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Publié le 21/12/2023
La coéducation, une absolue nécessité pour…
…construire une communauté éducative protectrice et efficiente, inclure des élèves à besoins particuliers, lutter contre le harcèlement, accompagner de façon concertée un projet d’orientation adapté à l’épanouissement de chaque jeune. Focus.
Historiquement, il y a en France une vraie rupture entre deux pôles éducatifs : d’un côté la famille, chargée d’offrir une sécurité affective, matérielle et de transmettre des valeurs filiales et, de l’autre, l’école, responsable de la transmission de savoirs et compétences disciplinaires, de l’apprentissage de la réflexion, et de l’intégration dans la cité. Il aura fallu près d’un siècle et demi pour que parents et enseignants se rapprochent. La loi de refondation de l’école de la République de 2013 a inscrit un changement profond dans le référentiel professionnel. Elle invite en effet les enseignants, au-delà des tâches d’enseignement stricto sensu, à tenir compte des contextes de vie des enfants accueillis et à faire des parents des interlocuteurs et partenaires incontournables pour coconstruire la réussite de tous les élèves. La semaine passée, un premier article vous a donné des clefs essentielles pour construire une coéducation fructueuse.
La coéducation, une relation de confiance qui s’élabore dès l’entrée des enfants en maternelle et se construit au long cours…
L’entrée des enfants en maternelle est le point de départ d’une longue relation entre les parents et l’école. C’est donc un moment clé qui pose les fondations d’un lien durable, dont la qualité repose sur une confiance, un dialogue, une implication réciproques. D’emblée, il importe que les coéducateurs se sentent engagés dans un projet commun : former, instruire, apporter des connaissances variées qui permettront aux élèves de réaliser pleinement leur potentiel. La confiance mutuelle rassurera l’enfant, dissipera en lui toute forme de conflit de loyauté et l’autorisera à s’impliquer dans l’« aventure des apprentissages ».
Le 10 janvier prochain, à 14 h 30, le webinaire « Des pratiques pour une coéducation réussie à l’école maternelle » vous offre des pistes d’action concrètes pour établir des bases solides de coéducation.
Dans « Évaluer en maternelle : la communication aux parents », Catherine Pascual et Muriel Blandin – membres de l’Ageem (Association générale des enseignants des écoles et classes maternelles publiques) – évoquent, quant à elles, l’importance de rendre clairement compte aux parents des apprentissages de leurs enfants et livrent des outils et exemples de pratique favorisant une communication explicite dès la maternelle.
La coéducation, une absolue nécessité pour œuvrer efficacement en direction des élèves à besoins particuliers
Cette alliance, qui se construit dès l’entrée des enfants en maternelle, est d’autant plus indispensable lorsqu’il s’agit d’accompagner des élèves à besoins particuliers. Pourquoi ? Parce qu’une meilleure connaissance des multiples facettes de la vie de l’enfant permettra d’identifier plus rapidement et précisément l’origine et la nature des obstacles aux apprentissages qu’il rencontre, et donc de ses besoins.
En tant que tout premiers éducateurs, les parents ont accompagné les premières années du développement de leurs enfants et sont, à ce titre, des observateurs privilégiés des éventuelles difficultés que rencontrent les élèves (mais aussi de leurs « talents cachés »). Si l’on a très tôt installé un climat de respect, d’écoute et une communication bienveillante et régulière, les parents se sentiront plus naturellement enclins à nous livrer des clés de compréhension précieuses de leurs enfants pour proposer un enseignement adapté à leurs besoins. Il est évident d’autre part qu’une collaboration et un dialogue soutenus avec d’autres partenaires éducatifs (Atsem, enseignants d’autres disciplines en collège et lycée, professionnels de santé, AESH…) feront gagner un temps précieux pour recueillir toutes les informations utiles. Enfin, si l’on est parvenu à installer un vrai climat de coopération, la communauté des parents d’une classe peut devenir un véritable soutien pour l’enseignant, comme l’illustre l’exemple offert par Patricia Dutertre.
S’inspirer
– La coéducation en action pour accueillir un élève à besoins particuliers : dans cette vidéo, les regards croisés entre les parents d'élèves, l’enseignante, l’AESH et l’Atsem montrent comment l’alliance de tous les acteurs éducatifs a permis à un élève de trouver sa place dans le collectif. Patricia Dutertre, enseignante en GS de maternelle à Élancourt, décrit également diverses actions de coéducation qui ont fait leurs preuves dans sa classe.
– « La coéducation au service de la diversité des élèves » : dans ce webinaire du mercredi 17 janvier 2024 à 14 heures, proposé aussi le mercredi 3 avril 2024 à 14 heures, Patricia Dutertre, enseignante et formatrice en école maternelle, expliquera comment elle a pu surmonter les difficultés rencontrées dans la gestion d’une classe avec des profils d’élèves hétérogènes (EBEP, problèmes de concentration…) grâce à la mise en place d’actions de coéducation.
La coéducation, une absolue nécessité pour œuvrer efficacement en direction des élèves allophones
Communiquer avec les familles est essentiel pour construire un parcours adapté à chaque élève, mais, face à la diversité des familles, en particulier celles les plus éloignées de la culture et de la langue scolaires, certains enseignants se sentent démunis pour accomplir des gestes professionnels pour lesquels ils n’ont pas toujours été formés… C’est souvent le cas lorsqu’il s’agit d’accueillir des élèves nouvellement arrivés en France et leurs familles.
Une maîtrise du français hésitante voire absente et le non-accès à la langue d’origine par l’enseignant peuvent en effet rendre très complexe la communication. Sur quels gestes professionnels connus s’appuyer ? Comment adapter sa pratique ? Lors du webinaire du mercredi 20 mars 2024 à 16 heures (aussi proposé le mercredi 22 mai) « La communication avec les familles des élèves allophones », vous découvrirez expertise et conseils pratiques pour construire les bases d’une coopération avec les familles sans vous laissez démotiver par les différences linguistiques.?
Faire les premiers pas en direction des familles allophones exige une démarche engagée de la part des enseignants. Mais il y a également à la clé la possibilité de mettre en place des pratiques pédagogiques qui font du plurilinguisme une véritable richesse. Les parents allophones peuvent alors devenir de précieux alliés qui œuvrent concrètement à l’ouverture linguistique et culturelle de tous les élèves accueillis. Lors du webinaire « Des projets plurilingues : nouer du lien avec les familles allophones » du mercredi 7 février 2024 à 14 heures et du jeudi 4 avril 2024 à 17 heures, venez repérer des exemples de projets plurilingues qui permettent non seulement de nouer un lien avec les familles allophones mais aussi d’améliorer les compétences langagières des élèves.
La coéducation, un ingrédient indispensable pour prévenir et lutter contre le harcèlement scolaire
Dans la lutte contre le harcèlement scolaire, la prévention occupe une place essentielle. Mais, pour que celle-ci soit efficace, il est indispensable d’y impliquer les familles. Cette implication passe par un dialogue régulier avec les parents,
- en les informant à l’occasion de réunions, de groupes de parole ou de « cafés des parents »,
- en les associant à des projets.
Lorsqu’une situation de harcèlement est avérée, un échange régulier avec les parents des élèves concernés est indispensable pour les rassurer, accueillir leur point de vue, échanger autour des solutions envisagées et, éventuellement, les orienter vers d’autres professionnels.
S’inspirer
– Lutter contre le harcèlement : un enjeu pour toute la communauté éducative : dans cette vidéo, Nathalie Cras, directrice de l’école primaire Pierre-Jakez-Hélias de Mellac dans le Finistère, revient sur trois ans d’expérimentation de la méthode de la préoccupation partagée (MPP) au sein de son établissement et souligne l’importance d’impliquer tous les partenaires dans cette démarche : les enseignants, les personnels périscolaires mais aussi les élèves et leur famille.?
– Mon enfant est harcelé : cet ouvrage offre des propositions d’actions concrètes aux parents pour accompagner leur enfants ou adolescents à développer ses propres ressources et stratégies pour surmonter une situation de harcèlement ou de cyberharcèlement.
– « La sensibilisation des parents à la lutte contre le harcèlement scolaire » (lien à venir) : ce webinaire du mercredi 21 février 2024 vous donnera des outils pour aborder la question du harcèlement avec les parents.
La coéducation, une alliance qui va bien au-delà des seules relations école-famille
Le concept de coéducation ne se résume pas au seul partenariat école-famille. Il prend vie au sein d’une communauté éducative élargie. Sylvie Rayna, psychologue de l’éducation et de la petite enfance, en offre ainsi une définition régulièrement reprise par Catherine Hurtig-Delattre, coordonnatrice de l’ouvrage Coéducation : des clés pour une responsabilité partagée (Réseau Canopé, 2022 : « La coéducation est une relation de mutualisation entre les éducateurs dits premiers que sont les parents et les éducateurs, professionnels ou non, qui agissent en parallèle et successivement. »
Être enseignant, c’est exercer au sein d’une communauté éducative formée des parents d’élèves mais également des Atsem, des auxiliaires de vie scolaire, de l’ensemble de l’équipe pédagogique, des personnels de direction, des personnels du secteur médico-social, des personnels des associations culturelles et sportives… Le quotidien des élèves ne se limite pas en effet à ce qu’ils vivent dans la classe, ni même à l’école. Nombre d’entre eux mangent à la cantine, fréquentent les accueils périscolaires, côtoient les associations de leur quartier. Tisser ainsi du lien avec les acteurs de la collectivité territoriale et les partenaires locaux – connus et reconnus par les élèves – aide ces derniers à se repérer dans un environnement unifié, clairement balisé. L’accompagnement concerté de toute une communauté protectrice accroît le sentiment de confiance et de sécurité, indispensables à l’épanouissement de leur potentiel.
La coéducation, pensée comme un système complexe, influe par ailleurs très positivement sur le climat scolaire. Elle ne supprime pas les tensions, mais elle contribue à les apaiser et donne la possibilité aux enseignants de les considérer différemment. Elle demande aux professionnels d’accepter l’altérité et d’aller à la rencontre de différents points de vue éducatifs. Cette posture permet de surmonter les difficultés, en cherchant des modalités de coopération différentes adaptées à chaque situation.
Mettre en place une véritable communauté éducative, c’est également pouvoir compter sur des partenaires institutionnels ou sur des organismes experts dans des domaines tels que la transition écologique et sociale, le bien-être scolaire ou la prévention du harcèlement. Par exemple, la Caisse d’allocations familiale peut contribuer à construire et à développer une relation de confiance entre l’école et les familles en jouant un rôle de facilitateur et de médiateur entre tous les acteurs de la coéducation sur un territoire, en impliquant les professionnels de l’Éducation nationale dans les différentes instances de parentalité.
S'inspirer
– Une association de quartier au cœur de la relation école-familles : dans cette interview filmée, Diatou N’Diaye, présidente de l’association Passerelle Tey Ak Euleguk à Marseille, raconte ce qui a déterminé son engagement en faveur des enfants et des adolescents de son quartier. Elle nous donne des clés pour définir ce que peut être une bonne relation école-familles et décrit deux de ses activités : la formation et l’accompagnement physique des familles.
– Un exemple de réussite de relation école-familles : Diatou N’Diaye nous présente une action d’exclusion-inclusion qui a porté ses fruits et dont elle est fière. Elle est parvenue à dépasser les difficultés du territoire et à nouer des liens de confiance avec les établissements scolaires pour prendre en charge les jeunes exclus temporairement de leur collège.
Une coéducation fructueuse est celle qui, mise en œuvre au long cours, de la maternelle au lycée, soutient les élèves dans leur épanouissement scolaire et humain. Une alliance éducative réussie est celle qui les aide, in fine, à construire leur projet professionnel et à trouver leur place dans le monde. C’est pour cela que Réseau-Canopé vous proposera en 2024 un temps fort autour de la coéducation comme appui essentiel à l’orientation...