Le nenge(e) tongo

Présentation

Le nenge(e) tongo, langue créole à base lexicale anglaise, regroupe trois variétés linguistiques qui sont parlées à l’orgine par des personnes s’identifiant à trois groupes différents, les Aluku, les Ndyuka et les Pamaka, regroupés (avec les Saamaka) sous le terme Businenge. Actuellement, cette langue jouant un rôle de véhiculaire important dans l’Ouest de la Guyane, de nombreuses autres personnes la parlent. Par ailleurs, du fait du brassage des groupes concernés, les frontières entre ces trois variétés sont parfois difficiles à délimiter. Enfin, au sein même de ces variétés, les locuteurs identifient différentes variantes (les Ndyuka distinguent la variété du tapahoni/Moyen Maroni, celle de la région de Moengo et celle qui émerge d’Apatou à Mana). Historiquement, ces trois groupes ont été dénommés ou orthographiés de manières différentes : Boni pour les Aluku (les deux termes renvoyant à des leaders businenge qui ont joué un rôle important dans la formation de ce groupe, Aluku étant aussi parfois orthographié Aloukou) ; Djuka, Dyuka, Aukan, Okanisi pour les Ndyuka (terme qui désignerait la crique sur laquelle sont apparus les premiers villages Ndyuka ; okanisi est aussi un synonyme de nenge(e) tongo au Suriname) ; Paramaka et Paramacca pour les Paramaka (nom de la crique Paramacca située au Suriname où les Marrons se sont installés jusqu’au début du XXe siècle). Cette langue créole s’est formée dans les plantations par le contact entre les variétés d’anglais parlées par les colons et les langues africaines des esclaves (majoritairement des langues de la famille kwa (groupe gbe) et de la famille bantu (kikongo). Elle a ensuite continué à évoluer dans le cadre du marronnage – qui a débuté dès les premiers temps de l’esclavage et a donné lieu à des révoltes d’esclaves du milieu du XVIIe jusqu’à la fin du XVIIIe siècle - avec des histoires spécifiques de contacts selon les groupes qui ont contribués à l’émergence des trois variétés linguistiques.

La majorité des Businenge locuteurs de nenge(e) tongo sont localisés sur le Maroni. Les Aluku sont majoritairement installés dans les communes d’Apatou, de Papaïchton, de Maripasoula et sur la rivière Lawa mais également dans les centres urbains (Saint-Laurent, village Saramaka de Kourou, Cayenne). Les Ndyuka sont localisés dans la commune de Grand-Santi et dans la région de Saint-Laurent du Maroni et Mana (routes départementales et village Charvein). Les Pamaka sont principalement installés sur les îles au large d’Apatou (Langa Tabiki, Bada Tabiki). Le nombre de locuteur des membres du groupe est estimé à environ 64000 (47000 Ndjuka, 10000 Aluku et 7000 Pamaka).

Parmi ces trois variétés, le ndyuka est la seule langue créole avec un système d’écriture syllabique qui lui est propre. Il s’agit de l’écriture d’Afaka (créée au début du 20e siècle), du nom de son créateur. Cette écriture a été progressivement abandonnée après la mort d’Afaka. Elle perdure aujourd’hui au travers de certaines œuvres artistiques. Le nenge(e) tongo a fait l’objet d’un certain nombre d’expériences de passage à l’écrit, notamment celle qui a été proposée en 2002 par le groupe Sikiifi Konmiti sur la base des propositions qui avaient été faites pour le nenge(e) tongo au Suriname, et qui a été à la base des choix orthographiques réalisés dans le cadre des expériences d’enseignement dans cette langue dans le système scolaire.

Le nenge(e) tongo est enseigné à l’école depuis la fin des années 1990 dans le cadre du dispositif des médiateurs culturels et bilingues (aujourd’hui intervenants en langues maternelle). Des filières bilingues à parité horaire nenge(e) tongo-français sont actuellement en construction dans sept écoles (une à Apatou, cinq à Saint-Laurent du Maroni, une à Mana) avec pour l’année 2020-2021 l’ouverture de grandes sections dédoublées, à la rentrée 2021 des CP et à la rentrée 2022 des CE1.

Il est dans la liste des langues de France.

Pour découvrir les caractéristiques linguistiques du nenge(e) tongo, nous vous invitons à réaliser les activités suivantes. Ces activités vous permettront à la fois de découvrir le fonctionnement de cette langue et de le comparer au fonctionnement du français.

Références bibliographiques

  • Anelli, Serge.1994. Mato : contes des Aloukous de Guyane. Maripasoula : Conseil international de la langue française/Association Mi wani sabi.
  • Dakan, Philippe et Deie, Seefiann. 2003. Napi Tutu : l’enfant, la flûte et le diable. Cayenne : CRDP.
  • Dinguiou, Tom. 2000. U gende. Saint-Laurent du Maroni : Le printemps des poètes.
  • Goury, Laurence. 2003. Le ndyuka. Une langue créole du Suriname et de Guyane française. Paris : L’Harmattan.
  • Goury, Laurence. 2009. Les langues aluku, ndyuka et pamaka. In : O. Renault-Lescure et L. Goury (eds.), Langues de Guyane (pp.132-147). Vent d’Ailleurs/IRD Editions.
  • Goury, Laurence et Migge, Bettina. 2003. Grammaire du nengee. Introduction aux langues aluku, ndyuka et pamaka. Paris : IRD Editions.