Favoriser l’enseignement des arts plastiques pour les élèves avec troubles moteurs

Niveau : 1er degré  2nd degré 
Types de besoins :
  • Structuration pédagogique

Description

Comment adapter les enseignements en arts plastiques pour les élèves présentant des difficultés motrices ? Certaines activités sont accessibles à tous les élèves, et des adaptations pédagogiques sont parfois nécessaires.


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Pourquoi ?

Offrir une éducation artistique riche et variée est un enjeu fondamental pour tous les élèves. La participation à des projets artistiques et culturels leur permet d’expérimenter des espaces partagés de liberté et de plaisir et favorise une meilleure inclusion dans leur groupe de pairs.

Comment ?

Diversifier les supports d’expression

Un éventail varié de supports peut permettre à chaque élève de trouver une modalité de travail correspondant à ses capacités : les arts plastiques comprennent le dessin, la peinture, l’assemblage, le collage, le modelage, la sculpture, la gravure mais aussi la photographie (analogique et numérique), la vidéo et les arts numériques (images fixes et mobiles). En maternelle, il est possible de proposer un large temps de découverte sensorielle (activité libre dans un premier temps), d’autant plus quand les enfants sont entravés dans leurs mouvements (pour les activités de modelage, bacs à semoule, haricots…). Ces activités permettent à l’élève en situation de handicap de découvrir la matière en développant le sens du toucher. La motricité fine pourra être exercée dans les activités de transvasement, dans la manipulation d’outils mis à disposition comme des pinces, des entonnoirs mais aussi directement avec les mains en s’exerçant à laisser des traces qui peuvent être effacées en cas de « loupé », mais aussi pour le plaisir de recommencer et d’y parvenir !

 

Photographie : une bassine contenant de la semoule. Des accessoires sont dans la bassine : une cuillère doseuse et un entonnoir. Quatre bocaux vides sans couvercles sont disposés derrière la bassine.

Bac à semoule.
Droits réservés

Adapter les activités de peinture

Il s’agit d’expérimenter pour déterminer progressivement avec l’élève les conditions les plus appropriées et les outils les plus adéquats, qui lui permettront peu à peu de stabiliser certains gestes lorsqu’il présente une faiblesse musculaire et/ou des mouvements parasites et/ou des troubles de la coordination. Ces activités, lorsqu’elles confrontent les élèves en situation de handicap à leurs difficultés, nécessitent de les encourager et de les valoriser tout au long du travail, et ce de façon répétée.

Pour certains élèves, une aide humaine (AESH, enseignant, camarade) est nécessaire pour certains gestes (ex : soutien du bras).

Amélie Benoist/ BSIP

Pour le support, différents éléments sont à considérer : taille, nature (le pinceau glisse plus facilement sur du papier glacé), orientation (horizontale, verticale, inclinée), emplacement (sur une table, au sol, sur un mur, sur un lutrin…)

Les outils employés peuvent être des pinceaux variés (fins, larges), des rouleaux, des pinceaux adaptés, des pinceaux avec réserve à eau, des gabarits, des pochoirs. On privilégiera les outils permettant une bonne préhension et qui ne nécessitent pas une pression trop importante pour laisser des traces.

Dans le cadre d’une œuvre collective, on pourra choisir de répartir les tâches à réaliser en fonction des possibilités de chacun.

On peut adapter de façon simple des pinceaux, en s’inspirant par exemple du travail de Serge Marrel, professeur-formateur en arts plastiques, et d’Erea J. Brel, de l’hôpital de Garches (Hauts-de-Seine) : pinceau « anti-écrasement » avec une petite baguette rigide plantée au centre des soies, pinceau de table verticalisé avec deux tiges latérales pour prendre la peinture (voir dessin ci-dessous), pinceau rotatif sur le principe du compas pour réaliser des formes rondes (voir dessin ci-dessous), pinceau multiscripteur (voir dessin ci-dessous) permettant de tracer des lignes parallèles et des prises de couleur multiples, pinceaux dont le manche est allongé avec un matériau léger comme le bambou pour réaliser des traces au sol…

Image illustrative

Pinceau de table verticalisé.

Pinceau de table verticalisé avec peinture.

Pinceau de table verticalisé avec peinture.

Pour certains élèves en fauteuil, les gestes possibles se limitent au niveau du bras et de la main, sans mobilité du buste. Cela ne permet pas d’atteindre le haut d’une feuille au milieu d’une table. Le fauteuil lui-même peut entraver les gestes (accoudoirs, plateau…). Il est donc intéressant d’allonger le manche du pinceau de quelques dizaines de centimètres, grâce à un bâton léger, qui en outre sera attaché perpendiculairement au pinceau de façon à le verticaliser. Le pinceau est maintenu vertical grâce à ce bâton et à deux tiges latérales en fil de fer d’une dizaine de centimètres. Pour prendre la peinture, il suffit de basculer le poids du pinceau sur une seule des tiges, et il est ainsi déplacé sur « une seule patte » sans toucher le support papier.

Image illustrative

Pinceaux rotatifs

Un premier modèle de pinceau rotatif est un pinceau attaché à mi-hauteur du manche à un bâton et qui fonctionne sur le principe du compas. Un autre modèle est constitué de deux pinceaux associés à un bâton un peu plus long que les manches des pinceaux. Manches et bâton (qui dépasse vers le haut pour permettre la prise en main) sont liés en haut par un cordon. En bas, à la limite des viroles, ils sont reliés par un bâtonnet perpendiculaire au bâton central qui permet de fixer un écartement des deux pinceaux. Ils fonctionnent aussi selon le principe d’un compas.

Image illustrative

Pinceaux multiscripteurs

Un pinceau multiscripteur est un assemblage de pinceaux qui associent leurs traces en donnant des jeux de parallèles (droites ou sinueuses). Les hauts des manches peuvent être liés par des cordons. Les parties à la limite des viroles sont reliées et maintenues écartées par du fil de fer. En disposant les pots de peinture de façon adéquate, il est possible de prendre des couleurs différentes avec chacun des pinceaux.

Toutes les adaptations proposées peuvent être des occasions d’expérimenter de nouvelles techniques pour l’ensemble des élèves.

Proposer des supports numériques

Les ressources numériques offrent de multiples outils de création visuelle en deux ou trois dimensions, par le biais de logiciels (ou d’applications pour tablettes tactiles). Elles permettent de créer et de transformer des images. Elles sont aussi un formidable portail d’accès aux œuvres et aux espaces culturels. Des élèves qui ne peuvent pas réaliser des visites en raison de leur handicap peuvent ainsi se déplacer virtuellement pour découvrir des œuvres ou visiter une exposition. En outre, Internet donne la possibilité de partager des projets artistiques, où qu’ils se situent dans le monde, de transmettre ses propres créations, ou de proposer ses propres projets. Cela peut aussi permettre à des élèves scolarisés de façon intermittente à l’hôpital ou à domicile de continuer à participer à un projet de classe.

Constituer un « musée de classe » ou un « musée d’école »

C’est un musée ou un « cabinet de curiosités » dans lequel sont regroupées des collections d’objets et/ou une « réserve d’images » (photographies, cartes postales, reproductions d’œuvres d’art…) représentant ou évoquant une ou plusieurs thématiques. Ces dispositifs prennent en compte le goût des élèves pour les collections. Ils permettent d’établir une relation entre ce qu’ils affectionnent, rassemblent, conservent, et les productions artistiques qui sont produites lors des séances d’arts plastiques. Ces « musées » constituent des espaces de partage des intérêts de chacun. Ce sont des lieux particulièrement intéressants pour des élèves en situation de handicap. En effet, même lorsqu’ils ne sont pas toujours présents dans l’établissement scolaire, ils peuvent participer à ces projets communs d’enrichissement culturel et ainsi développer leur appartenance au groupe. En outre, leur quotidien dans d’autres espaces que celui de l’école peut leur donner l’occasion d’enrichir les collections avec des objets peu courants, et ainsi d’être valorisés au sein de leur groupe de pairs.
Pour enrichir une pratique culturelle, certains musées proposent des mini-expositions qu’ils apportent à l’école ; ces expositions peuvent être suivies d’un atelier de pratique artistique, cela peut être une alternative, un complément à une sortie scolaire.

Conclusion

Pour favoriser les activités artistiques chez tous les élèves, qu’ils soient valides ou en situation de handicap, il s’agit de proposer des activités dans lesquelles des consignes précises mais suffisamment ouvertes permettent à chacun de se centrer sur ses capacités pour stimuler son imagination et développer sa créativité.

Ressources

Site Tous à l’école consacré à la scolarisation des élèves malades > rubrique « Rendre l’école accessible ».