Les origines du projet. Écrite en 1963, La Tragédie du roi Christophe a été mise
en scène pour la première fois par Jean-Marie Serreau à Salzbourg en août
1964. Après le vif succès de cette première mise en scène, puis une représentation
au théâtre de l’Odéon à Paris, et une tournée en Europe, son destin
bascula : projet interrompu par la mort d’Antoine Vitez, elle fut créée en 1991
à la Comédie-Française dans une mise en scène inoubliable du cinéaste Idrissa
Ouedraogo, puis proposée dans une troisième version par Jacques Nichet lors
du festival d’Avignon de 1996.
Il y a une cohérence profonde dans le projet de Christian Schiaretti de mettre
en scène La Tragédie du roi Christophe en 2017 après avoir monté Une saison
au Congo en 2013, comme il y en a eu une au sein de l’œuvre théâtrale d’Aimé
Césaire. Ce dernier évoque en effet dans un entretien au journal Le Monde en
1967, la suite de son œuvre théâtrale après Une saison au Congo : « Je conçois
cette œuvre que je fais actuellement comme un triptyque. C’est un peu le
drame des nègres dans le monde moderne. Il y a déjà deux volets du triptyque :
Le Roi Christophe est le volet antillais, Une saison au Congo le volet africain
et le troisième devrait être, normalement, celui des nègres américains, dont
l’éveil est l’événement de ce demi-siècle ». Ce que Césaire accomplira en écrivant
Une tempête en 1969, après La Tragédie du roi Christophe en 1963 et Une
saison au Congo en 1966.
En outre, Christian Schiaretti tient ici une parole donnée au collectif burkinabé
Béneeré avec lequel il a travaillé sur Une saison au Congo, non seulement
pour la création de la pièce en 2013 au TNP, mais aussi à l’occasion de séjours
en Afrique qui ont donné lieu à des tournées et à des stages. Or Aimé Césaire
est « l’homme du vouloir ensemble » comme le dit Daniel Maximin, « c’est-àdire
de l’engagement pour et par le collectif, tout au long de sa longue action
politique ».
Christian Schiaretti, en sympathie profonde avec Aimé Césaire pour qui le verbe
était « une arme miraculeuse » retrouve ainsi « l’union éclatante du politique et
de la poésie ».