Communautés apprenantes, communautés d’apprentissage : quelle plus-value pour le développement professionnel des enseignants ?
ÉDITORIAL
« Aucun de nous n’est un géant, mais l’ensemble de ceux qui progressent le font en progressant sur les acquis des autres.»
François TADDEI - Président fondateur du Learning Planet Institute
À la fin de l’épisode de la COVID - 19, une étude de l’OCDE a montré que les systèmes éducatifs qui s’en sortaient le mieux étaient ceux dont les enseignants coopéraient le plus. Et cela se comprend : quand on est face à une situation inédite (une pandémie mondiale, l’arrivée de l’intelligence artificielle, la prise de conscience de l'importance du harcèlement scolaire…), la meilleure manière de faire face, c'est de ne pas le faire seul.
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On dit aussi, au Québec notamment, que les communautés apprenantes ont développé l' agentivité (ou agence ), c'est-à-dire la capacité de donner le pouvoir d'agir face à des situations inédites. La difficulté, pour peu qu'on l'affronte ensemble, est ce qui aide à progresser. Comment ? En mobilisant notre capacité à coopérer, à utiliser de nouveaux outils, de nouvelles méthodes, mais aussi notre capacité à sortir renforcée des difficultés, qu'on appelle l'anti-fragilité et qui nous permettra ensuite de relever de nouveaux défis.
Encore faut-il être capable de formaliser ces apprentissages. C'est là, en effet, un enjeu majeur pour qu'une communauté soit vraiment apprenante. S'il est fréquent que l'on y apprenne de façon informelle, il importe, pour que la communauté perdure, que l'on sache institutionnaliser ce que l'on a appris. Une fois les défis passés, les communautés apprenantes se réarrangent. Il y a d'autres participants. Si les méthodes et les outils ont été suffisamment institutionnalisés pour être réutilisés par l'ensemble de la communauté, alors cette dernière progressera.
Pour atteindre cet objectif, on sait que les communautés apprenantes efficaces ont recours à deux stratégies : d'une part, elles développent la réflexivité : qu'est-ce que j'ai appris ? D'autre part, elles constituent une documentation : ce que j'ai appris, suis-je capable de le synthétiser pour le transmettre ? Chacun est ainsi en mesure de consolider son apprentissage et d'apporter une brique de savoir à la communauté, de la discuter pour se l'approprier, et éventuellement de s'appuyer dessus pour avancer à son tour.
Cette intelligence collective peut aujourd'hui être augmentée de deux manières différentes :
- Par la recherche : en mettant à disposition des outils évalués et robustes (note : voir notre programme « professeur / chercheur »), pour aider les enseignants et les communautés apprenantes éducatives à mutualiser leurs approches.
- Par l'intelligence artificielle : quand il y a un nouvel entrant, des outils de l'IA sont capables de voir ce qu'a fait l'ensemble de la communauté et de relier les problématiques du nouvel entrant aux acteurs qui existent déjà.
On pourrait être tenté de penser les communautés apprenantes de manière fractale, comme des poupées russes. Tout au contraire, les communautés apprenantes sont présentes dans cette lettre montrent justement leur porosité : le fait que les individus peuvent passer d'une communauté ou d'une sous-communauté à une autre, et qu'ils peuvent y apporter ce qu'ils ont. informé de leur expérience personnelle ou professionnelle.
En biologie, on sait qu'un écosystème est relié à d'autres écosystèmes. Il en existe avec des dimensions très locales (c'est le cas de l'écosystème microbien de notre tube digestif), mais chacun d'eux est relié à d'autres écosystèmes, à l'échelle d'une population humaine qui peut être celle de l'ensemble de la planète. Il existe des relations entre ces écosystèmes, avec des migrations, des échanges, des symbioses, des coopérations qui émergent à différentes échelles. Structurer tout cela est impossible pour un être humain seul. Mais l'on peut s'inspirer de la biologie pour inventer, dans le monde de l'éducation et de la formation, les porosités et les migrations futures. En somme, on peut appliquer au développement professionnel des enseignants le vieux principe connu depuis le Moyen Âge : nanos gigantum umeris insidentes . Aucun de nous n'est un géant, mais l'ensemble de ceux qui progressent le font en progressant sur les acquis des autres .
François Taddei, Président fondateur du Learning Planet Institute.
Zoom sur
Zoom sur la résidence de formation, incubateur de l’établissement apprenant.
Retour sur une résidence de formation constituée par un Atelier Canopé, durant lequel une équipe de formateurs investit un établissement scolaire.
Podcast :
Le Pôlecast : regards croisés sur les expériences de terrain
Entretien avec Elodie Bonnefoy-Cudraz professeure des écoles à
Mont-de-Marsan, formatrice et Amaury Daele, docteur en sciences de l’éducation (Université de Genève), professeur formateur à la Haute École Pédagogique du canton de Vaud à Lausanne (HEP-Vaud) .
Entretien avec Cécile Berterreix
Professeure à l’INSPE de Pau, université de Bordeaux, Cécile Berterreix évoque la communauté d’apprentissage qu’elle a initié dans une circonscription, et sur les conséquences qu’elle en tire en termes de développement professionnel des enseignants.
Entretien avec Leinna Berradia
Formatrice depuis deux ans à l'Atelier Canopé de Nevers, Leinna Berradia découvre la recherche collaborative à travers le collectif « Profs-Chercheurs » du Learning Planet Institute .
Veille - Sélection de ressources
Une sélection de ressources : les différentes formes de travail collectif et leur impact sur le développement professionnel .
Consulter le fil thématique de la veille éducative dédié à la recherche en éducation.
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Mai 2023




