Les lecteurs de « La Saga de Grosse Patate » connaissent Rosemarie Peccola.
Le Journal de Grosse Patate sondait son malaise, son désir de plaire : son amie
et rivale l’avait bien analysée. On entrait dans son intimité grâce aux entretiens
avec l’ami imaginaire des Saisons de Rosemarie. Mais elle restait latente, non
encore advenue. Or elle accède au statut de figure tragique dès le prologue des
Discours de Rosemarie, sortant de sa transparence sociale armée du verbe, de
l’imagination, de la culture pour tenter de battre Géraldine, son amie devenue
sa pire ennemie, à l’élection des délégués. Fine oratrice, elle abuse de la rhétorique
: sa parole n’est plus intègre. Grisée par le flot viscéral des mots, vengeresse,
mégalomane, elle oublie la valeur de son engagement, le nécessaire
pragmatisme, tous scrupules moraux.
Pour mettre en scène cette histoire pleine de bruit et de fureur sur la renaissance
d’une enfant introvertie en une fable politique où alternent monologues
épiques et dialogues stratégiques entre la candidate et Hubert promu directeur
de campagne, Betty Heurtebise a choisi un dispositif scénique simple, évolutif,
suggestif qui éclaire subtilement cette sortie de l’invisibilité et sacralise la
révolte adolescente jaillissante fondée sur langage, images, jeu et mimétisme
radical, décapant, des luttes adultes pour le pouvoir.
Avant la représentation, par enquête, lecture et jeu, ce dossier propose de
découvrir la pièce – récompensée par le grand prix de Littérature dramatique
jeunesse – et son contexte créatif. En interrogeant l’exercice de l’écriture et
son illustration, la galaxie enfantine et la quête identitaire de l’héroïne, la
méthode sensible de Betty Heurtebise avec sa compagnie. Avant de mettre
concrètement les élèves, acteurs de leurs apprentissages, en situation de
création. Après la représentation, il approfondit les enjeux de la mise en scène
– travail d’équipe, processus créatif complexe, interprétation stylisée – dans
l’analyse comme la pratique.