable qu’au niveau des compétences sociales et civiques ce projet contribue, via Instagram, au développement d’un bon climat de classe au sein duquel les élèves voient leurs rôles définis, leurs échanges augmentés et leur travail valorisé. Au-delà des savoir-être, c’est l’ensemble des savoirs et savoir-faire qui se trouvent exploités à différents niveaux dans ce projet intégrant le numérique et notamment la méthodologie concernant « l’apprendre à apprendre ».
Transcription
Camille Martin, professeur des écoles en SEGPA.
-On a étudié toute la semaine avec le challenge des haïkus sur Twitter, n'est-ce pas Noël, ce qu'était un haïku.
Vous en avez rédigé, on en a rédigé individuellement pour la compétition.
Et on en a rédigé mardi collectivement autour du printemps, de l'été, de l'automne, de l'hiver, et des saisons qui passent.
On s'est lancés cette semaine dans une compétition sur Twitter où différents collèges se lancent le défi, à partir d'une image, de créer des haïkus de manière individuelle ou collective en classe.
C'était notre première semaine.
On a d'abord travaillé sur le haïku en tant que poème court japonais.
Donc, c'était à eux aussi d'utiliser un des haïkus qu'ils avaient créés pour pouvoir préciser dans la légende, à la fois ce qui faisait la norme et les critères d'un haïku correct respectant une norme japonaise très précise, et à la fois le contenu.
Parce qu'on ne parle pas dans un haïku de tout et n'importe quoi, mais bien de concepts précis.
C'est le travail qu'ils ont réalisé.
Quelqu'un est volontaire pour venir lire ce haïku ?
André, tu veux bien ? Noël, on le fera la semaine prochaine ?
André, tu vas venir le lire.
Qui est-ce qui veut filmer ? Ruby ?
Alors, tu peux venir. Tu vas peut-être même pouvoir rester à ta place.
On va regarder.
J'ai choisi d'utiliser Instagram en arrivant à l'EREA il y a un an et demi.
Parce que les élèves ayant tous un téléphone portable et à 90 % un Smartphone, je trouvais dommage de ne pas partir du principe du BYOD, du "Bring Your Own Device", et de ne pas s'engouffrer dans ce que faisaient les élèves dans la cour ou chez eux, c'est-à-dire ces réseaux sociaux qu'ils utilisent au quotidien, pas forcément à bon escient.
André, quand tu es prêt, tu récites ton haïku. Prends ton temps.
Deux critères : J'articule et je ne récite pas trop vite. Vas-y, André.
André, collégien.
-Je sors de chez moi.
Sur le chemin de la plage...
Camille Martin, professeur des écoles en SEGPA.
-J'avais deux objectifs.
C'était vraiment l'idée de partir de quelque chose qu'ils maîtrisent, qui leur est familier et qu'ils aiment, pour les éduquer à un bon usage des réseaux sociaux.
Et un objectif de passer par l'image avec des élèves qui, parfois, ont des difficultés dans leur rapport à l'écrit.
Parfait. Un volontaire pour venir faire les hashtags qui expliquent les règles du haïku ?
Maeva ? Djamil, tu complèteras.
Comment tu peux actualiser ? Avec cette petite flèche. Clique dessus.
Une fois.
Encore une fois. Alors, qu'est-ce que c'est un haïku exactement ?
Ruby, collégienne.
-Un petit poème japonais.
Camille Martin, professeur des écoles en SEGPA.
-Très bien, Ruby !
Un petit poème japonais.
Quelle particularité a-t-il ?
Il est très... court.
Dans le premier vers, on compte combien de pieds d'habitude ?
Djamil, collégien.
-Cinq.
Camille Martin, professeur des écoles en SEGPA.
-Très bien.
Là, ça marche ? "Je sors de chez moi." Cinq vers. Cinq pieds, pardon.
Très bien. Il est de quelle origine ?
Il vient de quel pays ? Du Japon.
Donc, il est d'origine japonaise.
Et puis, ça faisait du lien avec les collègues, qui, eux aussi, sont entrés rapidement dedans, en ayant également accès aux comptes de la classe, et en publiant ce qui peut se passer en atelier, en éducation physique, en séjour pédagogique, en musique... Grâce à cet aspect pluridisciplinaire, les enseignants pouvaient investir ce champ plutôt réservé aux enfants.
Donc, le rapport élèves-professeurs était facilité à travers Instagram.
Mais au-delà de ça, on a toute l'ambiance de travail de la classe qui est facilitée, parce que je les fais travailler en îlots, ils tournent par groupes, ils doivent se mettre d'accord sur leurs créations de hashtags, et chacun a un droit de parole.
En termes de compétences sociales et civiques, de respect, de responsabilité, ça allait beaucoup mieux. Les élèves sont responsables des comptes Instagram et Twitter.
Il y a une rotation autour de leur responsabilité numérique. Et un meilleur respect : "Tel élève a trouvé tel hashtag, je l'avais oublié.
Peut-être que la prochaine fois, je vais le solliciter." L'ambiance de classe s'est retrouvée apaisée.
Et on a un groupe qui tourne davantage ensemble et qui est plus collectif.
Fiche détaillée
Durée : 00:04:29
Date de production : 2016
Réalisateur : Mugur Enea
Producteur : Réseau Canopé