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Le concept "Learning centre"

par Mireille Lamouroux,
[juin 2013]

Mots clés : 

Sommaire

Mots-clés liés au concept de Learning centre (liste non exhaustive)

image de la bibliothèque – politique documentaire – convivialité – formation – architecture – service personnalisé – accueil – approche orientée usager – confort – ressource numérique – accès distant – idea store – bibliothèque troisième lieu – sociabilité – exposition – conférence – marketing documentaire – qualité – appropriation communautaire des connaissances – apprentissage social – travail collaboratif – spécialiste de l'information – ingénieur pédagogique – équipe – compétence – connaissance – polyvalence e-learning – pédagogie active – guichet unique – flexibilité – amplitude horaire – bibliothèque hybride – réseau social – Graham Bulpitt –

Plan du dossier

Introduction
Le concept "Learning centre"
+ Un nouvel écosystème
+ Caractéristiques clés du Learning Centre
Une approche renouvelée des CDI
+ Learning Commons, carrefours d'apprentissage, etc 
+ L'impulsion institutionnelle 
Quels espaces de travail et d'étude, de recherche et de collaboration dans les établissements de second degré ?
+ Projets en cours au collège
+ Projets en cours au lycée
Conclusion
Bibliographie

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Le Learning centre (LC) : pour apprendre ensemble à l'ère du numérique.

Né pour être au service d'un modèle de formation à la fois nécessaire et ambitieux, le Learning centre [1], quelquefois appelé Learning commons ou Learning Resources commons, s'est développé essentiellement dans les bibliothèques universitaires des pays anglo-saxons et des pays nordiques à partir des années 90. La formule répond au décalage de bibliothèques devenues des espaces rigides inadaptés aux nouveaux usages, qui se sont adaptées aux changements de comportement des étudiants (mobilité, nomadisme, utilisation des ressources en ligne et des réseaux sociaux, travail en groupe) et en ont pris en compte de nouvelles formes d'apprentissage plus actives avec toutes les possibilités qu'offre et induit désormais l'environnement numérique.

Notons que ce mouvement, déjà ancien de vingt ans, affecte aujourd'hui tous les lieux de savoir [2] mais aussi d'une certaine façon, les lieux de travail réorganisés en troisièmes lieux [3] ou tiers lieux [4] où l'on retrouve les concepts clés de « lieux coopératifs » pour travailler, se former et échanger.

Introduit en France très récemment avec la publication du rapport de Suzanne Jouguelet [5], inspectrice générale des bibliothèques, le modèle a pris corps puisqu'on compte désormais pas moins de 45 projets de création dans l'enseignement supérieur à l'horizon 2017.

Si le terme anglais n'a pas encore trouvé d'acception française, c'est sans doute parce qu'il correspond plutôt à un label ; nombre de Learning centres ont ainsi choisi de conserver l'appellation générique universelle de « bibliothèque ».

L'observation des Learning centres existants permet d'en dégager quelques caractéristiques : une grande partie d'entre eux déclare viser les étudiants les plus jeunes ; ils se situent souvent dans des universités scientifiques ou de grandes écoles de commerce et d'ingénieurs mais également dans des universités comportant une proportion importante d'étudiants étrangers ainsi que des filières professionnalisantes ; ils sont conçus comme le « social hub » de leur établissement ; les Learning centres sont toujours inscrits dans une politique de diffusion des connaissances par le numérique. Enfin, certains pratiquent une politique d'ouverture à un public extérieur (lycées, entreprises, voire grand public comme au Rolex Learning centre de Lausanne).

Si les modèles de Learning centres sont très divers, ils reposent tous néanmoins sur une base de principes communs sous-jacents qui ont pour objectif principal la réussite des étudiants [6] et qui s'attachent à développer « l'appropriation communautaire de connaissances » autrement appelée « apprentissage social ». Le premier objectif d'un Learning centre est de « soutenir les personnes dans le processus d'acquisition des connaissances » [7] dans un « espace d'apprentissage ouvert » [8].C'est une nouvelle façon d'apprendre qui y est promue, en phase avec l'ère du numérique et les besoins des apprenants, dont on trouve écho dès 1996 dans le « Livre blanc sur l'éducation et la formation » [9] qui insiste « sur la nécessité d'une formation polyvalente fondée sur des connaissances élargies, développant l'autonomie et incitant à "apprendre à apprendre" tout au long de la vie ». C'est la philosophie éducative du processus de Bologne qui se poursuit avec le cadre stratégique « Education et formation 2020 ».

La place de la pédagogie « centrée sur l'étudiant » [10] suscitant sa soif d'apprendre et son autonomie est fondamentale. Pour cela, on va concevoir l'environnement le plus favorable au développement de ses capacités en repensant l'offre des ressources et des services documentaires dans une vision globale.

La bibliothèque devient une « bibliothèque augmentée », « un lieu dynamique qui stimule l'acquisition des connaissances en donnant aux étudiants des moyens d'effectuer des recherches, de collaborer, d'échanger leurs points de vue et de consulter les personnes susceptibles de leur apporter une aide » [11].

A la multiplicité des usages prévus, on répond par la multiplicité d'espaces définis par leurs fonctions, le découpage spatial devant permettre la cohabitation de multiples usages sur le même lieu : zones silencieuses et zones d'échanges, zones de travail et zones de détente. Les espaces de travail en groupe ou carrels (4-6 élèves) qui facilitent l'apprentissage en collaboration en mêlant travail et échanges sociaux sont particulièrement privilégiés.

Des espaces de ressources (prêt d'ordinateurs) et de production / reproduction multimédias en libre accès incitent l'étudiant à gérer son travail de A à Z de façon autonome et lui permettent de s'exercer (préparation d'exposés sur tableau blanc interactif, présentations de qualité, …). On accorde une attention particulière à l'architecture intérieure (éclairage, acoustique, choix du mobilier, signalétique, codes couleurs, espaces de convivialité…) [12] et on favorise l'aspect social des études (salon, cafétéria, salle de conférences, etc). Il n'est pas rare que ces bibliothèques aient doublé leurs horaires d'ouverture (tard le soir, samedi et quelquefois dimanche compris. L'ouverture 24h sur 24 reste marginale en Europe), notamment grâce à l'automatisation des fonctions de prêt-retour des documents.

Si tous les projets architecturaux des Learning centres jouent sur la flexibilité, la polyvalence et l'aspect accueillant des lieux, c'est parce que l'on sait depuis les travaux du MIT et plus récemment ceux de l'OCDE avec son centre CELE [13], que la configuration de l'espace a une incidence majeure sur l'incitation à apprendre et notamment sur les projets collaboratifs.

Dans ce lieu de vie, l'équipe des « spécialistes de l'information » joue un rôle primordial par la médiation, l'accompagnement et la liaison qu'ils établissent autour, auprès et entre les usagers, les ressources et les enseignants. La plupart du temps, ces derniers ont des bureaux dans les Learning centres où ils rencontrent leurs étudiants. Ensemble, des bibliothécaires « ingénieurs pédagogiques » et des enseignants coopèrent à l'éditorialisation de contenus de formation et à la co-construction de parcours de connaissances [14].

La formation des enseignants à l'utilisation de plate-forme collaborative est la plupart du temps assurée par les bibliothécaires eux-mêmes.

L'ensemble des ressources fait l'objet de réflexions approfondies, notamment en ce qui concerne les ressources numériques en forte croissance (en moyenne, 60 à 70 % du budget), afin de proposer un dispositif d'appui en ligne adapté aux besoins des étudiants. On prévoit des tutoriels et autres ressources d'auto-formation et on accorde beaucoup d'importance aux ressources de rémédiation (public en difficulté, rattrapage partiel, étudiants étrangers…). Les nouveaux matériels ont toute leur place : tablettes de lecture, Ipad et autres terminaux.

L'ensemble du personnel fortement polyvalent participe aux demandes de premier niveau (renseignements, service de référence, dépannage matériel,…) puis des équipes peuvent se spécialiser pour l'accompagnement personnalisé, la formation méthodologique, la conception de tutoriels…

Dans tous les cas, la formation des personnels à la philosophie du Learning centre est nécessaire : montée en compétences, travail d'équipe, nouvelle organisation, management par la valeur, sont autant de paramètres qui révolutionnent des manières traditionnelles de travailler. Au RLC de Lausanne par exemple, chacun, quel que soit son statut, est responsable d'un projet, ce qui crée une dynamique positive au sein de l'équipe [15].

Cette implication obligatoire dans le changement concerne l'ensemble de l'établissement. La direction en premier chef concernée, doit forcément impulser, soutenir et susciter l'innovation pour qu'un tel projet s'incarne.

Toutes les caractéristiques de mise en œuvre d'un Learning centre décrites dans le guide édité en 2011 par la conférence des présidents d'université (CPU) [16] disent bien cela : il s'agit avant tout de mettre en place un projet de qualité de vie et de services autant que de soutien à la pédagogie. Le Learning centre n'est pas qu'une simple affaire de technologies numériques, ni qu'une affaire de modernité des collections et des espaces.

Dans cet espace, le rôle des professionnels est primordial. Coachs de l'information au sein de l'établissement, ils contribuent à assurer la continuité éducative et pédagogique pour les étudiants des espaces de travail, dans l'action des équipes, et entre les modes d'accès à l'information.

Les Learning centres peuvent sans doute être des lieux d'inspiration à l'instar de ce que préconise le collectif néerlandais « Bibliothèques 2040 » …pour accueillir le futur.

Notes de bas de page

[1] Illustrations : www.cddp92.ac-versailles.fr/spip2/texteanim/Learning_Resources_Centres_Illustrations.ppt

[2] Bruno Devauchelle. Comment le numérique affecte les lieux de savoir : le numérique au service du bien commun et de l'accès au savoir pour tous. Ed. Fyp, 2012

[3] Mathilde Servet. « La bibliothèque troisième lieu. Vers une redéfinition du modèle de bibliothèque ». Argus, 20 janvier 2011 : http://revueargus.qc.ca/index.php/author/mathildeservet/

[4] Voir le groupe de travail international francophone créé sur les Tiers lieux en janvier 2012.
Wiki du groupe : http://imaginationforpeople.org/wiki/workgroup/tiers-lieux

[5] Suzanne Jouguelet. Les Learning centres : un modèle international de bibliothèque intégrée à l'enseignement et à la recherche : rapport à madame la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche. Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, 2009. http://www.educnet.education.fr/veille-education-numerique/fevrier-2010/rapport-learning-centres-modele-international-bibliotheque-integree-enseignement-et-recherche

[6] Ces principes sont énumérés dans la définition qu'en donne la norme ISO 11219 (mai 2012)

[7] Définition de Les WATSON : http://www.leswatson.com/whatisalearningcentre.html

[8] Elément de définition de la section « Construction et équipement » de l'IFLA

[9] Enseigner et apprendre : vers la société cognitive. Livre blanc sur l'éducation et la formation. 75 p. http://europa.eu/documents/comm/white_papers/pdf/com95_590_fr.pdf

[10] Démarche « Student Centered Learning » (SCL) défendue par la fédération européenne des étudiants.

[11] Définition de Susan Mac Mullen dans « Les bibliothèques universitaires aux Etats-Unis : un modèle adapté aux besoins d'aujourd'hui ». OCDE, 2008

[12] Voir quelques illustrations : http://www.csu.edu.au/__data/assets/powerpoint_doc/0007/72889/lc-photos.ppt

[13] CELE : centre pour des environnements pédagogiques efficaces (traduction française) : http://www.oecd.org/document/21/0,3746,fr_2649_39263294_2671637_1_1_1_1,00.html

[14] C'est le cas au Rolex Learning Centre de Lausanne qui dispose en son sein d'un laboratoire dédié, le CRAFT (centre de recherche et d'appui pour la formation et ses technologies). Mais c'est aussi le cas à plus petite échelle, à l'ESSEC de Cergy-Pontoise.
Lire à ce sujet le projet d'établissement 2010 de la BPI : Patrick Bazin. « Lire le monde ou la BPI nouveau laboratoire de la lecture publique ». Consultable sur le site de l'EBSI : http://www.cours.ebsi.umontreal.ca

[15] Le RLC de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. http://www.adbs.fr/le-lrc-de-l-epfl-a-lausanne-100152.htm ?RH=1227533334193

[16] Mettre en place un Learning centre : enjeux et problématiques. Rapport d'études. CPU. Caisse des dépôts, mai 2011

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