« Un étrange projet, moins une piece que des plages de texte, une sorte
de poème. Allez, le mot est lancé : une logorrhée… ». Ces mots de Jean-Luc Lagarce, à propos de sa propre pièce, J’étais dans ma
maison et j’attendais que la pluie vienne, nous invitent à imaginer un spectacle
singulier, ancré dans une esthétique littéraire, et ouvert par ce titre narratif sur
un paysage quotidien et mélancolique.
Écrite en 1994 entre Juste la fin du monde et Le Pays lointain, cette pièce
constitue le deuxième opus d’une trilogie testamentaire dont les thèmes se
répondent et font écho à la vie de leur auteur.
Ce dernier, mort trop tôt en 1995 à l’âge de trente-huit ans, écrivait déjà bien
avant d’être malade sur les thèmes de la famille, de la disparition et du retour
du fils. En tête des auteurs contemporains les plus joués en France comme
à l’étranger, il joua et monta lui-même de nombreuses pièces d’autres auteurs.
C’est pourtant bien après sa mort que l’on a célébré et traduit son œuvre prolixe,
grave et légère, riche d’une langue ciselée et musicale qui réinvente les genres,
les registres et les tons, publiée exclusivement aux Solitaires Intempestifs, maison
d’édition qu’il fonda avec François Berreur.
J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne met en scène trois
sœurs, la mère et l’aïeule, qui ont attendu longtemps l’unique homme de la
famille : le frère, le fils. Elles sont sous le choc de son retour. Endormi, évanoui
ou mort, lui n’apparaît pas mais constitue l’unique sujet de la parole des
femmes. Chacune le « reconstruit » à sa manière, avec ses souvenirs, éparpillés
dans les voluptes de paroles ressassées, dans les vibrations de silences
cadencés.
Chloé Dabert, dans sa mise en scène, s’est attachée à restituer la dimension
chorale de ce texte, tout en s’appropriant la complexité dramaturgique du style
de Lagarce. Les propositions pédagogiques de ce dossier viseront une approche
réflexive, active et créative en s’appuyant sur le texte, sur sa mise en scène
et sur ses résonances.