
Oser la prise de parole en Langue vivante étrangère (LVE)
- Adaptation du langage écrit et oral
Description
Étant donnée la difficulté que représente la construction spontanée d’un énoncé cohérent en LVE, il est essentiel de proposer aux élèves dyslexiques des étapes très progressives pour sécuriser leurs prises de parole. Pour ce faire, voici deux dispositifs : la baladodiffusion et les petits groupes de tutorat.
En savoir plus
La baladodiffusion et les petits groupes de tutorat sont deux dispositifs conçus pour offrir des situations d'entraînement sécurisantes à la production orale en LVE. Tous les élèves peuvent en bénéficier mais ils ciblent avant tout les besoins spécifiques des élèves porteurs de troubles du langage.
La baladodiffusion
Pour un élève dyslexique, l’acquisition d’une LVE passe par les étapes suivantes :
- d’abord devenir capable de discriminer, identifier et reproduire des sons ;
- ensuite acquérir les mots en leur donnant un sens ;
- enfin combiner ces mots pour faire des phrases et atteindre le niveau du « discours ».
Autrement dit, c’est tout le contraire de ce qui se passe dans certaines classes où des élèves nullement préparés doivent, lors de leur première leçon d’anglais, entendre, comprendre et reproduire une première suite de sons telle que Good morning. How are you?
Le recours à la baladodiffusion peut être tout à fait pertinent pour accompagner l’élève dyslexique vers une prise de parole en continu. Cet outil numérique apporte souvent une réelle plus-value grâce au retour possible sur production. C’est ainsi, qu’in fine, il permettra de développer la confiance en soi. Les apports majeurs de la baladodiffusion sont la dédramatisation de l’oral et la prise de distance de l’élève par rapport à sa propre production. En phase de production orale, l’élève est à même de faire des « galops d’essai », de se reprendre et de s’enregistrer seulement lorsqu’il jugera qu’il est arrivé au degré maximum de la qualité de son expression orale.
La prise de parole par l’élève dyslexique devra être précédée d’exercices de prononciation et de répétition. La baladodiffusion peut le permettre : il suffira que l’enseignant télécharge quelques mots, quelques énoncés sur des logiciels comme From Text to Speech et les dépose sur le MP3 de l’élève. Ce dernier pourra ainsi les écouter à volonté et à son rythme, en classe ou à la maison.
La prise de parole peut également être préparée en amont à l’écrit et faire ensuite l’objet d’un entraînement à la lecture. Un logiciel comme Natural Readers (NaturalReader) permettra cet entraînement : l’élève écoutera le modèle phonologique et prosodique proposé pour essayer ensuite de l’imiter.
Une fois ces étapes réalisées, l’élève va pouvoir procéder à l’enregistrement de sa prestation orale sur le MP3. Cet enregistrement, qui permet d’éviter le stress lié à l’écoute directe des camarades de classe et de l’enseignant, peut se faire en plusieurs étapes en respectant le rythme de l’élève. Si nécessaire, ce dernier profite ainsi des exercices d’écoute, de répétition et d’entraînement à la lecture réalisés précédemment. À l’écoute de ce premier enregistrement, l’enseignant pourra proposer une éventuelle fiche de remédiation comportant des conseils d’amélioration (lexique, syntaxe, prononciation, etc.), fiche qui permettra à l’élève de poursuivre son travail et de procéder à un nouvel enregistrement. Ces aller-retours pourront se poursuivre jusqu’à ce que la prise de parole corresponde aux attendus de l’enseignant.
Les petits groupes de tutorat
La recherche dans le domaine de l'éducation a montré l'impact positif sur les apprentissages du travail coopératif entre élèves. Les petits groupes de tutorat en sont une déclinaison :
- d’une part ils constituent une pratique de classe qui vise à enrichir le potentiel d'apprentissage de tous les élèves : elle bénéficie en effet à ceux qui sont académiquement plus fragiles puisqu’ils obtiennent de l'aide d'élèves disposant de plus d'expertise, mais elle profite également aux tuteurs qui y trouvent l'occasion d'approfondir leurs connaissances et de consolider leurs compétences (cf. Sylvain Connac, La personnalisation des apprentissages. Agir face à l’hétérogénéité à l’école et au collège, ESF, 2012, p.109-111) ;
- d'autre part les petits groupes de tutorat offrent un cadre de travail sécurisant pour désinhiber la parole en LVE parce que le faisceau des regards qui se posent sur l'élève peu confiant ou en difficulté est réduit à ceux de trois ou quatre camarades, le professeur lui-même se tenant à l'écart.
Contrairement aux adaptations couramment utilisées pour soutenir les apprentissages des élèves porteurs d'un trouble du langage, tels la dispense de prise de note, les documents adaptés ou le 1/3 temps en évaluation, adaptations qui peuvent être vécues comme stigmatisantes par ceux-là mêmes qui en sont les bénéficiaires, l'intervention pédagogique adaptative mise en œuvre au moyen des petits groupes de tutorat est invisible parce qu'elle est « universelle » : elle s'applique à l'ensemble de la classe tout en prenant en compte les besoins éducatifs particuliers des élèves.
La prise de parole en LVE ne s'improvise pas. Elle nécessite un entraînement régulier, systématique et progressif qui peut aller de la répétition à l'identique, d'exercices de drills, de productions dirigées d'après modèle, de dialogues à la prise de parole en continu spontanée. Or :
- d'une part les professeurs ne disposent que de très peu de temps de cours pour entraîner leurs élèves à la production orale car les programmes sont denses et les compétences langagières à développer multiples et complexes ;
- d'autre part tous les élèves ne savent pas, ou ne peuvent pas, s'entraîner à la production orale à la maison.
Donc, sans la mise en place d'un dispositif pédagogique spécifique, de nombreux élèves risquent de ne pas bénéficier de suffisamment d'entraînement. Ceci est encore plus vrai pour les élèves présentant un trouble du langage parce qu'ils ont besoin de plus de temps et d'accompagnement que leurs camarades pour construire leurs compétences langagières. La pratique des petits groupes de tutorat permet d'offrir à tous les élèves la possibilité de s'entraîner intensivement, en même temps, à l'oral en classe de langue. Une fois les élèves bien entraînés à ce type d'activité, le professeur peut y avoir recours fréquemment, dès que l'objectif pédagogique de sa séance cible le développement de la compétence de production orale. Il n'est pas nécessaire d'y consacrer plus de cinq à dix minutes à chaque fois.
Procédure
Après que le professeur a présenté le contenu langagier sur lequel il souhaite entraîner ses élèves, il demande des volontaires pour être tuteurs. Ces tuteurs sont des meneurs de jeu. Ils peuvent être testés avant de commencer l'activité : le professeur vérifie qu'ils savent produire l'énoncé en continu ou les lignes du dialogue, qu'ils ont compris le modèle de phrase à transformer, qu'ils savent prononcer les mots à répéter, etc. Les tuteurs animent des groupes de 2 à 4 élèves. Ce sont eux qui gèrent l'entraînement de leurs camarades, en les faisant répéter, en les corrigeant, en répondant à leurs demandes d'éclaircissement. Le professeur tourne dans la salle, gère le niveau sonore ou vérifie le respect des règles du travail en groupe. Il ne donne son aide qu'aux tuteurs, c'est-à-dire qu'il n'intervient pas directement dans leur mission de soutien à leurs camarades. L'exactitude des énoncés produits n'est pas ici le but recherché. La priorité est de désinhiber la parole. En conséquence, il vaut mieux que le professeur s'abstienne d'intervenir pour corriger les inexactitudes, les erreurs, les confusions, sauf celles du tuteur, et seulement si nécessaire, ou si celui-ci le demande. Sa présence doit être discrète pour que les élèves ne soient pas intimidés et qu'ils aient l'envie et le courage de prendre des risques car, sans prise de risque, il n'y a pas d'apprentissage possible. En revanche, il peut intervenir auprès du tuteur pour l'aider à améliorer sa réponse aux demandes d'aide des élèves que celui-ci a la charge d'entraîner.
Remarque
La pratique de travail en petits groupes en classe de langue ne s'improvise pas. Il faut y entraîner les élèves car il y a des règles de conduite et de participation à respecter pour produire un travail commun de qualité. L'entraînement au travail en petits groupes, quel que soit le type d'activité proposé, peut prendre de une à deux séances, voire plusieurs semaines, tout dépend du public d'élèves et de leur âge, du degré de confiance qu'ils accordent à leur professeur et du degré de maîtrise en gestion de classe de ce dernier.