« Le vivant est toujours plus vaste que la raison. Et c’est une bonne nouvelle. »
Si la phrase imprimée en lettres capitales sur la première page de couverture
de la plaquette de saison, constitue déjà un beau programme de théâtre pour
rendre compte du réel dans tous ses états, elle est aussi en étroite relation
avec la Bonne Nouvelle prêchée par les six néolibéraux « repentants » mis en
scène dans la pièce du même nom.
Guidés par un maître de cérémonie, figure christique autant que meneur de
show, cinq personnages, en quête d’eux-mêmes, viennent en effet rejouer
chaque soir dans une ville différente leur chemin de Damas. Telle est la fable.
Devant nous ils se livrent et se délivrent. Ils ont cru dans le capitalisme puis
ont cessé d’y croire. Et c’est bien ce régime de croyance que Benoît Lambert
et François Bégaudeau entendent interroger. Cette saisie par l’intime n’est
pas seulement une ruse dramaturgique pour donner chair et vie à des enjeux
économiques et politiques : elle répond aussi à leur conviction profonde que
les déterminations idéologiques passent avant tout par les affects.
« On peut faire théâtre de tout » disait Antoine Vitez. Et de fait, sont entrés
dans le champ du théâtre contemporain, depuis Michel Vinaver notamment,
des sujets explicitement actuels et sociétaux (le problème de la dette, la faillite
de la banque des Lehman Brothers, le monde de l’entreprise, le rapport au
politique), etc. Benoît Lambert, tout en mettant en scène parallèlement aussi
des textes classiques, a été un des premiers à s’inscrire dans ce courant en
imaginant dès 1999 un feuilleton théâtral Pour ou contre un monde meilleur.
La Bonne Nouvelle en est le dixième et dernier épisode. C’est aussi, après La
Grande Histoire et La Devise, son troisième compagnonnage avec l’auteur
François Bégaudeau...