
Utiliser le renforcement positif pour augmenter la motivation
- Repenser la communication avec l'élève
Description
L’adaptation consiste à restaurer chez l’élève les besoins de bien-être, d’appartenance et de relation au groupe grâce au renforcement positif, et à permettre à l’enseignant de choisir son terrain de rencontre duelle avec l’élève.
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Trois types de besoins servent de base à cette adaptation :
Besoin de bien-être : tout individu se construit mieux sur une base de bien-être que sur un sentiment de mal faire ou d’échec. Il est important de trouver des manières d’aider les élèves à augmenter leur sentiment de compétence. Le renforcement positif en est une.
Besoin d’appartenance : le sentiment d’appartenance commune est indispensable à l’inclusion. Ce sentiment passe par l’utilité sociale dans la classe et l’école, et la reconnaissance par ses pairs d’être un élément positif du groupe. Le renforcement positif aide les membres du groupe à se reconnaître et permet d’éviter les situations d’exclusion ou d’auto-exclusion.
Besoin d’interactions duelles avec l’adulte : certains élèves ont particulièrement besoin d’un rapport duel avec l’enseignant. Or le plus souvent les situations de réussite, en classe, sont invisibles et passées sous silence. La seule façon d’être en relation duelle avec l’adulte est alors d’être en très grande situation de réussite… ou d’échec. Les élèves qui ont besoin de ce rapport duel vont le rechercher, en groupe, à n’importe quel prix, y compris celui de la transgression. Le fait que ce rapport duel existe devient alors plus important que la nature même de l’échange (« qu’importe que mon enseignant me sanctionne tant qu’il me parle »).
Il s’agit donc de privilégier :
- toute situation qui permettra de féliciter l’élève ;
- toute situation que l’élève apprécie ;
- toute situation qui permettra de mettre l’élève en situation de réussite ;
- toute situation qui aidera l’élève à construire une image positive de lui-même ;
- toute situation qui permettra à l’élève d’accomplir une tâche sociale utile pour la classe ou l’école, y compris avec une aide adaptée ;
- toute interaction entre l’élève et l’enseignant… à ce dernier de choisir de placer celles-ci en terrain positif. Ce faisant l’enseignant répond alors au besoin de certains élèves d’une relation duelle régulière, mais il choisit son terrain de rencontre : celui des félicitations. Il cherche à repositionner la relation en la faisant sortir du cercle relationnel de la « transgression-sanction » traditionnellement utilisé par certains élèves pour entrer en relation duelle.
Ce renforcement positif passe également par des commentaires positifs écrits ou verbaux et des systèmes d’encouragements. Le choix de tâches qui peuvent être réussies permettra aussi de mettre l’élève en situation de valorisation dans ses apprentissages. L’aider à remobiliser son attention par un petit geste convenu avec ce dernier ou par un placement stratégique selon l’endroit où il se trouve en classe ou au sein du groupe peuvent également être des leviers pour l’enseignant.
Pour que cette adaptation fonctionne il est impératif d’équilibrer les interactions positives et négatives, et de faire en sorte qu’il y ait plus d’interactions positives (on parle de « déséquilibre vers le positif »).
Il peut être intéressant de déterminer un geste de félicitation (traditionnellement, un pouce levé) de manière à pouvoir féliciter de loin, en silence, discrètement ; ou tout simplement pour renforcer le discours de félicitation.
La mise en place d’un tutorat avec un membre de l’équipe pédagogique ou éducative permettra également de valoriser de manière déterminée dans le temps les avancées et les points à améliorer. Ceci permet une pratique d’auto-évaluation par l’élève, en le mettant dans une démarche d’acteur de son parcours scolaire, tout en valorisant ses progrès.
Le comportement de l’adulte a aussi valeur d’exemple : les élèves auront tendance à imiter l’adulte et à considérer eux aussi positivement un pair si l’enseignant le fait.
Règles de base
- Ne jamais attendre pour féliciter un élève qui réussit, même et surtout si c’est peu fréquent.
- Proposer à l’élève des situations dans lesquelles il peut réussir et il lui est possible de se projeter comme en état de réussite (l’un n’étant pas toujours synonyme de l’autre).
- Être clair et le plus possible invariant : de manière générale, d’un jour à l’autre, et particulièrement si les félicitations ont lieu dans le cadre d’un contrat.
- Éviter la personnalisation.
- Les félicitations doivent être aussi explicites et descriptives que possible afin d’avoir également un rôle de notice sociale, et ce quel que soit l’élève de la classe à qui elles sont adressées.
- On ne fait que féliciter : pas d’ajout du type « c’est dommage que tu fasses aussi » ou de rappel d’un comportement incorrect.
- Ne pas hésiter à féliciter le temps d’effort, et ce y compris lorsqu’il n’est pas (encore) associé à une réussite au niveau de l’apprentissage en jeu.
- Ne jamais hésiter à stopper les temps, de travail ou autre, en félicitant, avant les débordements comportementaux habituels (donc en raccourcissant les temps de travail pour pouvoir uniquement les clore par des félicitations).
- Faire preuve d’une fermeté bienveillante, qui intègre le fait que l’enfant subit lui-même ses maladresses, ses symptômes d’inattention et son impulsivité qu’il ne maîtrise pas. Cela lui donnera les clefs qui lui permettront d’identifier les situations qui posent problème, et lui apprendra progressivement à modifier les agissements ou les réactions qui le placent en situation d’échec, d’isolement ou de rejet.
Éléments de cadre
Les situations doivent être réfléchies au préalable afin d’y inclure un minimum de cadre et de « balises » sociales. La répétition d’échecs endommage les possibilités futures de réussite.
Dans un premier temps, certains élèves peuvent réagir de manière agressive lorsqu’on les félicite, ce qui ne doit ni décourager l’adulte ni lui faire modifier sa ligne de conduite.
Il est plus facile pour l’élève d’avoir un temps prédéterminé (et rituel, adapté à ses possibilités) au bout duquel il a rempli son « contrat » d’effort. C’est également plus simple pour l’enseignant, car attendre c’est prendre le risque d’arriver au point où la situation se dégrade. Il est alors plus difficile de trouver comment féliciter.
Il peut être intéressant, parfois, d’éviter une interaction négative en pratiquant l’ignorance intentionnelle. C’est possible à la condition d’intervenir rapidement ensuite auprès de l’élève concerné en le félicitant sur quelque chose. En effet, le manquement à une règle peut être le signal que l’élève a besoin d’une relation duelle, et le travail consiste alors pour l’adulte à choisir le terrain de cette rencontre : en l’occurrence éviter la remarque désobligeante pour au contraire atterrir sur le terrain du renforcement positif. À terme, l’élève va apprendre à rechercher cette relation duelle sur ce terrain positif d’abord (à nous ensuite d’y être attentif, les recherches de relations duelles sur le terrain du positif étant souvent plus discrètes). Attention l’ignorance intentionnelle n’est pas toujours possible, elle est à utiliser avec précaution.
Ne pas hésiter à rechercher ce qui est correct et donc ce qui appelle à félicitations, y compris dans des situations difficiles, conflictuelles, d’échec d’apprentissage… le correct est la base de la (re)construction.
Éviter avec soin de personnaliser le correct : on évitera les « je suis content de toi » et autres marques personnelles qui viendraient déséquilibrer la relation aux apprentissages. La recherche d’éléments positifs à attribuer sera, un travail possible pour l’ensemble du groupe.
Exemples d’ignorance intentionnelle :
- L’enseignant signale qu’il est temps de ranger. Chacun s’active et P., lui, commence au contraire à déranger un espace qui était ordonné. L’enseignant l’observe discrètement et interpelle son élève alors qu’il traverse la classe, une poignée de feutre à la main : « P., les feutres se rangent là-bas, viens ! ». Cette interpellation se fait en douceur, avec le sourire. L’adulte feint donc de ne pas savoir que P. vient justement de prendre ces feutres qui étaient rangés. Il accompagne son élève pour replacer les feutres et le félicite. Ensuite, il lui assigne une autre tâche de rangement simple et le félicite de nouveau lorsque celle-ci est effectuée (tâche à réaliser éventuellement avec l’aide d’un adulte, si la réussite le nécessite).
- L’enseignant fait mine de ne pas entendre H. qui vient de parler sans lever le doigt. Il interroge un autre élève qui attend, la main levée. Il le félicite de manière très explicite : « K., tu lèves le doigt, tu attends, tu ne dis rien, c’est parfait, il est possible de te donner la parole. » Dès que K. a terminé, l’enseignant se tourne vers H. Celle-ci a entre-temps rectifié son attitude. L’enseignant l’interroge en la félicitant elle aussi, de cette même manière très explicite.