
Concevoir une évaluation sommative différenciée
- Structuration pédagogique
Description
L’évaluation sommative suscite souvent une grande appréhension pour l’élève et un questionnement essentiel pour le professeur : comment faire preuve à la fois d’équité et d’ambition face à la diversité des profils d’élèves ? Comment mettre en confiance et mesurer le chemin parcouru par l’élève ?
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Pour une évaluation sommative équitable et ambitieuse, il faut anticiper l’appréhension de l’élève en communiquant à l’avance sur la forme de l’évaluation et sur son contenu, qui devront être tous les deux adaptés en fonction de la progression de l’élève.
L’évaluation sommative est une échéance fondamentale pour déterminer les acquis et les compétences d’un élève. Plusieurs interrogations peuvent émerger : comment mettre en confiance un élève à besoins éducatifs particuliers qui nourrit de nombreuses angoisses face à cette échéance ? Comment mesurer les progrès des élèves à besoins éducatifs particuliers ? Comment rester ambitieux dans ses objectifs et équitable pour l’ensemble de la classe ? Comment faire en sorte que l’élève à besoins éducatifs particuliers se sente suffisamment stimulé et ait le désir de progresser sans « se reposer » sur les étayages mis à sa disposition ?
1. Savoir où l’on va : anticiper l’appréhension suscitée par l’échéance de l’évaluation sommative
On peut rassurer l’élève et lui donner confiance en lui distribuant, avant chaque évaluation sommative, une fiche lui indiquant le déroulé de l’évaluation et explicitant les attentes et les adaptations prévues. La fiche peut contenir :
- l’ensemble des consignes des exercices proposés lors de l’évaluation. La présentation de cette fiche sera identique à celle de l’évaluation ;
- une explicitation des adaptations dont bénéficiera l’élève.
Exemple 1 : une fiche d’anticipation de l’évaluation

Source : Bérénice Bomme, professeure de français, EREA Toulouse-Lautrec, Vaucresson (92), académie de Versailles.
À noter : s’assurer que les caractéristiques de la fiche correspondent aux besoins de l’élève concerné. Pour certains élèves, il y a beaucoup à lire, il faudrait soit qu’il soit accompagné dans sa lecture soit en réduire la quantité. Pour d’autres, cela peut être visuellement difficile (encadrés + soulignés + surlignage + couleurs).
2. Mesurer les acquis d’un élève à besoins éducatifs particuliers : adapter une évaluation sommative
Pour valoriser le processus d’apprentissage de l’élève et prendre en compte son rythme spécifique, il convient d’adapter l’évaluation en fonction de ses besoins. Les adaptations seront donc différentes d’un élève à l’autre.
Quelques possibilités d’adaptations pour une évaluation :
- une mise en page adaptée du support de l’évaluation en fonction des besoins de l’élève (télécharger le ruban Word du Cartable Fantastique, LireCouleur pour OpenOffice). Faire attention au type de la police, à la taille, à l’interlignage, aux marges et aux couleurs ; recourir éventuellement à un agrandissement. Des éléments visuels comme des flèches ou une numérotation des étapes sont également bienvenus ;
- des consignes simplifiées et un nombre d’informations moindre (éviter notamment les tableaux à double entrée). Éventuellement, un nombre moins important d’exercices ;
- un allégement si possible du nombre de dispositifs cognitifs sollicités. Il s’agit, par exemple, de dissocier un effort de mémorisation d’un effort de manipulation d’un concept. Dans l’exemple 1, il s’agissait d’évaluer à l’écrit le travail de manipulation d’un concept (la conjugaison des verbes au présent de l’indicatif), mais à l’oral et plus tardivement la mémorisation de ce même concept ;
- mettre des étayages à disposition (fiche mémoire, cours, tables d’appui…). Régulièrement, l’enseignant doit s’assurer de la bonne utilisation de ces étayages en demandant à l’élève d’expliquer sa démarche (comment il est parvenu à trouver la réponse qu’il a donnée ? Grâce à quels étayages ?) afin de lui faire prendre conscience des stratégies efficaces et de les automatiser. Cela fait entrer l’élève dans une démarche de métacognition. La table d’appui (espace d’aide matérialisé dans la classe, concept formalisé par E. Battut et D. Bensimhon dans Comment différencier la pédagogie, Retz, 2006) peut être un excellent moyen de rendre autonome l’élève, qui va chercher lui-même le savoir dont il a besoin pour réaliser la tâche tout en ménageant des moments privilégiés avec l’enseignant pour permettre cette explicitation. Ci-après, dans l’exemple 2, l’élève peut utiliser une fiche mémoire ; dans l’exemple 3, le vocabulaire spécifique servant à légender un schéma est donné sous forme de liste pour soulager l’effort mémoriel.
Exemple 2 : évaluation adaptée en français
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Source : Bérénice Bomme, professeure de français, EREA Toulouse-Lautrec, Vaucresson (92), académie de Versailles.
Exemple 3 : évaluation de SVT
| Évaluation non adaptée | Évaluation adaptée |
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Source : M. Robert, professeur de SVT et Mme Leroux, professeure de français au collège Gérard Philipe, Massy (91), académie de Versailles.
3. Comment rester ambitieux dans ses objectifs et équitable pour l’ensemble de la classe ? Évaluer par compétences
« La différenciation pédagogique ne signifie pas la différenciation des objectifs pédagogiques qui conduit à un creusement des inégalités scolaires. Ainsi, l’entraînement des élèves sur des tâches à automatiser est nécessaire mais ne doit pas faire perdre de vue les habiletés de plus haut niveau pour tous les élèves. » (Cnesco, « Différenciation pédagogique : comment adapter l’enseignement à la réussite de tous les élèves ? », 2017).
Le professeur, qui souhaite maintenir le niveau de ses exigences, peut légitimement s’interroger sur la pertinence d’une évaluation différenciée où une même note ne témoignerait pas d’une maîtrise identique des compétences. Cependant, nous avons vu que cela était indispensable pour mesurer les progrès de l’élève à besoins particuliers et pour valoriser sa progression. C’est pourquoi, il peut apparaître pertinent de proposer une évaluation par gradation des compétences (recommandation de l’Institut français de l’éducation), où chaque élève pourrait apprécier sa bonne maîtrise du concept grâce à un code couleurs.
La grille de compétences (exemple 4), à faire figurer au début de l’évaluation, peut être progressive et proposer des compétences de cycles 2 à 4 à valider. En effet, « les élèves prennent davantage confiance en eux et apprennent mieux si on leur donne des objectifs précis et à brève échéance (contrairement à des objectifs généraux et éloignés dans le temps). Couplés à des évaluations et des auto-évaluations régulières, ces objectifs permettent des progrès graduels et ont pour effet de favoriser le développement de la confiance en soi et d’accroître la réussite des élèves » (Cnesco, ibid.).
Exemple 4 : grille de compétences réalisée dans le cadre de l’évaluation d’une récitation en français, suivie d’un débat collectif autour du texte déclamé
Code employé dans le livret :

Source : Mme Leroux, professeure de français au collège Gérard-Philipe, Massy (91), académie de Versailles.
4. Maintenir le désir de progresser de l’élève à besoins particuliers : penser au désétayage
Il est nécessaire, comme cela apparaît dès la fiche d’anticipation de l’évaluation, d’expliciter clairement les adaptations dont bénéficie l’élève et de sans cesse les faire évoluer. « C’est par la construction d’outils intellectuels internes (via la métacognition et l’autorégulation) qui se substituent aux aides externes (guidage de l’enseignant) que les élèves seront capables de mobiliser d’eux-mêmes les connaissances et compétences nécessaires pour accomplir une tâche, dans son intégralité et dans sa complexité » (Cnesco, ibid.). Cela réactive la confiance en soi de l’élève et lui permet de se voir capable d’atteindre les mêmes objectifs que ses camarades.
En conclusion, il est nécessaire non seulement de préparer l’élève au moment de l’évaluation, mais aussi de l’accompagner durant l’évaluation par différents étayages : ces adaptations permettent de mesurer les progrès réels de l’élève. Une évaluation par compétences, à la place ou en plus d’une note, peut montrer à l’élève cette progression, ainsi que le chemin qu’il reste à parcourir. Enfin, il est essentiel de procéder petit à petit à un désétayage, pour que le désir de progresser de l’élève reste intact.
Bibliographie
Institut français de l’éducation, « La différenciation pédagogique en classe », Dossier de veille de l’Ifé, n° 113, novembre 2016.
Forget A., « La Différenciation dans l’enseignement : état des lieux et questionnement », rapport commandé par le Cnesco, 2017.
Cnesco, « Différenciation pédagogique : comment adapter l’enseignement à la réussite de tous les élèves ? », dossier de synthèse, 2017.
![Description : fiche adaptée utilisant du surlignement pour les consignes et certains éléments (numéros de questions d’exercices [textes à trous], certains verbes dans ces questions), de la couleur rouge pour les « astuces » et pour le pronom personnel « nous » dans une des activités (astuce : « Le pronom personnel est en rouge quand il faut faire attention à l’orthographe pour que la prononciation soit correcte »), de la couleur bleue pour la plupart des verbes des textes à trous, des couleurs distinctes surlignent les verbes des premier, deuxième et troisième groupes.](fileadmin/user_upload/Projets/Cap_ecole_inclusive/images_fiches_2020/GT6_03_02.jpg)
![Description : fiche adaptée utilisant du surlignement pour les consignes et certains éléments (numéros de questions d’exercices [textes à trous], certains verbes dans ces questions), de la couleur rouge pour les « astuces » et pour le pronom personnel « nous » dans une des activités (astuce : « Le pronom personnel est en rouge quand il faut faire attention à l’orthographe pour que la prononciation soit correcte »), de la couleur bleue pour la plupart des verbes des textes à trous, des couleurs distinctes surlignent les verbes des premier, deuxième et troisième groupes.](fileadmin/user_upload/Projets/Cap_ecole_inclusive/images_fiches_2020/GT6_03_03.jpg)
![Description : fiche adaptée utilisant du surlignement pour les consignes et certains éléments (numéros de questions d’exercices [textes à trous], certains verbes dans ces questions), de la couleur rouge pour les « astuces » et pour le pronom personnel « nous » dans une des activités (astuce : « Le pronom personnel est en rouge quand il faut faire attention à l’orthographe pour que la prononciation soit correcte »), de la couleur bleue pour la plupart des verbes des textes à trous, des couleurs distinctes surlignent les verbes des premier, deuxième et troisième groupes.](fileadmin/user_upload/Projets/Cap_ecole_inclusive/images_fiches_2020/GT6_03_04.jpg)
![Description : fiche adaptée utilisant du surlignement pour les consignes et certains éléments (numéros de questions d’exercices [textes à trous], certains verbes dans ces questions), de la couleur rouge pour les « astuces » et pour le pronom personnel « nous » dans une des activités (astuce : « Le pronom personnel est en rouge quand il faut faire attention à l’orthographe pour que la prononciation soit correcte »), de la couleur bleue pour la plupart des verbes des textes à trous, des couleurs distinctes surlignent les verbes des premier, deuxième et troisième groupes.](fileadmin/user_upload/Projets/Cap_ecole_inclusive/images_fiches_2020/GT6_03_06.jpg)



