Peut-on en finir avec les classiques ? Et s’il arrivait qu’ils nous rattrapent ? S’ils
se nichaient dans l’épaisseur des œuvres contemporaines, s’ils en composaient
la strate première ? C’est ce que tend à nous faire penser la démarche
de Célie Pauthe : celle d’une rencontre avec un texte et un court-métrage de
Duras, comme élément déclencheur d’une nouvelle mise en scène, d’une redécouverte
du texte racinien et du personnage de Bérénice.
Se demander si plutôt que d’unité de temps et de lieu, il ne faudrait pas parler
de superposition des temps et des lieux. Si l’œuvre créée au plateau était la
nouvelle couche d’un palimpseste : un même support sur lequel on ne cesse de
réécrire, à différentes époques. Une metteure en scène au xxie
siècle apprécie
un court-métrage du xxe
siècle et un texte du xviie
siècle lesquels, derrière des
images du Paris d’aujourd’hui, avec ses œuvres contemporaines et historiques,
évoquent une intrigue entre un homme et une femme, dans l’Antiquité, entre
Rome et Césarée. Strates et sédimentation des époques, des lieux mais aussi
des genres : matière historique, tragédie classique, poème en prose, courtmétrage,
mise en scène. Remonter le temps, se charger de tous les temps.
Ce dossier propose d’explorer les strates du projet de Célie Pauthe en se
confrontant à la richesse de sa matière originelle (court-métrage et textes),
à sa transposition en langages de plateau, aux échos et croisements avec
d’autres images de Bérénice et se propose, encore, d’explorer les questionnements
et images que la mise en scène de l’œuvre de Racine suscite de nos
jours. Les pistes de travail sont nombreuses, aussi chaque enseignant choisirat-il,
en fonction de son propre projet de travail avec ses élèves, ses entrées.