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Discours du 19 mai 1989

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Texte abrogé ou tombé en désuétude

Discours du ministre d' État, ministre de l'Education Nationale, de la Jeunesse et des Sports, prononcé au congrès de la Fédération des associations de documentalistes-bibliothécaires de l'Education Nationale.

Discours du 19 mai 1989
BO n° 26, 29 juin 1989

Monsieur le président,
Mesdames, messieurs,

C'est avec grand plaisir que je suis parmi vous pour répondre à votre invitation et m'adresser ainsi au premier congrès des documentalistes bibliothécaires des collèges et lycées, organisé par la FADBEN, association créée en 1973.

Depuis cette date, vous avez pu, en tant que praticiens, participer au développement des centres de documentation et d'information, vivre l'évolution de la fonction de documentaliste.

Au moment où le gouvernement dépose au Parlement un projet de loi d'orientation sur l'éducation qui privilégie une approche concrète et novatrice pour faire évoluer notre enseignement, je souhaite faire le point devant vous sur la conception et le rôle des Centres de Documentation et d'Information au sein des établissements scolaires.

Cette question, tout en vous concernant directement, intéresse l'ensemble des acteurs et des partenaires du système éducatif.

1. Les CDI au service de la dynamique de rénovation

Élargir le droit à l'éducation et accroître l'égalité des chances, placer l'élève au centre du processus éducatif, faire, à l'école, l'apprentissage de la responsabilité, voici trois des principaux objectifs fixés par la loi.

Accroître l'égalité des chances, c'est veiller particulièrement aux apprentissages fondamentaux et parmi ceux-ci à l'acquisition des mécanismes de la lecture, première préoccupation.

Le CDI, lieu de rassemblement des ressources pédagogiques de l'établissement, des livres et des publications de tous ordres, est par excellence le lieu de la lecture. Le rapport que j'ai demandé à Monsieur le recteur Migeon afin de mieux assurer la réussite des élèves montre combien il est nécessaire "de rechercher tous les moyens d'augmenter les temps effectifs d'apprentissage du langage, de la lecture-écriture qui font tellement défaut aux enfants de milieux très défavorisés".

C'est en effet parce qu'ils ne maîtrisent pas la technique de la lecture que des élèves sont en situation d'échec. Les jeunes ont moins de contact avec l'écrit qu'avec l'oral. Or, seule la lecture d'un texte écrit peut développer la maîtrise de la langue qui est le préalable à tous les apprentissages.

Vous savez aussi que la maîtrise du langage favorise la réussite dans la vie sociale et professionnelle. Autrefois, les entreprises demandaient des professionnels ayant reçu une formation "pointue", elles demandent aujourd'hui des personnes qui sachent aussi s'exprimer et se faire comprendre. Cela s'apprend : on ne naît pas cultivé, on le devient par le travail et la lecture. Certes, il faut sensibiliser les professeurs à l'aide qu'ils peuvent apporter dans leur classe en ce domaine, mais il est nécessaire que le CDI apparaisse comme la structure de soutien privilégiée. C'est la convergence des deux démarches, celle du professeur et celle du documentaliste, qui peut favoriser une action cohérente d'apprentissage continu de la lecture.

Si l'on veut inviter à lire des élèves qui ne lisent pas habituellement, le professeur aura plus de facilité pour les toucher dans le cadre de la classe. Par contre, les refus de lecture ou les inappétences sont mieux contournés au CDI car celui-ci propose des activités ludiques ou concrètes qui entraînent les plus réticents. A l'aide de méthodes appropriées, certains d'entre vous ont remarqué que des grands textes littéraires riches et stimulants sont souvent moins inaccessibles qu'on ne l'imagine parfois.

La collaboration professeurs documentalistes bibliothécaires est, dans le domaine des actions en faveur de la lecture, absolument indispensable et doit être activement recherchée. Ce travail en commun peut prendre des formes diverses. Mais quelles que soient les modalités utilisées, c'est l'existence de séquences de temps et d'un lieu où des apprentissages et des comportements de lecteurs sont rendus possibles qui importent. Le CDI est par excellence ce lieu où les documentalistes bibliothécaires peuvent éveiller, entretenir et développer le goût de la lecture.

Placer l'élève au centre du processus éducatif c'est faire prévaloir une conception où l'enfant n'est plus soumis à une norme unique mais accepté dans sa diversité : les différences de rythmes dans l'acquisition des connaissances, d'aptitudes et de motivations doivent être utilisées et mises en valeur pour faire éclore des talents multiples. Dans cette stratégie, le CDI est un élément indispensable pour enseigner à tous les élèves à accéder à des savoirs nouveaux et à se les approprier.

Il y faut des techniques. Or, il est intéressant de rappeler que la commission présidée par MM. Pierre Bourdieu et François Gros dit que ces techniques, "quoiqu'elles soient tacitement exigées par tous les enseignants, font rarement l'objet d'un enseignement méthodique : utilisation du dictionnaire, usage des abréviations, rhétorique de communication, établissement d'un fichier, création d'un index, utilisation d'un fichier signalétique ou d'une banque de données, préparation d'un manuscrit, recherche documentaire, usage des instruments informatiques, lecture de tableaux de nombres et de graphiques, etc."

Livrer à tous les élèves cette technologie du travail intellectuel relève aussi d'un travail en commun professeurs documentalistes, avec le CDI comme catalyseur de l'action. Je souhaite que les inspecteurs pédagogiques régionaux et, dans chaque académie, celui d'entre eux qui est chargé de coordonner l'action de ses collègues pour favoriser l'utilisation du CDI par les professeurs, soient attentifs à promouvoir cette aide méthodologique.

Les documentalistes exercent cette mission d'offrir aux élèves la possibilité de maîtriser les différentes formes et sources d'information et de s'entraîner à l'autodocumentation.

Cette aide méthodologique doit conduire progressivement chaque élève vers l'autonomie et contribuer à ce qu'il fasse à l'école l'apprentissage de la responsabilité.

Dans cet esprit, le CDI doit être un lieu où se prennent des habitudes de travail en groupe, de confiance, de solidarité. Le CDI doit faire naître un comportement plus responsable, un désir de recherche méthodique.

L'élève doit prendre conscience que :

  • Travailler sans méthode est un gaspillage de temps et d'énergie qui conduit à des échecs ;
  • Exploiter des documents fait appel aux disciplines les plus exigeantes de la pensée ;
  • Savoir se documenter, c'est voir clairement ce qui mérite d'être retenu ou doit être écarté, selon quelles structures et selon quels traitements.

Le travail au CDI doit développer des processus intellectuels que chacun aura à mettre en œuvre tout au long de la vie pour résoudre son problème d'information et plus généralement d'accès à la connaissance.

Et puis ce travail est l'occasion de mettre en pratique des stratégies d'où sont bannis l'ennui, l'inattention ou la lassitude, au profit du plaisir d'apprendre, de l'intérêt et de l'enthousiasme.

Le CDI a aussi un rôle privilégié à jouer dans l'approche des technologies nouvelles.

L'introduction de l'ordinateur dans la vie courante, dans tous les secteurs de la vie industrielle et économique modifie considérablement le rapport de l'homme au savoir. Comme le savoir de l'humanité ne cesse de croître, l'idéal encyclopédique n'est plus possible, comme on pouvait l'imaginer auparavant. Au 20ème siècle, un homme ou une femme cultivés sait où se trouve l'information et sait trouver celle dont il a besoin, quand il en a besoin.

Cela est vrai pour toutes les matières. Si bien que les jeunes que nous formons aujourd'hui auront à consulter des banques de données pendant toute leur vie et quel que soit leur type d'activité. Être à l'aise dans ce type de recherches sera un facteur de réussite. Ainsi, il y a un nouveau savoir-faire à faire acquérir aux élèves : la recherche documentaire sur ordinateur.

Le CDI, tout en disposant de son propre fonds documentaire, aura de plus en plus accès à des réseaux avec d'autres établissements, les CRDP, des banques de données plus importantes encore, avec les CD-ROM de la bibliothèque du centre Georges Pompidou et de la Bibliothèque Nationale.

Avec les prodigieuses facilités de consultation des documents à distance qu'offrira la Très Grande Bibliothèque qui s'élèvera à Paris, à l'initiative du président de la République, les CDI pourront bénéficier de "toute la richesse du monde".

Le plan national d'équipement audiovisuel des établissements, conçu selon le rapport présenté par M. Pomonti, ouvrira plus largement qu'aujourd'hui le système éducatif à ces technologies : chaque établissement du second degré devra être doté d'un CDI convenablement équipé d'outils modernes de communication.

Tout doit concourir à ce que le CDI soit le point de convergence de savoirs divers et de compétences différentes afin d'éveiller une curiosité et de donner une méthode. Il faut qu'il s'inscrive dans une pédagogie de la réussite permettant, dans le cadre d'un projet d'établissement de tenir compte des besoins spécifiques des élèves, de leurs intérêts et de leurs capacités. Par son organisation, il doit rendre plus nécessaire la concertation et le travail en équipe entre les professeurs, puisque le travail engagé est transdisciplinaire. Au CDI élèves et professeurs doivent avoir des contacts individualisés, facteurs de stimulation et de confiance. Le CDI, à la fois source d'information, foyer d'activités, carrefour d'échanges et de concertation, doit permettre à chacun de développer ses virtualités, aidant au mieux notre enseignement à jouer son rôle complexe d'apprentissage de la démocratie et de la vie.

2. Un plan pour les centres de documentation et d'information

Tout ce qui a été dit précédemment sur le rôle du CDI prouve que celui-ci est au cœur de la vie de l'établissement. La généralisation des CDI dans tous les établissements est une nécessité ; elle suppose un effort des collectivités locales pour l'aménagement des locaux et les équipements, et de l'Etat pour les créations de postes de documentalistes.

Le rapport annexe au projet de loi d'orientation prévoit "qu'aucun établissement scolaire ne sera ouvert sans être pourvu d'un centre de documentation et d'information. En fonction de la nouvelle carte des zones d'éducation prioritaires, tous les collèges inclus dans ces zones qui n'auraient pas de postes de documentalistes seront immédiatement recensés. Ces postes seront prioritairement créés dès la rentrée 1990. Un plan de rattrapage sera mis à l'étude pour combler, d'ici 1993, les retards accumulés dans ce domaine".

Ainsi, après la création de 190 postes au budget de 1989, le projet de budget 1990 engage-t-il le rattrapage annoncé, tout en dotant d'un poste de documentaliste, dès leur ouverture, chaque collège et lycée (98 postes pour satisfaire aux ouvertures).

3. La création du CAPES de sciences et techniques documentaires

Dès la table ronde du 28 février 1989, j'affirmais ma volonté :"clarifier la situation des personnels documentalistes face à l'hétérogénéité des personnels exerçant la fonction de documentaliste d'une part, à l'exigence d'un haut niveau de qualification requis par les tâches techniques et pédagogiques d'autre part".

Très rapidement la direction des personnels enseignants a pu soumettre un projet de CAPES interne et externe qui a été approuvé par le conseil d'enseignement général et technique du 30 avril 1989.

L'instauration du CAPES de sciences et techniques documentaires apporte la garantie d'une compétence professionnelle spécifique, rationalise le recrutement des personnes désireuses d'exercer dans les CDI et offre une voie de promotion bien méritée à celles qui y sont en fonction. Elle est aussi le symbole de l'ancrage pédagogique de votre profession.

C'est l'aboutissement d'un long chemin pour une fonction qui, depuis 1960, a connu de profondes transformations. Aujourd'hui, alors que l'éventail des services que proposent les CDI s'ouvre encore, il faut concevoir un nouveau développement de vos activités.

Les missions du documentaliste placent celui-ci au sein de l'équipe éducative. Le documentaliste qui assure des fonctions pédagogiques, d'animation, de communication et de gestion doit se sentir pleinement partie prenante de la lutte contre l'échec scolaire et de la rénovation de l'enseignement.

Quand le cadre est tracé, que les moyens suffisants sont dégagés, je crois à l'efficacité des efforts quotidiens et soutenus comme ceux que l'on mène actuellement dans de nombreux CDI. Ces efforts doivent être connus, servir d'exemples et de stimulant afin qu'ils puissent se généraliser.

Les mesures que j'ai prises pour les CDI et les documentalistes, le projet de loi d'orientation sur l'éducation sont autant d'éléments capables d'assurer l'épanouissement des CDI et d'offrir aux documentalistes bibliothécaires un puissant encouragement à l'accomplissement de leurs missions.

C'est le message que je voulais vous transmettre à l'occasion de votre congrès, auquel je vous remercie encore de m'avoir invité.

Le ministre d'Etat ministre de l'Éducation Nationale, de la jeunesse et des Sports,
L. JOSPIN

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