Dans ses maximes, Pope a écrit: « Un mensonge en entraîne toujours mille
autres pour soutenir le premier. » Cela peut se constater dans Le Menteur
de Corneille. Dernière pièce comique baroque de son œuvre, elle connut un
immense succès, en partie grâce aux passages parodiant Le Cid. Le théâtre de
Corneille fait écho aux désordres de son siècle, à ses tournures historiques. Il
fait aussi la part belle à ses valeurs, comme l’honneur, et à ses interrogations.
Julia Vidit a choisi d’épousseter cette pièce, de nos jours trop peu connue du
public, et d’en révéler les richesses, qui entretiennent, notamment grâce à sa
mise en scène, un lien fort avec notre quotidien.
En effet, les notions de mensonge et de vérité sont difficilement discernables.
Dans un monde où l’on préfère taire la vérité pour faire plaisir ou séduire, où
l’on se cache derrière des avatars pour s’affirmer dans un monde virtuel, les
rapports sincères entre les personnes se font rares. La question que pose cette
pièce est celle-ci : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour avoir ce que l’on
désire ? Car si Dorante, menteur principal de la pièce, se surpasse par ses mensonges
toujours plus importants, les autres personnages eux-mêmes se jouent
des apparences et détournent les mots à leur avantage.
Dans un premier temps, ce dossier propose des pistes de travail pour faire
découvrir aux élèves cette pièce classique de Corneille et le travail rigoureux
de mise en scène de Julia Vidit. Dans un second temps, il ira plus loin dans
l’analyse du parti pris scénographique de cette pièce revisitée et des grandes
thématiques de notre époque qu’elle fait resurgir.