Chloé Dabert est la cofondatrice de la compagnie Héros-limite et a, au fil de
plusieurs créations, rassemblé autour d’elle une équipe – acteurs mais aussi
créateurs son, lumière, vidéo, costumes – avec laquelle se développe un langage
esthétique collectif. Jusqu’à présent, ce sont des textes contemporains
qu’elle a choisi de monter avec ces collaborateurs, en particulier ceux de
Dennis Kelly, dont elle apprécie le travail du rythme dans la langue et la capacité
à renouveler son écriture pour chaque texte. C’est en effet sur la langue de
l’auteur qu’elle fonde son travail, comme elle l’a fait à la Comédie-Française
pour J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne de Jean-Luc
Lagarce.
Pour le Festival d’Avignon 2018, elle met en scène pour la première fois un texte
du répertoire classique : Iphigénie de Racine. Amoureuse des écritures musicales
et techniques, la metteure en scène s’attaque aux alexandrins de Racine.
Elle dit vouloir donner à entendre leur musique et leur rythme par une approche
du texte comme partition qui permet à l’acteur de créer du jeu.
Iphigénie, qu’elle voit plutôt petit soldat que victime, est une jeune fille pure et
courageuse qui affronte l’oracle cruel qui pèse sur son destin. Cet oracle soumet
tous les personnages et permet de mesurer le poids de l’ambition, de la
lâcheté des humains. Les oracles et le sacrifice parlent aussi du fanatisme de
quelques-uns qui, au nom d’un dieu, d’une parole divine, interfèrent dans la vie
d’une personne, d’une famille, d’un groupe social.
Dans ce dossier, il sera question de découvrir le mythe d’Iphigénie, de se familiariser
avec la langue de Racine, de réfléchir aux notions d’oracle et de sacrifice.
Après la représentation, il s’agira d’analyser les choix de la mise en scène,
la façon dont Chloé Dabert fait résonner le mythe aujourd’hui, de comprendre
les ressorts de chacun devant le dilemme auquel fait face Agamemnon.