
Racisme
Du racisme biologique au racisme culturel
Le racisme désigne communément une attitude d’hostilité, allant du mépris à la haine, à l’égard d’un groupe humain défini sur la base d’une identité raciale ou ethnique.
L’origine du mot et ses champs d’application
Le mot « racisme » apparaît en 1902 en France et au Royaume-Uni et devient d’emploi courant dans les années 1920 pour désigner les activités des groupes d’extrême droite, en Allemagne, et leurs doctrines. Le phénomène se laisse assez facilement cerner dans ses manifestations idéologiques les plus explicites, liées à des contextes historiques précis (esclavagisme, essor des nationalismes, nazisme, ségrégation…). Il est au contraire souvent la source de désaccords, voire de conflits d’interprétation, lorsqu’il s’agit de le diagnostiquer à l’échelle d’un État ou de nommer les agissements d’un individu.
Les différentes dimensions du racisme
Le racisme apparaît sous quatre aspects : il se manifeste par des attitudes (propos, injures, menaces…) fondées sur des opinions, des croyances, articulées à des stéréotypes et des préjugés ; on le relève par ailleurs dans des comportements, qui s’expriment à travers des pratiques sociales allant de l’évitement à la persécution, sous des formes organisées ou non ; il existe aussi à travers des modes de fonctionnement qui institutionnalisent l’exclusion, la ségrégation, la discrimination (persécution d’État, apartheid…) ; enfin, il se manifeste sous la forme de discours idéologiques, théoriques, voire doctrinaires, constitués de récits visant à justifier la domination de certains groupes humains par d’autres, et se référant souvent à la science à cette fin.
La loi Pleven du 1er juillet 1972 définit juridiquement le racisme comme une « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance, ou de leur non-appartenance, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ».
Du racisme biologique au racisme culturel
À l’origine, le racisme a d’abord une assise biologique. Présupposant l’existence de groupes humains nommés « races », il postule que les membres de chaque « race » ont en commun un patrimoine génétique qui détermine leurs aptitudes intellectuelles et leurs qualités morales. Savants et littérateurs expliquent que ces « races » seraient hiérarchisables en fonction de la qualité de ce patrimoine, qui conférerait à certaines d’entre elles le droit, sinon le devoir, de dominer les autres. La Seconde Guerre mondiale a, dans sa dimension exterminatrice, largement contribué à disqualifier les fondements biologiques du racisme. Sous le poids des condamnations morales, politiques, scientifiques et juridiques, le racisme a subi des mutations. Il a évolué : les attitudes, comportements et discours racistes ciblent désormais les cultures, les unes étant dépréciées, et les autres valorisées. On parle alors de « racisme culturel », qui s’exprime aujourd’hui davantage de manière symbolique et voilée. Il existe par ailleurs un néoracisme, « différentialiste », qui ne biologise ni ne hiérarchise les groupes humains, mais célèbre les identités et prône la distance, voire l’absence de contact, entre ces groupes.
Des contours parfois complexes
Les contours du racisme constituent l’une des principales difficultés dans l’emploi du terme. Son champ d’application est assez large et l’on sait que l’expression d’une simple réserve à l’égard de l’immigration ou du multiculturalisme peut aujourd’hui être taxée de « raciste ».
Depuis la fin du XXe siècle, les usages du mot se sont étendus, donnant lieu à des abus de langage (racisme « anti-gros », « anti-jeunes », etc.). Le terme a perdu de sa valeur conceptuelle, se révélant souvent une insulte propre à disqualifier l’adversaire. On notera également qu’il existe un débat autour de l’ethnocentrisme, qui ne peut être strictement confondu avec le racisme. L’attitude que recouvre ce concept, et que l’on peut juger universelle, tend à faire du territoire ou de la culture d’appartenance le centre du monde. Elle peut de fait conduire à les survaloriser et peut aussi nourrir à son tour mépris et intolérance à l’égard de l’Autre, dérivant vers le racisme.
L’éducation interculturelle a souvent été pensée comme un antidote à l’ethnocentrisme, comportant toutefois le risque de légitimer un relativisme culturel tendant au différentialisme.
La définition et le traitement de la différence sont donc au cœur de la complexité du phénomène « racisme ».
Des questions, des réactions ? Quelques éléments de réponse
Comment définir le racisme culturel ?
Comment définir le racisme culturel ?
Pap Ndiaye, historien, professeur à Sciences Po.