La lettre du pôle #4

Prendre en compte les compétences psychosociales : un enjeu pour le développement professionnel des enseignants

ÉDITORIAL

L’attention au bien-être : une nouvelle ère pour l’école ?

L’élève que l’on blesse est un élève que l’on perd, souvent momentanément, parfois à jamais.

Sur les bases de ce seul constat, la problématique du bien-être apparaît comme fondamentale car elle invite à s’interroger sur les moyens pour rendre l’école plus qualitative et plus attractive.

En quelques années, l’attention au bien-être s’est progressivement inscrite parmi les recommandations des cadres de l’Éducation nationale sans qu’aucune opposition massive soit venue remettre en question sa légitimité. 

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À la rentrée scolaire 2022, le bien-être des élèves et des personnels ayant été élevé au rang de priorité pour l’école, une nouvelle étape s’amorce, une véritable dynamique pédagogique de fond se confirme ainsi au sein des équipes. De nouvelles pratiques visant à apaiser les élèves, les motiver, les rendre plus attentifs et plus heureux dans leurs apprentissages s’ajoutent à toutes celles qui fleurissaient déjà depuis quelques années, comme l’attestent les expérimentations présentées lors des journées de l’innovation. Des projets d’écoles et d’établissements affichent cette thématique et proposent globalement un large spectre d’actions - allant jusqu’à questionner la forme scolaire et l’art d’accompagner et d’évaluer - plus respectueuses des besoins fondamentaux des élèves. Plusieurs académies ont même choisi le bien-être comme l’un des axes stratégiques, soutenant ainsi des initiatives d’équipes engagées parfois depuis plusieurs années.

Comment ne pas reconnaître que la perspective de développer le bien-être à l’école provoque un réel enthousiasme chez de nombreux acteurs ? Si d’aucuns s’interrogent sur les enjeux et les risques d’une telle ouverture, c’est que la communauté éducative ne dispose pas encore, sur toutes les questions que soulève ce sujet, de données scientifiques garantissant le bienfondé des pratiques innovantes qu’il suscite. Pour autant, de très nombreux enseignants et enseignantes s’autorisent, se lancent, expérimentent et s’essayent à de nouvelles techniques ainsi qu’à de nouvelles attitudes prenant mieux en considération les émotions des jeunes et le respect de leurs besoins fondamentaux.

Seulement que personne ne se méprenne ! Le bien-être n’est pas une finalité de l’école mais bien une condition pour favoriser la réussite de tous, notamment des plus fragiles, car il apaise le rapport aux obstacles et aux difficultés d’apprentissage. Dit autrement, l’école n’a pas vocation à cultiver le bien-être hédonique (se donnant le plaisir comme visée) mais elle gagne à créer les conditions du bien-être eudémonique (issu de la satisfaction des besoins fondamentaux). Prendre la mesure de cette affirmation invite dès lors à mieux connaître et approcher les processus cognitifs et psychosociaux à l’œuvre dans les relations éducatives et pédagogiques, notamment face aux échecs et aux tensions que peuvent vivre de nombreux élèves. Pour ce faire, il peut être judicieux de prendre appui sur le consensus qui se dégage parmi les chercheurs et chercheuses, médecins et psychologues sur la définition du bien-être : « satisfaction harmonieuse des besoins physiques et psychiques ». Très proche de la notion de santé mentale définie par l’OMS en 1946 - « état complet de bien-être physique, mental et social -, le bien-être repose sur la maîtrise des compétences psychosociales (CPS). Ces compétences, mêlant les dimensions sociales, émotionnelles et cognitivo-comportementales, entretiennent des rapports très intimes avec le sentiment de bien-être, que ce soit chez les jeunes ou chez les adultes.

Nombreux sont les personnels de l’Éducation nationale qui entrevoient dans les programmes de formation et de renforcement des CPS une réponse efficace aux problématiques de l’école : démotivation, décrochage, violence entre pairs, addictions, etc.

Les enjeux du bien-être à l’école se situent assurément sur le terrain du rapport des élèves à l’école et aux difficultés qu’ils y vivent. Il s’agit d’une part de réimpliquer les jeunes en rupture avec le système scolaire comme avec la société, en suscitant chez eux un sentiment d’appartenance, et de diminuer les tensions au sein des établissements scolaires qui sont le manifeste, chez certains jeunes, d’une rupture avec la société. D’autre part, ne s’agit-il pas aussi de permettre aux futurs « leaders » que sont les élèves de CPGE et des grandes écoles d’intérioriser les valeurs du respect réciproque, et ainsi de former les nouvelles générations à incarner une nouvelle humanité ?

En invitant les personnels à penser l’école par le prisme du bien-être, une véritable reconfiguration du paradigme de la relation éducative s’impose. Elle nécessite que des questions essentielles soit collectivement discutées en formation afin que la ligne de crête - sur laquelle conduit la création quotidienne des conditions du mieux- être à l’école - comporte de solides repères pour ceux qui souhaitent s’y engager.

  • Dans quelles limites des pratiques professionnelles portées par l’attention au bien-être participent-elles d’une démarche vraiment féconde ?
  • Comment concilier bien-être et exigence, bien-être et évaluation, bien-être et sanction ?
  • Quelles sont les situations, les circonstances scolaires et les interactions susceptibles de blesser un élève à l’endroit d’un ou de plusieurs de ses besoins fondamentaux ?
  • Peut-on apprendre à l’école sans passer par des moments douloureux ? Est-ce rendre service à l’élève que de le préserver de tout ce qui pourrait l’affecter ?
  • Le bien-être des élèves peut-il se penser sans questionner aussi celui des personnels ?

Christophe MARSOLLIER, Docteur en sciences de l’éducation et Inspecteur Général de l’Éducation nationale.

Zoom sur

De la formation à l’action, travailler les compétences psychosociales en établissement.

Dans un lycée de Créteil, un collectif d’enseignants se forme sur les compétences psychosociales et invente le dispositif « Regards croisés », pour mettre en relation les compétences des professeurs et les besoins des élèves.

Zoom sur les compétences psychosociales

Podcast

Le Pôlecast : Enseigner avec tact, une compétence essentielle de l’éthique professionnelle

À partir du témoignage d’une enseignante et d’une conseillère principale d’éducation,  Eirick Prairat, professeur à l’Université de Lorraine, revient sur le triptyque « justice, bienveillance et tact », qui pour lui sous-tend la relation éducative. 

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Veille - Sélection de ressources

Une sélection de ressources pour former et se former aux compétences psychosociales. 

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Entretien ...

Avec Damien Tessier, Maître de conférences, Laboratoire SENS, Université de Grenoble Alpes.

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Janvier 2023