Harcèlement scolaire : ce que l'on peut ressentir et penser (en tant que professionnels)

Douter, hésiter, se sentir démuni face au harcèlement, c'est normal. Découvrez ce que dit la recherche et des repères concrets pour passer de ces sentiments à une action efficace.

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Harcèlement scolaire : ce que l'on peut ressentir et penser (en tant que professionnels)

Les relations sociales se construisent dès le plus jeune âge. Lorsqu’elles se déséquilibrent ou deviennent sources de souffrance, elles interrogent les équipes éducatives et périscolaires sur leur rôle et leur capacité à agir. Il est normal de douter, d'hésiter ou de se sentir démuni — ces sentiments sont plus partagés qu'on ne le croit. Dans cet article, nous allons explorer ce que révèle la recherche et vous proposer des repères pratiques pour transformer vos hésitations en actions concrètes

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« Je ne peux rien faire contre ça. Cela me dépasse »

Ce sentiment d’impuissance est fréquent, tant les situations peuvent être complexes. Pourtant, pour prévenir le harcèlement scolaire, le meilleur levier, c’est vous

Dans les classes où les enseignants réagissent rapidement aux moqueries et découragent la compétition entre élèves, le harcèlement diminue significativement. (Benoît Galand, Le harcèlement à l’école, Retz, 2021. Voir aussi Benoît Galand, Virginie Hospel, Noémie Baudoin, « Prévenir le harcèlement via les pratiques de classe ? Une étude multiniveaux », Revue Quebecoise de Psychologie, 2014, et plus récemment, la présentation de Charlie Devleeschouwer, Chloé Tolmatcheff et Benoît Galand, « Classmates and Teachers Matter: Effects of Class Norms and Teachers’ Responses on Bullying Behaviors », 2025). 

L’intensité du harcèlement dépend moins de l'établissement que du climat de classe — c'est-à-dire de vos attitudes et de celles des élèves.

Vos super-pouvoirs au quotidien
- Réagir immédiatement et fermement face à toute forme d’agression (verbale, relationnelle, physique).
- Nommer explicitement le harcèlement et montrer que vous en connaissez les mécanismes.
- Condamner le comportement, jamais l'élève. 
- Ne pas mettre en comparaison les élèves.
- Transformer les comparaisons de performance en reconnaissance des progrès et des compétences individuelles.
- Renforcer la supervision dans les lieux collectifs comme la récréation, les couloirs ou la cantine. 
- Incarner les comportements positifs que vous attendez de vos élèves. 
- Agir sur deux approches complémentaires : le développement des compétences psychosociales et la dynamique de groupe (normes, relations, place des pairs). 

Des alliés parfois inattendus 
Les élèves ambassadeurs (voir le reportage) et les parents ambassadeurs sont un pilier fort du programme pHARe, notamment dans la labellisation niveau 3 des établissements.

Le bon réflexe : l'équipe pHARe intervient, mais c’est vous qui prévenez, chaque jour, dans votre classe.

Pour aller plus loin : deux vidéos  
« Lutter contre le harcèlement : comment accompagner les enfants ? » 
« Lutter contre le harcèlement : comprendre les enjeux et éviter les écueils »

« Le harcèlement, ça n’existe pas en maternelle »

On associe souvent le harcèlement aux plus grands, car il est plus facilement verbalisé. Pourtant, dès la maternelle, des comportements répétés d’exclusion, de moqueries ou de domination peuvent déjà exister. 

Selon Benoît Galand, chercheur spécialiste du harcèlement scolaire, « le harcèlement est visible dès la maternelle et se poursuit dans l'enseignement supérieur et les milieux professionnels. Il ne semble pas lié à une tranche d’âge spécifique. »

Ce que cela signifie pour vous : la lutte contre le harcèlement est une entreprise de longue haleine, pas une action ponctuelle ciblée sur l'adolescence. La vigilance est celle de tous les professionnels.

Les bons réflexes 
En maternelle, restez particulièrement attentif aux :

  • exclusions répétées d'un même enfant ;
  • moqueries systématiques sur l'apparence ou la parole ; 
  • comportements de domination physique récurrents ; 
  • enfants isolés qui ne jouent jamais avec les autres.

Verbalisez régulièrement et clairement 
- aucun enfant ne doit être mis de côté ou subir de la violence, et vous veillez à ce que cela soit respecté ; 
- affirmez votre présence, votre rôle à côté des élèves et montrez que vous êtes attentif à ces situations. 

L'enjeu est d’apprendre dès le plus jeune âge aux enfants les comportements positifs, l'empathie et le respect mutuel. Une prévention précoce, cohérente, maintenue sur la durée se révélera bien plus efficace qu’une intervention tardive.
 

« Le cyberharcèlement ? Ce n’est pas vraiment notre responsabilité… »

Beaucoup de professionnels pensent que le cyberharcèlement échappe à leur cadre d’intervention car il se déroule en dehors de l’établissement ou du temps strictement scolaire. Pourtant, dès lors que ces situations impactent la scolarité, le bien-être ou les relations scolaires d’un élève, elles concernent pleinement les équipes éducatives et périscolaires

Depuis 2022, le code de l'éducation affirme clairement « qu’aucun élève […] ne doit subir de faits de harcèlement résultant de propos ou comportements, commis au sein de l'établissement d'enseignement ou en marge de la vie scolaire ». 

Un phénomène qui touche de plus en plus jeunes élèves

Les jeunes construisent leur identité sur les réseaux sociaux dès le plus jeune âge. Selon une étude de la CNIL publiée en 2021, « la première inscription à un réseau social semble intervenir actuellement en moyenne vers 8 ans et demi ». 
Les environnements numériques en milieu scolaire et en dehors sont très prisés. Les IA génératives ont fait leur apparition. Parallèlement, le cyberharcèlement explose de 19 % en 2023 à 23 % en 2024 chez les 6-18 ans, et 20 % dès l'école primaire (Étude Caisse d’Epargne – Association e-Enfance / 3018).

Pourquoi est-il indispensable de s’en saisir ?

  • Il existe une continuité forte entre les violences vécues à l'école et celles subies en ligne.
  • Le cyberharcèlement ne se limite pas à l'espace personnel des élèves : il peut survenir pendant le temps scolaire, sur les environnements numériques de travail utilisés en classe (ENT, outils collaboratifs, messageries). 
  • Les effets psychologiques sont comparables au harcèlement en présentiel : le cyberharcèlement impacte directement les apprentissages et génère de vraies souffrances (anxiété, stress, difficultés de sommeil…) pour les différents acteurs impliqués dans la situation. 
  • Le cyberharcèlement constitue également une infraction pénale, ce qui renforce l’obligation de vigilance, de protection et de réaction des adultes, y compris en contexte scolaire et périscolaire.

🔍 Comment repérer et signaler ? 
Deux animations de cinq minutes sont à votre disposition : « La cyberviolence : repérer et signaler » et « La cyberviolence : décrypter pour agir ». 

📱Un outil simple à proposer aux élèves : téléchargez l'application 3018, dispositif gratuit et confidentiel d'aide aux victimes de cyberviolences.

Pour aller plus loin : un cycle de 3 webinaires en partenariat avec l'Office mineurs et Orange
1. « La cyberviolence : décrypter pour agir » (mercredi 18 mars, 15h30)
2. « La cyberviolence : repérer et signaler » (mercredi 25 mars, 15h30)
3. « La cyberviolence : accueillir la parole » (mercredi 1er avril, 15h30)

Comprendre les logiques sociales du cyberharcèlement 
Les travaux de Margot Déage, chercheuse ayant mené une enquête ethnographique dans 4 collèges d'Île-de-France, éclairent les mécanismes sociaux du harcèlement en ligne. Ses résultats sont clairs : 
- « tout est réel » : il faut cesser de dissocier le virtuel du monde réel ;
- le harcèlement n'est pas qu'une question psychologique, mais un phénomène social lié aux logiques de réputation sur les réseaux sociaux ;
- l'identité numérique est une « coproduction » entre les stratégies des plateformes et les tactiques des utilisateurs
- harcèlement scolaire et cyberharcèlement sont interconnectés et doivent être traités ensemble. 

Face à l'évolution rapide des outils numériques – par exemple, les deepfakes conçus avec les IA génératives – il est essentiel de développer chez les élèves une culture numérique critique et de renforcer les comportements positifs par des actions de valorisation. Lors d'une séance en classe, on peut organiser un débat où les élèves partagent les bonnes pratiques qu'ils ont identifiées pour se protéger.

« Comment savoir si c'est vraiment du harcèlement ? »

La vraie question : est-ce si important de le savoir tout de suite ? Un élève vous parle ? Vous êtes déjà l'adulte de confiance. Plutôt que de vous bloquer sur la définition (violences répétées, isolement de la victime), rappelez-vous ceci : si un élève vient vous voir, c'est qu'il souffre. Que ce soit du harcèlement au sens strict, des intimidations plus ponctuelles ou tout autre problématique, votre rôle reste le même : écouter, protéger, agir.

Votre posture en six étapes :
1. Accueillir l’émotion, écouter sans interrompre — laissez l'élève s'exprimer.
2. Ne pas faire répéter — chaque récit est douloureux.
3. Faire préciser – quelles violences ? combien de fois ? ressentis ? solitude ?
4. Prendre des notes — pour garder trace et transmettre.
5. Agir ensemble — « Nous allons nous occuper ensemble de cette situation. » — pour rompre l'isolement, l'effet de groupe, tout en accompagnant l’élève dans le développement d’interactions positives..
6. Assurer le suivi — revenir vers l'élève régulièrement. 

Vous n'êtes pas seul, vous disposez de ressources concrètes pour vous appuyer :

  • l'équipe pHARe de votre établissement ;
  • les psychologues de l'Éducation nationale ;
  • le 3018 (numéro d'écoute spécialisé) ;
  • les équipes harcèlement départementales et académiques. 

L'objectif : agir vite, agir bien. Stopper les intimidations dès qu'elles surviennent. Être proactif. Montrer l'exemple en termes de comportements positifs.

✅ Le bon réflexe : communiquez avec l'équipe pHARe, les AESH, les animatrices et animateurs périscolaires, les AED, les professeurs principaux en second degré ... La coordination fait la différence.

Pour aller plus loin
« Violence et harcèlement : le dispositif pHARe au 1er degré » (mercredi 11 mars, 10 heures)
« Phare : un dispositif de lutte contre le harcèlement à l'école »

« Être disponible, assurer le suivi ? Je me sens seul et surchargé. Je laisse ces problèmes à l’équipe d’intervention pHARe. »

Si vous ne vous sentez pas immédiatement disponible ou pas en capacité d’accueillir la parole d’un élève sur une situation de harcèlement, rapprochez-vous simplement de l’équipe pHARe ou d’un professionnel de confiance. Un élève qui se confie vous fait confiance et cette confiance mérite d’être reconnue. 
Le programme pHARe est bien plus qu'une simple équipe d'intervention : c'est un programme collectif qui engage l'ensemble de la communauté éducative. 
Il repose sur cinq axes complémentaires, dont l'intervention directe n’en constitue que le 3e. Chaque personnel éducatif, quel que soit son rôle, a une part de responsabilité dans sa mise en œuvre.

Pourquoi cette mobilisation collective est-elle essentielle ?

La prévention du harcèlement fonctionne sur la durée et grâce à la cohérence des actions menées par tous : enseignants, agents, personnels de vie scolaire... La recherche le démontre : ce sont les comportements positifs des adultes et des pairs, au quotidien, qui constituent la prévention la plus efficace contre le harcèlement. Les effets se feront sentir pour les jeunes… et pour vous !

Pour aller plus loin :
Consultez la politique de lutte contre le harcèlement à l'École sur education.gouv.fr.