Comment désapprendre la haine ?
Cette question solennelle taraude l’humanisme de Romain Gary qui, en écrivant
Chien Blanc, se plonge et nous plonge dans la violence qui suinte de la
société américaine de la fin des années 1960, engluée dans un interminable
processus de déségrégation des esprits.
Le malaise se cristallise dans un personnage qui fonctionne comme une métaphore
de cette société tiraillée, celui du chien blanc éponyme. Si l’on peut rééduquer
ce chien dressé à l’attaque raciste, alors on peut croire à l’émergence
d’une société nouvelle, où l’on n’apprendrait plus la haine dès l’enfance.
C’est par un faisceau de ressources artistiques – marionnettes, lumière, corps,
espaces graphiques et magiques, musique jouée en direct – que Les Anges au
Plafond s’emparent de ce texte, pour le transposer sur le plateau et nous inviter,
par l’expérience collective de la représentation, à réfléchir à notre tour à
la question inaugurale. Dans l’interaction entre les arts, se trouve brouillée la
frontière entre le vrai et le faux, entre l’acceptable et l’inacceptable, entre l’humanité
et l’animalité, qui, parfois se trompent de corps.
La première partie de ce dossier est une mise en réflexion et en action des
élèves, une possibilité de les amener à enquêter sur ce à quoi ils vont assister,
en se projetant dans les possibilités narratives et artistiques de la future représentation,
dans sa genèse.
Les activités sont conçues comme successives, mais on n’est pas obligé de
s’astreindre à l’ensemble des propositions de chaque section. Elles sont à présenter
aux élèves comme une enquête à mener dans l’univers qui entoure ce
spectacle encore nimbé du mystère qui précède l’extinction des lumières dans
la salle…
Imaginons ensemble le brouillon du spectateur se préparant à assister à la
représentation, et couchant sur le papier ses découvertes, ses hypothèses, ses
doutes, pour mieux les réinterroger a posteriori.