Enrichir et structurer le lexique pour améliorer le langage oral

Niveau : 1er degré  2nd degré 
Types de besoins :
  • Adaptation du langage écrit et oral

Description

Le langage oral des élèves en situation de handicap peut être entravé par des difficultés qui relèvent d’une maîtrise fragile du lexique. Le stock lexical peut être réduit ou mal structuré. Cela fait obstacle à l’accès aux lexies en situation d’émission comme de réception. Il convient d’agir sur ces deux versants.


En savoir plus

Approche retenue : accessibilité et pédagogie universelle

Dans le domaine du lexique, les compétences lexicales progressent autant lorsque le stock lexical augmente que lorsqu’on le structure. C’est sur ces deux versants qu’il est utile d’agir. Les phénomènes linguistiques explorés le seront donc à ces fins, il est également porteur de veiller à l’équilibre des phases : découverte – structuration – réemploi.

Les difficultés lexicales peuvent accroître l’obstacle affectif inhérent à la prise de parole, prise de risque en soi. Parler, c’est s’exposer sans la mise à distance de l’écrit. Si le désir de langage survient mais que l’élève ne trouve pas « les mots pour le dire », l’affectivité peut rapidement l’envahir et altérer son expression. Travailler le lexique s’avère donc indispensable pour rassurer, outiller et permettre l’expression ainsi que la servir avec précision. En la matière, il y a moins une différence de nature qu’une différence de degré entre les élèves en situation de handicap et les autres élèves de la classe. C’est pourquoi les propositions pédagogiques sont proposées à l’ensemble du groupe classe, dans l’esprit de la pédagogie universelle (Universal Design for Learning – UDL).

Anne Meyer et David Rose (Anne Meyer et David H. Rose, Universal Design for Learning: Theory and Practice, Wakefield, CAST Professional Publishing, 2014), qui ont exposé pour la première fois les principes de l’UDL dans les années 1990, proposent un cadre fondé sur la recherche pour penser un enseignement qui mise sur la multiplicité des moyens de représentation, des modes d’expression, des façons d’encourager à la participation.

Des situations rituelles pour enrichir, structurer, réemployer

Quelques pistes stratégiques pour aider les élèves dans leur accès à la compréhension par le lexique : ritualiser le lexique dans les 10 premières minutes, anticiper sur les besoins en fonction des objectifs, ritualiser les 10 dernières minutes.

Les 10 premières minutes de cours : activités rituelles

Pour chaque séance, il est porteur de débuter par une des activités suivantes afin de travailler en anticipation les mots du lexique qui seront mobilisés ensuite : découverte, rappel, contextualisation. Ces différentes pistes sont, si possible, à faire varier selon les séances et le profil des élèves.

Le schéma d’explicitation : sur un des volets du tableau de la classe réaliser un schéma qui permet d’identifier l’objectif disciplinaire et l’objectif langagier de la séance puis trouver des « mots associés » (champ sémantique et champ lexical). Ce schéma reste affiché tout au long de la séance. On y revient lors de la synthèse.

Différenciation : le nombre de mots ciblés et l’objectif varient selon les élèves (pour certains élèves, il s’agira de découvrir ; pour d’autres de rappeler).

Exemple de schéma d’explicitation de début de séance
Cycle 4 : « Thème 1 : Le XVIIIe siècle. Expansions, Lumières et révolutions »

 

Schéma composé de quatre flèches convergentes. Une flèche est un « objectif disciplinaire » : « Comprendre que le développement de l’esprit critique pousse les gens de sciences à questionner les fondements du monde dans lequel ils vivent. ». Les trois autres flèches sont des « objectifs langagiers » : « Raison (réfléchir, penser) », « Esprit critique (critiquer, penser par soi-même) » et « Lumières (éclairer, voir, comprendre) ».

 

© Christine Giuge, CPD Gestion des différences, DSDEN Nice.
 

Trace élève et prolongement : par exemple, les familles de mots : « Je connais l’orthographe et le sens d’un mot, j’en déduis l’orthographe et le sens d’autres mots de la même famille. »

Exemple de famille de mots

 

Trois feuilles pour trois familles de mots : laver (un laveur, une laveuse, un lave-vaisselle, …, lavable, lavée) ; coller/décoller (une colle, un collage, un autocollant, …, collant, etc.) ; soigner (un soigneur, une soigneuse, un aide-soignant, …, soigné, …, soigneusement). Les verbes, articles, noms, adjectifs et adverbes sont distingués par des couleurs.

© Marion Fiorentini, professeure des écoles REP +, Nice.

 

Jeux de rappel sur les mots de la séance précédente :

  • familles de mots. Un mot est donné par le professeur. Proposer trois synonymes/antonymes à haute voix (le jeu des antonymes est plus facile) ;
  • vrai-faux des définitions. Le professeur propose un mot à la classe. Trois élèves volontaires se voient confier une carte « définition » (rédigée par le professeur – seule, l’une est exacte). Ces élèves doivent lire puis expliquer (reformuler avec leurs mots). La classe doit débattre pour identifier et justifier le choix de la « bonne définition ».

Anticiper l’obstacle lexical et faire parler les élèves : dans la plupart des séances, des supports écrits sont donnés sans que soit facilité l’accès au vocabulaire spécifique. Les élèves disposant d’un stock lexical réduit sont ainsi piégés. Toute séance peut débuter par une situation permettant de travailler le lexique qui sera mobilisé ensuite dans l’activité principale de la séance.

Exemple d’anticipation sur les mots du jour : séance de lecture cycles 2 et 4
Collecter des mots seul ou à plusieurs (dans les supports de la séance).
Éclaircir le lexique à l’oral en binôme ou en classe entière.
Prendre appui sur les relations de sens et de forme ou le réemploi dans le texte.

Un élève lit une bande-dessinée.

Un élève écrit sur un tableau : « Lexique : exotique, inoubliable, îles… »

Sur un support titré « Lexique », des mots en caractères d’imprimerie : Paysages exotiques, îles inoubliables, îles muettes, îles tapies. En écriture manuscrite : « Îles » d’où partent quatre flèches allant vers : « inoubliables = », « immobiles = », « muettes = », « tapies = (différent d’un tapis). »

© Béatrice Luci, PEMF ASH, Segpa, Nice ; Guillaume Payan, professeur des écoles IME, Menton.

 

Les 10 dernières minutes de cours : activités permettant
de faire le point sur les notions apprises durant la séance et réemployer le lexique spécifique

À faire varier selon les séances et le profil des élèves :

  • explicitation : qu’avons-nous appris ? (contrainte : réemployer les mots du jour) ;
  • reprise du schéma d’explicitation de début de séance (demander aux élèves de l’expliquer oralement) ;
  • oral de synthèse (prendre appui sur une trace).

Réalisation collective d’une trace copiée par les élèves dans leur outil personnel (carnet de lexique, cahier de leçons…).
Le professeur prend appui sur la trace pour demander aux élèves une reformulation des acquis de la séance à l’oral.

 

Du texte à la trace

 

Deux photographies d’un tableau blanc. Première photographie : le tableau est titré « lexique : les mots qu’on peut remplacer par d’autres mots pour avoir le même sens. », suivi d’un texte dont les lignes sont espacées et dont certains mots sont encadrés et ont leurs synonymes écrits dessous. Sur la deuxième photographie, le titre est « Nos boîtes à synonymes » et le texte est effacé sauf les mots et certains de leurs synonymes.

 

© Béatrice Luci, PEMF ASH, Segpa, Nice.

 

Retour sur le tableau d’explicitation de début de séance

 

Sur un tableau sont écrits « But : mieux lire », « Tâche : lire et comprendre l’histoire / répondre à des questions », « Comment je fais : je lis / je demande des explications », « Mots nouveaux : prévenir, avertir », « Aide : adulte, dessin, aide des autres élèves ».

 

© Guillaume Payan, professeur des écoles IME, Menton.

Des situations pour mémoriser : activités brèves à l’oral pour s’entraîner à parler en interaction et en continu

Ces activités favorisent la mémorisation du lexique travaillé.

Des situations variées avec une contrainte imposée : « Tu dois employer le plus possible de mots imposés pour défendre ton idée / raconter l’histoire/expliquer l’image… ».

  • L’histoire sans début : texte élidé (lire la fin), raconter à l’oral le début (seul, à plusieurs).
  • Inventer l’histoire d’une œuvre d’art : une œuvre d’Art, une amorce, une phrase de fin (« Un jour… et c’est ainsi qu’est née cette œuvre d’Art »).
  • Prise de parole dans la vie de la classe : débat, résolution de conflits, critique de livre, exposé.
  • Production orale collective : une image, des mots imposés. Prise de note et mise en mots seul ou à deux, puis dictée à l’adulte.

Exemple de production orale collective en CE1

 

Texte d’un ou d'une élève sur une feuille.

 

© Marion Fiorentini, professeure des écoles REP +, Nice.

Des outils pour structurer : les mots du lexique travaillé rangés dans un cahier, un classeur

Ces outils viennent soutenir les activités de production orales et écrites.

Exemples d’outils
Répertoire
Carnet de lexique
Boîtes à mots
Affiches de classe

 

Image d’illustration : répertoire

Image d’illustration : carnet de lexique

 

© Guillaume Payan, professeur des écoles IME, Menton ; Muriel Gilles, PEMF, CE1, Nice.

Image d’illustration : boîte à mots

 

© Estelle Peironnet, professeure des écoles Segpa, Nice.

Image d’illustration : affiche de classe

 

© Marion Fiorentini, professeure des écoles REP +, Nice.

Critères de tri lexical :

  • discipline (utile dans le 1er degré, les Segpa, les Unités d’enseignement, les regroupements d’Ulis pour aider l’élève à connaître le vocabulaire de la discipline et faciliter la reprise de ces mots dans des situations variées) ;
  • classes de mots ;
  • relation lexicale (variation d’intensité, familles de mots, homonymie/synonymie/antonymie).

Exemples de « variation d’intensité »

Mots écrits sur un axe de gauche (moins) à droite (plus) : murmurer, chuchoter, parler, crier, hurler.

Mots écrits sur les barreaux d’une échelle. De haut en bas : petit/petite, riquiqui, minuscule, microscopique.

 

© Guillaume Payan, professeur des écoles IME, Menton ; Marion Fiorentini, professeure des écoles REP +, Nice.

 

Exemples de « réseau de sens » (lexical, sémantique, associatif…) et « classes de mot »

Tableau titré « Vocabulaire de la peur » à trois colonnes : Des noms (la bile, l’inquiétude, … une araignée, un bruit, etc.), Des verbes (crier, faire de la bile, hurler, etc.), Des adjectifs (étrange, grand – grande, gros – grosse, inquiet – inquiète, etc.)

Feuille à carreau d'un ou d'une élève où il est écrit « Jeudi 12 Décembre 2019 » et dessous « Le champ associatif : Ce sont des mots (adjectifs, verbe, nom) liés à un thème, par exemple la mer. »

 

© Muriel Gilles, PEMF, CE1, Nice ; Estelle Peironnet, professeure des écoles Segpa, Nice.