La scolarisation de l’élève qui bégaie ou qui bredouille

Niveau : 1er degré  2nd degré 
Types de besoins :
  • Adaptation du langage écrit et oral
  • Repenser la communication avec l'élève

Description

Le bégaiement et le bredouillement sont des troubles de la fluence verbale ; l’élève est gêné dans son expression orale et ne parvient pas à parler comme il le souhaiterait. Ces troubles ont des répercussions directes sur la vie scolaire. Comment les repérer et quels aménagements mettre en place pour les élèves qui vivent cette difficulté ?


En savoir plus

Au cours de leur scolarité, environ 8 % des enfants connaissent des troubles de la fluence. Ces troubles sont pourtant largement méconnus et leurs manifestations souvent difficiles à identifier. Pour l’élève qui bégaie ou qui bredouille, les accidents de parole peuvent apparaître à tout moment de façon imprévisible, ce qui l’amène à redouter les situations de communication orale, souvent traumatisantes. Il préfère souvent ne pas répondre ou prétendre qu’il ne sait pas par peur de bégayer. Si rien n’est fait pour l’aider, il développe un sentiment de honte, son estime de lui diminue et il perd progressivement confiance dans sa capacité à communiquer verbalement.

Reconnaître les manifestations du bégaiement

Ce sont le plus souvent des répétitions de mots et de syllabes, des blocages ou des prolongations de sons.

L’effort fourni par l’élève qui bégaie pour parler est caractéristique : il force sur les mots pour qu’ils sortent.

Ces efforts peuvent s’intensifier au point de donner lieu à des mouvements incontrôlés au niveau du visage ou du corps (contractions, grimaces, mouvements des bras ou des jambes…).

Le bégaiement est fluctuant : il peut être présent ou non en fonction des situations (lecture à haute voix, récitation, parole spontanée…), des interlocuteurs – et de leur nombre – ou de l’état de la personne (excitation, stress, fatigue…).

Dans d’autres cas, le bégaiement peut passer inaperçu du fait que l’élève a mis en place des stratégies pour éviter de bégayer. Lorsqu’il anticipe la venue d’un blocage, il remplace le mot concerné par un synonyme ou par une tournure de phrase différente. La parole devient alors peu précise, les propos s’emmêlent et le discours perd en clarté.

Pour certains élèves, la solution consiste à parler a minima, de façon à ce que le bégaiement passe le plus inaperçu possible. L’élève préfère parfois dire qu’il ne connaît pas la réponse plutôt que de parler en bégayant.

De meilleurs résultats à l’écrit qu’à l’oral peuvent être un signe d’alerte.

Reconnaître les manifestations du bredouillement

Ce qui est caractéristique est un débit de la parole anormalement rapide et irrégulier.

L’articulation est souvent imprécise, rendant la parole très difficile à comprendre. L’interlocuteur est gêné par le manque d’intelligibilité sans parvenir à identifier qu’il s’agit d’un réel trouble.

Du fait que ses propos sont confus, l’élève peut donner l’impression de ne pas savoir alors qu’au contraire, il connaît souvent bien la réponse.

Contrairement au bégaiement, il arrive fréquemment que la personne qui bredouille soit peu ou pas consciente de son trouble. Elle peut ne pas comprendre pourquoi les autres ne la comprennent pas et développer un manque d’assurance et de confiance en soi préjudiciables.

Agir rapidement

Tout au long de la scolarité, lorsqu’un élève présente des caractéristiques évoquant un bégaiement ou un bredouillement, il est important d’en discuter avec lui et sa famille et de leur suggérer de solliciter un avis médical.

Il est possible d’envisager la mise en place d’un PAP si cela s’avère nécessaire.

En classe, des adaptations dans les activités orales lui permettront d’améliorer sa communication et de reprendre confiance en lui en montrant ses réelles capacités.

À l’école maternelle

Le bégaiement apparaît entre l’âge de 2 ans et 5 ans dans 75 % des cas. Dès la grande section de maternelle, des moqueries peuvent débuter, ce qui peut marquer durablement l’élève en difficulté de parole. Il est important d’agir rapidement pour les faire cesser.

Comment réagir pendant l’échange ?

  • Parler plus lentement.
  • Favoriser le contact visuel en se mettant à la hauteur de l’élève.
  • Ne pas donner de conseils du type « calme-toi », « respire », « articule », etc.
  • Guider l’élève dans la réponse s’il n’arrive pas à s’exprimer (par exemple, lui poser des questions fermées ou simples appelant des réponses par « oui/non » ou des réponses courtes).
  • S’attacher au contenu des propos de l’élève et ne pas reprendre les erreurs de prononciation, de vocabulaire, de grammaire. Il est préférable de s’intéresser davantage à ce qu’il veut dire qu’à la façon dont il le dit.
  • Toujours rester dans l’échange.

Ces propositions peuvent être utilisées dans le cadre d’un PAP. Elles sont envisageables isolément, chacune étant à adapter en fonction des caractéristiques propres de l’élève et selon son âge.

Adaptations :

  • privilégier les situations où l’enfant est à l’aise dans la parole, notamment les comptines et les chansons récitées ensemble ;
  • accepter les modes d’expression spécifiques de l’élève (mots, gestes, dessins, mimes, ne pas forcer la parole en public, etc.) ;
  • proposer des supports visuels.

À l’école élémentaire, au collège et au lycée

En grandissant, l’enfant prend de plus en plus conscience de son bégaiement et commence à redouter les réactions de ses pairs. La peur de bégayer s’installe progressivement. Dès l’âge de 8 ans, l’enfant tente de mettre en place des stratégies pour ne pas bégayer. Or, plus il essaie de contrôler sa parole, plus le bégaiement se renforce. Les moqueries ou les mises à l’écart peuvent rendre la vie scolaire particulièrement douloureuse.

L’adolescence est un moment particulièrement délicat, le regard des autres prend beaucoup d’importance. La peur de bégayer amène l’élève à tenter de camoufler ses difficultés. Il évite les prises de parole, et lorsqu’il est interrogé, il peut masquer ses difficultés en s’interrompant, au risque de faire croire qu’il ne sait pas et obtenir ainsi des notes inférieures à celles qu’il mérite. L’élève ressent des sentiments de frustration, d’injustice et de dévalorisation de soi, voire de honte et d’exclusion.

Au lycée, l’appréhension des examens oraux s’intensifie. La difficulté pour l’élève de s’exprimer comme il le souhaite risque d’influer de façon négative sur les choix professionnels qu’il envisage.

Les professeurs ont un rôle essentiel à jouer tout au long de la scolarité de l’élève pour que ses difficultés d’élocution ne constituent pas un facteur de mise à l’écart et qu’il puisse s’épanouir.

Que faire ?

  • Sortir du « non-dit » : s’entretenir avec l’élève de son trouble et voir avec lui comment on pourrait en parler avec la classe, en donnant éventuellement la parole aux uns et aux autres à ce sujet. Cela peut aider l’élève à se sentir moins isolé et à se construire une image de lui positive et confiante.
  • L’amener à comprendre que l’on sent que c’est dur pour lui, qu’il n’est cependant pas bon d’essayer de cacher son bégaiement, et qu’il vaut mieux bégayer que se taire.
  • Obtenir que cessent les éventuelles moqueries à propos de la parole de l’élève. Par exemple, expliquer aux autres élèves ce qu’est le bégaiement ou le bredouillement, afin qu’ils puissent mieux le comprendre et respecter les différences de chacun. Proposer à l’élève de présenter lui-même son trouble à la classe s’il le souhaite.
  • Valoriser l’élève dès que l’occasion se présente, afin de lui redonner confiance en lui.
  • Privilégier les situations où il est le plus à l’aise.

Comment réagir pendant l’échange ?

  • Ne pas donner de conseils du type « calme-toi », « respire », « articule », etc.
  • Il est préférable de s’intéresser davantage à ce que veut dire l’élève qu’à la façon dont il le dit.
  • Demander au préalable à l’élève ce qui lui convient le mieux : le guider, proposer un mot, attendre, poser une question fermée.
  • Renforcer l’interaction communicative en favorisant le contact visuel, laisser du temps.
  • Relancer l’échange par des signaux d’écoute et d’encouragements (acquiescements, sourires…) ou par des verbalisations (« Je t’écoute… »). L’élève qui bégaie est particulièrement sensible aux signaux de réprobation, même discrets (froncements de sourcils, détournement du regard, soupirs d’impatience…).

Adaptations :

  • laisser la possibilité à l’élève de s’exprimer oralement ou non devant la classe, favoriser la prise de parole volontaire ;
  • exposés : proposer à l’élève – sans l’obliger – de participer comme les autres, éventuellement en binôme avec un autre élève. Proposer si besoin de présenter l’exposé pendant la récréation, devant quelques camarades qu’il choisit ;
  • lecture à haute voix : inciter à ralentir et à faire des pauses. Si l’élève est bloqué, l’aider en lisant en même temps que lui en sourdine et en diminuant progressivement cette aide. C’est très efficace. Même s’il bégaie, n’interrompez pas sa lecture tout de suite pour passer à un autre élève ;
  • langues vivantes : adapter le niveau d’exigence linguistique au niveau de la fluidité de parole de l’élève. Favoriser l’expression libre et plaisante, ne pas insister sur la prononciation ;
  • représentations théâtrales : ne pas hésiter à lui proposer un rôle sans le lui imposer. Il arrive que le bégaiement ne se manifeste pas quand la personne qui bégaie se met en scène.

Adapter l’évaluation :

  • accorder un temps majoré à l’oral, écouter l’élève en maintenant le contact visuel ;
  • ne pas pénaliser le défaut d’expressivité dû au bégaiement ;
  • privilégier les évaluations sur le mode écrit ;
  • convenir avec l’élève du moment et de quelle façon il préfère être interrogé à l’oral (depuis sa place, uniquement face à l’enseignant, avec la possibilité de marcher ou de bouger, après avoir été prévenu à l’avance, dans un certain ordre [en premier ou après]) ;
  • ne pas obliger l’élève à lire ou réciter dans certaines situations (à voix haute et/ou devant toute la classe et/ou le plus vite possible [en élémentaire]) ;
  • proposer des évaluations enregistrées en lecture à voix haute si l’élève se sent plus à l’aise comme cela.

Aménagement des examens :

  • les élèves qui présentent un trouble de la fluence verbale peuvent faire une demande d’aménagement de l’épreuve : majoration du temps de préparation ou de passation, autorisation de faire une courte pause, utilisation de l’écrit comme support complémentaire, afin de permettre au jury d’apporter une aide à la verbalisation, si l’expression est confuse ou bloquée.

Particularités concernant le bredouillement

Les lettres, sons et syllabes se télescopent dans la bouche de l’élève. Le débit étant trop rapide ou irrégulier, le discours devient peu intelligible. L’élève n’est en général pas conscient de son trouble, contrairement à celui qui bégaie. S’il se rend peu compte de son bredouillement, il peut se définir néanmoins comme un mauvais locuteur et ressentir de la peur et de la gêne.

Comme pour le bégaiement, lorsque l’élève présente des caractéristiques évoquant un bredouillement, il faut échanger rapidement avec sa famille et lui, puis les orienter vers un bilan orthophonique. Si le terme de bredouillement est posé, l’élève est souvent soulagé de pouvoir mettre un mot sur ses difficultés.

Comment réagir pendant l’échange ?

  • Ne pas donner de conseils du type « articule », « ralentis », etc.
  • Reformuler tranquillement ce qu’il vous dit pour l’amener à vous regarder et à ralentir.
  • Proposer des hypothèses par rapport à ce que vous n’êtes pas sûr d’avoir compris, sans attendre qu’il soit trop avancé dans son propos. Cela l’aidera à rester dans l’échange.