Utiliser un TNI de façon interactive, est-ce possible ? Comment ?

Intégrer de façon interactive le tableau numérique interactif (TNI) représente un défi de taille pour tous les enseignants, quel que soit leur niveau d’enseignement. Prenant appui sur les travaux de Beauchamp et Kennewell (2010), le texte qui suit précise la notion d’interactivité à partir de résultats d’une recherche menée au Québec. En sachant reconnaître les diverses utilisations interactives du TNI, il sera certes plus facile pour le formateur responsable de la formation technopédagogique des enseignants de cibler les actions à envisager pour les accompagner et les soutenir dans leur appropriation de cet outil technologique. 

Introduction

Le présent texte fait suite aux trois articles déjà parus dans « Que dit la recherche » sur le TNI, en 2006, 2007 et 2012. En guise de rappel, l’article de 2006 faisait état de l’une des premières études sur le TNI réalisée au Royaume-Uni. Cette dernière mettait en évidence un enthousiasme des enseignants et des élèves face à l’outil, mais peu de retombées sur les apprentissages des élèves. En 2007, l’article s’intéressait à l’utilisation du TNI dans le cadre de cours collectifs et aux utilisations des télévoteurs pour soutenir l’interactivité en classe alors que celui de 2012 abordait les possibles impacts du TNI pour l’apprentissage de la lecture. Aujourd’hui, en 2017, notre contribution propose une réflexion sur les utilisations interactives de l’outil TNI. Ayant réalisé une recension des écrits sur les études faites sur l’exploitation du TNI en salle de classe, Lefebvre et Samson (2013) constatent une propension des enseignants à exploiter cet outil dans un cadre magistral (de Koster, Volman & Kuiper, 2013 ; Karsenti, 2016), en particulier pour la présentation de contenus (Divaharan & Koh, 2010 ; Karsenti, 2016 ; Skutil & Manenova, 2012 ; Winzenried, Dalgarno & Tinkler, 2010), la prise de notes (Al-Qirim, 2011), l’annotation et la mise en évidence d’éléments de contenus importants ainsi que pour faire glisser des objets ou les cacher/révéler (Sundberg, Spante & Stenlund, 2011 ; Türel, 2010). Ces utilisations, qualifiées de base, ne sollicitent pas vraiment la dimension interactive que permet le TNI et n’autorisent pas la mise en place d’activités d’apprentissages interactives (Beth, 2008). Pour bonifier les pratiques d’enseignement, il semble, d’un point de vue conceptuel (Moss, Jewitt, Levacic, Armstrong, Cardini & Castle, 2007), que l’utilisation interactive du TNI doive permettre aux élèves de développer des compétences et des savoirs, et ce, dans un cadre favorisant les échanges, la construction et l’exploration d’informations. L’interactivité ne se caractérise donc pas seulement par l’utilisation des fonctionnalités offertes par le tébéiciel (Tébéiciel est le terme utilisé pour désigner le logiciel supportant le TNI. Dans le cas de l’ActivBoard, le tébéiciel est ActivInspire alors que Notebook est celui associé au Smartboard.), mais aussi par l’espace dialogique créé et maintenu à la fois par l’enseignant et les élèves dans lequel ils se retrouvent en interaction (Mercer, Warwick, Kershner & Staarman, 2010). Cet espace constitue un environnement où la communication entre les acteurs de la classe favorise l’émergence d’idées et l’exploration de celles-ci par les élèves (Murcia, 2008). Au final, une exploitation pédagogique du TNI qui met l’accent sur l’interactivité semble bonifier d’une part, l’intérêt que peuvent avoir les élèves pour les contenus à apprendre et d’autre part, la mobilisation des potentialités à la fois techniques et conceptuelles du TNI en classe. À la lumière de ces constats, l’intention de notre recherche était d’investiguer les pratiques d’enseignants québécois qui exploitent le TNI et ce, plus spécifiquement au regard de l’interactivité. 

Interactivité

Pour aborder la question des pratiques d’enseignement qui exploitent le TNI, nous nous sommes inspirés des travaux de Beauchamp et Kennewell (2010). Leurs recherches ont permis de créer un modèle (Interactivity Analysis Framework) et d’analyser l’interactivité que peut induire le TNI en classe, et ce, en proposant cinq types d’interactivité (non-interactivité, autoritaire, dialectique, dialogique et synergique). Brièvement, ce modèle illustre les différents stades où un enseignant peut se situer lors de l’exploitation du TNI, et ce, au regard de l’interactivité. Ainsi, un enseignant autoritaire fait usage du TNI dans un cadre magistral où les élèves sont appelés à manipuler des animations simples, alors que celui qui se dirige vers une interactivité synergique où les élèves sont invités à construire collectivement leurs connaissances voit son TNI fortement utilisé par ceux-ci. Abondamment cités dans les écrits scientifiques abordant l’utilisation interactive du TNI, les travaux de Beauchamp et Kennewell (2010) retiennent l’attention notamment parce qu’ils présentent une typologie détaillée dans laquelle les rôles de l’enseignant et des élèves sont explicites. Afin de mieux cerner les nuances et les caractéristiques de chaque type d’interactivité, le texte présente des exemples, tirés de notre recherche, d’utilisations interactives du TNI.

Résultats d’une recherche menée au Québec

Les résultats qui suivent découlent d’un projet de recherche subventionné par le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du Québec (MELS) au cours des années 2012-2015 (Samson, Lefebvre & Gareau, 2016). Une trentaine d’enseignants du primaire et du secondaire ont accepté de participer volontairement à des groupes de discussion en ligne où il était notamment question des utilisations faites du TNI en classe. Le tableau qui suit expose les résultats issus d’une analyse de contenu et précise les utilisations du TNI par les enseignants, de même que le rôle dévolu aux élèves selon le type d’interactivité. La dernière colonne du tableau présente les pourcentages d’énoncés relevés pour chaque type d’interactivité.

Types d’interactivité

Action des enseignants

Rôles des élèves

%

Non-interactivité

·TNI = un tableau vert

·Enseignement magistral

 

·   Recopier les notes de cours

 

26,7

Autoritaire

·Enseignement magistral

·Utilisation du tébéiciel (liens hypertextes, vidéos, outils mathématiques)

·Recherches impromptues

·  Recopier les notes de cours

·  Répondre aux questions

·  Manipuler des animations simples

47,2

Dialectique

·Utilisation du tébéiciel (liens hypertextes, vidéos, outils mathématiques)

·Construction ou recherche de réponses

·  Manipuler des animations simples

·  Répondre à des questions Synthèse d’informations

19,6

Dialogique

· Utilisation de logiciels ou d’animations

· Espace commun pour mettre à profit la participation des élèves

 

· Manipuler des animations simples et complexes

· Réfléchir collectivement pour résoudre des problèmes

· Consigner des données

6,3

Synergique

·Utilisation partagée du TNI

·Intégration d’autres outils technologiques pour favoriser la collaboration

 

·   Utiliser le TNI pour résoudre des problèmes

·   Développer des situations d’enseignement-apprentissage

·   Développer des mini-profs

0,2

Les utilisations faites du TNI par les participants à la recherche sont en cohérence avec les constats mis en exergue précédemment. En effet, le discours des enseignants témoigne, dans des proportions respectives de 26,7 % et de 47,2 %, du recours à l’enseignement magistral lorsque le TNI est utilisé. À l’instar de ce que montrent les travaux d’Al-Qirim (2011), les élèves québécois sont fortement sollicités par la prise de notes. Ils sont également engagés dans des manipulations d’animations simples telles que mises en évidence par Sundberg, Spante & Stenlund (2011) ainsi que par Türel (2010). Peu des propos formulés par les enseignants interrogés illustrent des utilisations du TNI qui sollicitent une réelle interactivité de type dialogique (6,3 %) ou synergique (0,2 %). Certaines pratiques relatées traitent cependant d’une utilisation du TNI où les élèves manipulent le TNI pour y consigner des notes de travail ou des informations recueillies lors d’une recherche sur internet. D’autres propos révèlent une utilisation du TNI pour mettre à jour les représentations initiales des élèves à propos d’un concept scientifique comme les ovipares, par exemple. Enfin, à ces derniers types d’interactivité, le TNI est au service de l’enseignement par les pairs où ce sont les élèves eux-mêmes qui développent le matériel pédagogique nécessaire et qui enseignent une notion, notamment les diagrammes à bandes en mathématiques.

Conclusion

Que ce soit au Québec ou ailleurs dans le monde, si les enseignants peinent à faire une utilisation interactive du TNI, cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont de mauvais enseignants. Bien au contraire. Les résultats amènent plutôt à considérer les utilisations du TNI selon un continuum au sein duquel l’enseignant en vient à construire et à bonifier des situations d’enseignement et d’apprentissage qui vont au-delà d’une utilisation du TNI se limitant à la projection. Dans cet esprit, le temps représente un facteur important à considérer. Les formateurs responsables de la formation technopédagogique des enseignants devraient prendre en considération cet aspect temporel dans la planification de leurs activités d’accompagnement à l’utilisation du TNI et prévoir un programme sur plusieurs mois, voire quelques années. Entretemps, et afin d’aider l’enseignant à viser une plus grande interactivité avec le TNI, voici quelques recommandations.

Sonia Lefebvre, professeure titulaire, Université du Québec à Trois-Rivières
Alexandre Gareau, professeur, Université du Québec à Rimouski
Ghislain Samson, professeur titulaire, Université du Québec à Trois-Rivières


Recommandations

  • Intégrez à vos présentations sur le TNI des applications ou des logiciels comme des simulations ou des cartes conceptuelles.
  • Initiez vos élèves au tébéiciel. Demandez-leur de créer et de partager les ressources numériques conçues à partir du logiciel.
  •  Invitez vos élèves à utiliser le TNI et à réfléchir à ses potentialités, principalement par rapport aux options qui sont offertes (capture d’écran, dessin technique, navigation, fonctions mathématiques, par exemple).
  • Intégrez d’autres technologies au TNI, dont la tablette numérique, afin de bonifier son utilisation.

Références

  • Al-Qirim N. (2011), “Determinants of interactive white board success in teaching in higher education institutions“, Computers & Education, 56(3), p. 827-838.
  • Beauchamp G. & Kennewell S. (2010), “Interactivity in the classroom and its impact on learning”, Computers & Education, 54(3), p. 759-766.
  • Beth M.-O. (2008), Interactive Whiteboards in Minnesota Media Centers. College of St. Scholastica, Duluth, Minnesota : Master of Education Degree in Educational Media and Technology.
  • de Koster S., Volman M. & Kuiper E. (2013), “Interactivity with the interactive whiteboard in traditional and innovative primary schools: An exploratory study”, Australasian Journal of Educational Technology, 29(4), p. 480-495.
  • Divaharan S. & Koh J.H.L. (2010), “Learning as students to become better teachers : Pre-service teachers’ IWB learning experience”, Australasian Journal of Educational Technology, 26 (special issue, n° 4), p. 553-570.
  • Karsenti T. (2016), Le Tableau blanc interactif (TBI) : usages, avantages et défis ?, Montréal : CRIFPE.
  • Lefebvre S. & Samson G. (2013), « État des connaissances sur l’implantation du tableau numérique interactif (TNI) à l’école », Revue sciences et technologies de l’information et de la communication pour l’éducation et la formation (STICEF), 20. [En ligne]. Accès: http://sticef.univ-lemans.fr/num/vol2013/09-lefebvre/sticef_2013_lefebvre_09.htm
  • Mercer N., Warwick P., Kershner R. & Staarman J. K. (2010), Can the interactive whiteboard help to provide ‘dialogic space’ for children’s collaborative activity?, Language and Education, 24(5), p. 367-384.
  • Moss G., Jewitt C., Levacic R., Armstrong V., Cardini A. & Castle F. (2007), “Interactive whiteboards, pedagogy, and pupil performance: An evaluation of the schools whiteboard expansion project (London Challenge)”.
  • Murcia K. (2008), “Teaching for scientific literacy with an interactive whiteboard”, Teaching Science: The Journal of the Australian Science Teachers Association, 54(4).
  • Samson G., Lefebvre S. & Gareau A. (2016), L’Impact de l’utilisation des tableaux numériques interactifs (TNI) sur les pratiques pédagogiques des enseignants du primaire et du secondaire, Rapport scientifique présenté au ministère de l’Education, du Loisir et du Sport, Québec. Accès: https://oraprdnt.uqtr.uquebec.ca/pls/public/gscw030?owa_no_site=3065
  • Skutil M. & Manenova M. (2012), “Interactive whiteboard in the primary school environment”, International Journal of Education and Information Technologies, 1(6), p. 123-130.
  • Sundberg B., Spante M. & Stenlund J. (2011), “Disparity in practice : Diverse strategies among teachers implementing interactive whiteboards into teaching practice in two Swedish primary schools”, Learning, Media and Technology, 37(3), p. 253-270.
  • Türel Y. (2010), “Developing Teachers’ Utilization of Interactive Whiteboards”, in D. Gibson et B. Dodge (dir.), Proceedings of Society for Information Technology & Teacher Education International Conference 2010 (p. 3 049-3 054), Chesapeake, VA, AACE.
  • Winzenried A., Dalgarno B. & Tinkler J. (2010), “The interactive whiteboard: A transitional technology supporting diverse teaching practices”, Australasian Journal of Educational Technology, 26(4).

Voir aussi

  • Gareau A., Lefebvre S. & Samson G. (2015), « Mettre en valeur le « I » de TNI : comment ? »,École Branchée, édition de septembre 2015.
  • Lefebvre S. & Samson G. (2015), Le tableau numérique interactif : quand chercheurs et praticiens s’unissent pour dégager des pistes d’action, Presses de l’Université du Québec, Hors Collection.