Pour ouvrir sa première saison en tant que directeur du Théâtre Gérard Philipe, centre dramatique
national de Saint-Denis, Jean Bellorini a choisi un texte apparemment à l’opposé de ses
précédentes productions. Si Tempête sous un crâne et Paroles gelées célébraient la puissance
et l’exubérance du langage telles qu’on les retrouve chez Hugo ou Rabelais, Liliom, la pièce de
Ferenc Molnár, met en scène des personnages qui, eux, ne savent pas dire. Ils n’ont pas les mots,
ils cherchent, mais ne parviennent pas à exprimer par la parole leurs émotions, leurs désirs,
leurs frustrations. Ils se rapprochent pourtant des personnages rencontrés dans les précédents
spectacles de la compagnie Air de Lune. Comme chez Hugo, ce sont des «misérables » – la pièce
est sous-titrée « la vie et la mort d’un vaurien» – et, comme les personnages de Rabelais, ils
sont lancés dans une quête dont ils espèrent le bonheur et la rédemption.
À l’image du spectacle proposé par la compagnie en 2013, à l’Odéon, La Bonne Âme du
Se-Tchouan de Bertolt Brecht, qui s’inscrivait dans un monde légendaire et s’apparentait au
conte, Liliom rejoint la fable. Quant à l’univers dans lequel les personnages évoluent, la fête
foraine installée près de Budapest, à Városliget, il se prête au déploiement de ce « théâtre
poétique » que Jean Bellorini revendique avant tout 2, la recherche d’un théâtre qui fait écho
chez chaque spectateur, en tenant compte de sa singularité et de son unicité.
Afin de préparer la venue des élèves au spectacle, ce dossier propose des exercices et des pistes
de recherche autour de cet étrange Liliom, ce texte de théâtre dont le cinéma a assuré le succès,
et dont le héros malchanceux suscite rejet et fascination, tandis que grande roue, manèges et
auto-tamponneuses continuent de tourner inlassablement.