
Repenser la communication avec l’élève avec des troubles des fonctions auditives
- Repenser la communication avec l'élève
Description
Pour une bonne communication avec l’élève sourd ou malentendant, il faut prendre certaines dispositions pour éviter incompréhensions, malentendus ou contresens. La mise en place d’indices visuels (gestualité, supports visuels…) facilitera la communication avec l’élève et lui évitera une trop grande fatigue.
En savoir plus
Le comportement de l’élève sourd ou malentendant ne diffère pas vraiment de celui des élèves entendants. Il agit souvent par mimétisme, fait comme ses camarades, développe des capacités de compensation. L’enseignant a parfois tendance à oublier cet élève, certes un peu particulier. La surdité ne se voit pas, mais elle se révèle à travers l’utilisation de la voix, l’articulation, des expressions souvent inhabituelles, mais qui, généralement, ne posent pas de problèmes dans la gestion de classe.
Les aides techniques et technologiques sont des appuis auditifs pour l’élève sourd ou malentendant scolarisé en classe ordinaire. Mais plusieurs paramètres entrent en jeu dans la communication : compréhension-réception, expression, estime de soi, émotions...
On parlera ici d’élèves sourds ou malentendants dont la scolarisation est individuelle avec ou sans un accompagnement spécifique dans une classe ordinaire et dont la surdité peut avoir un impact sur l’apprentissage du français oral et écrit. Dans le cas de l’inclusion individuelle d’un élève signant (s’exprimant en langue des signes française) dans une classe ordinaire, il est conseillé de prévoir des activités régulières avec des pairs sourds, afin de limiter le risque d’isolement voire d’exclusion et d’appauvrissement de la langue.
Dans le cas d’élèves sourds ou malentendants dont la scolarisation est collective dans un établissement scolaire fléché en pôle d’enseignement pour les jeunes sourds (PEJS), ces élèves peuvent participer à des activités en inclusion, il est donc conseillé de se rapprocher des personnels spécialisés pour identifier leurs besoins spécifiques.
Référence textes officiels sur le site de ministère de l’Éducation nationale.
Domaine 1. Les langages pour penser et communiquer
Communication réceptive orale et non verbale (orale = vocale)
La situation de communication réceptive exige une grande attention pour un élève sourd ou malentendant : lecture labiale, attention auditive, suppléance mentale. Il importe de prendre en compte la fatigabilité conséquente. En effet, un élève sourd, même appareillé, perçoit la parole de manière incomplète ou déformée. L’appareillage n’est pas le gage d’une audition normale.
La lecture labiale associée à la suppléance mentale lui permet, certes, de compléter l’information auditive. Mais cela lui demande des efforts soutenus, et les capacités d’attention et de concentration des élèves sont très variables. Lorsque l’élève décroche, c’est souvent parce que son état de fatigue ne lui permet plus de suivre.
Les bruits ambiants, bruits visuels (élèves qui passent devant lui, par exemple) et sollicitations diverses sont aussi des éléments de décrochage et de fatigabilité importants.
Donner à voir
En maternelle
- Faciliter le recours à la lecture labiale : elle ne garantit pas l’accès aux énoncés, et ne doit pas être considérée comme suffisante, mais elle constitue un appui nécessaire à l’élève.
- Porter une attention à la place de l’élève : en face de l’enseignant et de façon à voir les autres élèves.
- Attirer l’attention de l’élève, pointer le support visuel dont vous parlez, lui laisser le temps de regarder ce qu’on lui montre avant d’en parler pour qu’il puisse s’appuyer sur la lecture labiale.
- Mettre en place le maximum de supports visuels : emploi du temps en photos avec un repère déplacé en fonction du déroulé de la journée. L’élève saura ainsi ce qui va se passer.
- Avoir les photos des différents lieux pour anticiper les déplacements.
- Avoir les photos des différents adultes de l’école pour pouvoir montrer de qui on parle.
- Avoir recours à un imagier si besoin.
- Utiliser un trombinoscope des élèves pour faire l’appel ou demander à l’élève appelé de se lever.
- Afficher les photos ou les étiquettes des élèves présents sous une photo de l’école ; les absents sous une photo de maison ou immeuble (selon l’habitat local).
- Utiliser des pictogrammes pour les ateliers, pour les rituels (météo, émotions).
- Expliciter les ateliers en grand groupe en montrant, puis lui redonner la consigne en individuel si besoin.
Regarder le locuteur
Modalités d’adaptation
- Veiller à la place de l’élève dans la classe.
- Vérifier que l’élève sourd ou malentendant est dans de bonnes conditions de réception : placement dans la salle (voir avec l’élève si une place dans les 3 premiers, au centre ou au contraire sur le côté, est judicieuse). À partir de la fin du cycle 2, si on le sollicite, l’élève est en capacité d’analyser ses besoins et d’exprimer ses préférences.
- Garder toujours à l’esprit que les performances en lecture labiale, les capacités de concentration et d’attention sont très variables.
Comprendre une consigne orale y compris en contexte bruyant
Modalités d’adaptation
- Éviter autant que possible les contextes bruyants.
- Attirer l’attention de l’élève par un geste avant de s’exprimer.
- Parler en face de lui sans tourner la tête, veiller à ce que le visage soit bien éclairé (luminosité suffisante, pas de contrejour).
- Parler sans crier et sans articuler exagérément mais en restant expressif, supplémenter la parole avec des gestes et mimiques.
- Laisser le temps à l’accompagnant s’il y en a un (AESH, interface, interprète) de reformuler les propos du locuteur.
- Écrire les consignes au tableau, et les séquencer en utilisant des couleurs ou des indications visuelles, en entourant les mots clés.
- Écrire éventuellement un exemple de réponse.
- Matérialiser les informations (notes au tableau ou écriture sur ordinateur en vidéo-projection), ajouter des aides visuelles, des codes couleurs.
Maintenir son attention en travail collectif
Modalités d’adaptation
- Veiller au tour de parole dans les échanges entre élèves, faire venir l’élève qui s’exprime au tableau afin que l’élève sourd le visualise (sinon l’enseignant doit reformuler ce qui a pu échapper à l’élève sourd).
- Si l’accompagnant reformule les propos, laisser le temps à l’élève sourd ou malentendant de les intégrer.
- Accompagner sa parole de mimiques et de gestes : un visage expressif est redondant et confirme l’information potentiellement comprise par l’élève sourd ou malentendant.
- Prendre appui sur des modalités écrites et visuelles : étayer le langage oral par l’image : écrire des mots clés, indiquer des codes visuels, construire une carte heuristique au fil des échanges…
Si l’incompréhension est liée à un manque de références culturelles ou de connaissances :
- Proposer un temps individuel avec l’enseignant (temps APC par exemple) ou un temps spécifique avec l’accompagnant.
- Collaborer avec le service de soins (orthophoniste par exemple) et avec les familles.
Communication expressive orale (orale = vocale)
En situation de communication expressive, il importe de connaître et de prendre en compte les potentialités de l’élève sourd ou malentendant, celles-ci étant très variables (âge, motivation, maîtrise de l’oral, intérêt, état de fatigue…) et indépendantes de ses capacités de compréhension.
L’enseignant doit être attentif au comportement de l’élève sourd ou malentendant. Il ne doit pas laisser s’installer des sentiments de frustration, de blocage et de dévalorisation. L’élève sourd ou malentendant peut vouloir s’exprimer sans y parvenir, et ce pour diverses raisons : pauvreté lexicale, difficultés d’élocution, manque de confiance…
Il faut prendre en compte le choix de communication de l’élève. Parfois les parents font le choix d’une communication orale. Mais le choix de l’élève peut être autre et se porter sur une communication en LSF. Il faut être attentif aux stratégies de communication de l’élève, afin d’envisager une éventuelle évolution du projet et de répondre aux besoins exprimés sans contraindre l’élève.
L’enseignant référent de scolarisation peut apporter des éléments sur les choix effectués dans le parcours de l’élève.
S’exprimer verbalement et intelligemment – Respecter l’ordre des mots dans la phrase
Modalités d’adaptation
- Être bienveillant.
- Accepter le fait que les réponses soient brèves, ne pas stigmatiser l’élève.
- Ne pas interrompre l’élève sourd ou malentendant lorsqu’il s’exprime (valoriser plutôt le fait qu’il ait pris l’initiative).
- L’autoriser à s’exprimer avec son corps, à utiliser le pointage, à « gestualiser » ou à signer (s’il connaît quelques signes).
- Privilégier le fond à la forme : ne pas corriger systématiquement, mais proposer une reformulation sans les erreurs de syntaxe.
- Reformuler ce que l’élève a voulu dire (ou faire reformuler par un camarade) en lui demandant de valider si c’est bien cela qu’il a voulu exprimer.
- Proposer à l’élève de s’exprimer avec une modalité écrite ou visuelle.
- Si l’élève a un accompagnant, lui laisser le temps de préparer sa réponse avec lui.
Rester dans le contexte de la discussion
Modalités d’adaptation
En mettant en place les modalités décrites dans ce document, s’assurer que l’élève sourd ou malentendant :
- a accès à la discussion (réception/compréhension) et qu’il en saisit les enjeux ;
- a des connaissances sur le contenu : son niveau d’expérience vécue lui permet d’apporter des éléments en lien avec la discussion ou les échanges ;
- est suffisamment sûr de lui pour s’exprimer oralement dans un contexte de discussion.
Si ces conditions ne sont pas réunies, adapter le degré d’exigence et les critères d’évaluation quant à la participation de l’élève sourd ou malentendant dans la discussion.
L’élève sourd ou malentendant peut se sentir en difficulté lorsqu’il doit échanger sur des thèmes qui ne lui sont pas familiers :
- soit il ne les connaît pas ;
- soit il les connaît mais ne s’y intéresse pas car il n’a pas compris leur intérêt.
Accepter d’échanger en dehors de ses centres d’intérêt
Modalités d’adaptation
Collaborer avec les parents ou le service de soins pour que soient proposées à l’élève des activités autres que celles en relation avec ses centres d’intérêt, afin d’éveiller sa curiosité et de lui permettre de faire de nouvelles expériences.
Domaine 3. La formation de la personne et du citoyen
Favoriser l’estime de soi – Avoir confiance en soi
Pour que l’élève s’investisse dans la communication, il est primordial qu’il ait confiance en lui. Pour cela, tout au cours de sa journée à l’école, il doit se sentir investi d’un statut d’élève comme les autres.
Modalités d’adaptation
- Établir des relations directes avec l’élève sourd ou malentendant sans passer par l’accompagnant. L’élève sourd ou malentendant a besoin, comme tout autre élève, de se sentir reconnu par l’enseignant.
- Mettre en place des entretiens réguliers avec l’enseignant et l’accompagnant pour évaluer avec l’élève ses réussites (pour le valoriser) et ses difficultés (pour y remédier en tenant compte des propositions de l’élève).
- Éviter de déléguer systématiquement à l’accompagnant une mission de répétition et/ou de reformulation, afin que l’élève sourd ne se sente pas exclu et isolé du groupe.
- Penser à des actions de citoyenneté où l’élève sourd sera chargé d’un rôle important (exemple : délégué d’élèves).
- Envisager avec les partenaires (services de soins) des regroupements d’élèves sourds pour briser l’isolement et permettre des temps d’échanges entre jeunes.